« Une année s’en va, une
autre arrive. Ainsi va le monde… L’année 2010 qui s’achève aura marqué de son sceau particulier, autant la nation que chaque foyer tchadien. J’ai pleine conscience en effet, que 2009 aura
comporté pour chaque famille sa parcelle de bonheur et son lot de malheur »
Voilà le début bien médiocre du message annuel et rituel –
entièrement médiocre - que Idriss Deby Itno a bien voulu formuler à l’adresse de tous les tchadiens à l’occasion de la nouvelle année.
Un message, il faut le dire, et même le déplorer, fade, saturé
de démagogie et de grossiers raccourcis, bref, un discours soporifique et imbuvable qui a davantage noyé le peuple tchadien dans la désespérance et la certitude que - comme des poissons pris dans
un filet géant – les tchadiens sont dans une nasse dont seule la mort les extrait chacun à son tour.
Évidemment, il était illusoire de s’attendre à ce que Deby Itno
prononce une allocution cajoleuse, rassurante, cousue de belles phrases, ou même de simples promesses : Ni le tyran, ni les rédacteurs de ses discours sinistres ne savent parler au
peuple.
Tout ce qu’ils savent, c’est : hurler des ordres, aboyer
des invectives, donner des coups de poings et de crosses, dégainer leurs armes, faire feu sur tout ce qui bouge, et ne considérer le Tchad que comme une terre conquise et asservie.
Ainsi, en ce début d’année 2010 – comme c’est le cas depuis 20
ans – Deby Itno Idriss s’est trouvé totalement incapable de délivrer un message cohérent, véhiculant la possibilité d’un Tchad réconcilié avec lui-même, et dont les fils pourraient enfin unir
leurs efforts et leurs ambitions afin que le pays avance.
En lieu et place d’un bilan porteur d’optimisme, le barbare n’a
aligné qu’une rhétorique gorgée de sophisme et de considérations alambiquées. Sa démarche intellectuelle ne s’est guère écartée de celle du chef de guerre qu’il n’a jamais cessé
d’être.
Sil a souhaité « à toutes et à tous la paix et la
stabilité sociale qui constitue (pour lui) les conditions fondamentales pour le développement et le bien être des populations », il a sciemment omis de dire qu’il a claqué, rien que
pour les trois premiers mois de l’année 2009, quelque chose comme 750 milliards de FCFA pour s’acheter des armes de destruction massive qui ont massacré des centaines de Tchadiens à la frontière
Est du Tchad au mois de Mai. Des Tchadiens dont le sang a été cruellement répandu par ce même tyran pour qui les seuls rapports qui puissent être entretenus vis à vis de tout Tchadien qui n’est
pas à genoux, ne sont que des rapports de force.
« Paix et stabilité sociale ? » :
La belle blague ! La paix pour qui ? La stabilité pour qui ?
Certainement pas pour les pauvres populations traumatisées qui
sont terrorisées chaque jour, braquées à longueur de semaines, et tenues en joue à tout moment par une milice et un régime sauvages, sans scrupules, et sans pitié.
Pourtant, pince sans rire, le führer Tchadien n’a guère hésité
de grogner : « mon vœu le plus cher est que cette année 2010 renforce votre confiance dans les institutions que vous vous êtes choisis et votre confiance en
l’avenir ».
On ne sait plus si on est en plein rêve ou en plein
délire : Des institutions choisies quand au Tchad ? Et dans quelles conditions ?
Allant encore plus en profondeur dans l’onirisme
hallucinatoire, le dictateur a même aboyé, les yeux injectés de sang : « Je demande à mes frères et sœurs acteurs politiques en particulier de regarder d’abord le Tchad, de
préserver les intérêts supérieurs du peuple tchadien dans leur combat politique. L’accord du 13 Août doit être le bréviaire de tous les partis politiques. Je reste le garant de ce que nous avons
conclu en 2007 ».
Traduction : messieurs les hommes politiques, si vous
voulez faire de la politique au Tchad, ne vous posez jamais de questions sur le pétrole, le coton ou tout ce qui produit de l’argent dans ce pays, et encore moins sur la démocratie. Si ça vous
chante, venez faire allégeance au palais rose, et vous aurez une petite place dans les cercles du pouvoir. D’ailleurs la seule règle du jeu, n’est autre que l’accord du 13 Août qui est à prendre
ou à lécher. Ceux qui ne seraient pas content de ces conditions fixées par moi le maître du Tchad n’auront qu’à venir sur le champ de bataille. Je ne crains personne. Je suis
surarmé.
Ainsi, le torse bombé et la bave à la commissure des lèvres, le
généralissime- président se tournera vers ses troupes, les haranguant comme Adolf Hitler en personne, pour leur faire croire qu’ils ne sont rien d’autre que d’intrépides héros dont les
« hauts faits d’armes seraient enseignés dans de grandes écoles militaires ». Ouf !
Il leur aura rempli les oreilles de vannes et de
fumisteries, histoire de leur enfoncer davantage dans la tête que tout leur est permis, ils sont des héros. En tout cas des « zéros » qui auront applaudi à tout rompre comme de vilains
gosses à qui l’on dit qu’ils sont les plus beaux et les plus forts.
Emporté dans son délire, il a pulvérisé le mur du son en
éructant, les yeux fermés : « Chacun sait que nous faisons la guerre à notre corps défendant, et que notre désir ardent est plutôt de parvenir à réaliser la paix pour notre
peuple. »
Voilà un homme qui ne connait que la loi des armes et qui n’a
jamais voulu discuter en tête à tête avec ses adversaires politiques ; comment peut-il oser parler de désir de paix quand il s’obstine à croire que le verbe de l’absolu, c’est lui,
le maître du jeu politique, c’est encore lui, et enfin que le Tchad c’est lui ?
S’il ya conflit armé au Tchad, c’est bien parce que Deby n’a
laissé que la confrontation militaire comme seule alternative à ceux qui penseraient la démocratie ou la gestion du Tchad différemment de lui.
Mais le plus cynique, c’est quand le boucher de N’djamena ose
parler de sa prétendue « main tendue » en tentant de faire croire qu’elle serait effective parce que quelques opposants professionnels, vieux chevaux de retour de la rébellion armée, se
sont distingués – sous les spots de la télévision Tchadienne - il ya quelques temps à des ralliements beaucoup plus destinés au spectacle que motivés par le désir sincère d’adhérer à la
dictature.
C’est à la base de ce genre de miroirs aux alouettes que
le fabriquant des faux
dinars se pense habilité à parler de paix, de dialogue, et d’autres choses sacrées auxquelles il n’a jamais accordé la moindre importance en appelant même avec des trémolos dans
la voix, et avec un cynisme à couper au couteau « à l’esprit patriotique » de ceux qui ont choisi de résister les armes à la main. « A ceux là- hurlera – t- il
– je dis (sic) arrêter, arrêter, arrêter d’endeuiller les familles tchadiennes et de détruire notre pays ».
Ici nous aurons atteint le comble de la mauvaise foi et de la
duplicité hors normes avec le bourreau qui se fait victime, donnant l’impression, juste le temps d’un discours, de supplier ses victimes d’arrêter de lui résister.
Ensuite auront suivi : un chapelet de promesses, une
avalanche d’annonce de projets mirifiques, et une tempête de délires.
Pour clôturer ce discours saumâtre qui aura certainement fait rire même les plus fidèles de ses sbires, le
chef du clan des Itno se sera limité à demander à tous les tchadiens de faire ce que leur dit leur hymne national : se mettre « debout et à
l’ouvrage » !
Une prescription qui sera bien difficile à exécuter pour tous
ces milliers de tchadiens que l’armée de Deby a tués ou rendus impotents pendant presque tout son règne.
Mais pour ceux là, Deby l’impitoyable n’a même pas eu une toute
petite pensée. Et vous appelez ça un homme de paix qui veut la paix au Tchad ?
Par A.K | Ndjamena-matin