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AFRICA NEWS
Deby et
El-Béchir - Accord de paix entre le Tchad et le Soudan signé en 2008 à Dakar, en marge du sommet de l’OCI.
Aux parlementaires d’une vingtaine de pays francophones - réunis à N’djamena dans le cadre de leur traditionnel conclave – qui lui demandaient des nouvelles de l’accord dit de normalisation signé par son pays et le Soudan le 15 janvier dernier, le dictateur tchadien Idriss Deby Itno a annoncé, en bombant le torse, hier mercredi, sur fond d’improvisation, une visite qu’il effectuera en terre soudanaise lundi 08 février prochain, afin de "discuter" avec son homologue El Béchir.
A en croire Deby même qui, en véritable analphabète des usages diplomatiques, pense pouvoir se rendre chez son homologue sans que celui-ci l’y ait invité, le général Béchir n’était même pas encore informé de cette rencontre au moment où il l’annonçait à ses hôtes. « … C'est à vous que je réserve cette primeur. Il sera informé au sortir de cette rencontre », s’est-il empressé de dire, ajoutant au passage, lui l’indécrottable va-t-en guerre, qu’il est « un homme de dialogue et d'ouverture », que « la guerre n'a jamais arrangé les choses… » et que « le Tchad veut vivre en parfaite harmonie avec tous ses voisins ».
Comme on le voit bien, la sommation adressée aux résistants politico-militaires tchadiens ayant leurs bases au Soudan de quitter ce pays a sans doute rendu Deby ivre de joie, et c’est sans aucun doute ce nouveau développement consécutif à l’accord de N’djamena que Deby s’en va "fêter" avec son ancien ennemi devenu depuis peu son ami.
En toute logique, on ne se serait pas attendu à ce que Deby fasse montre d’un aussi déraisonnable triomphe à la seule idée que les bases-arrières soudanaises de ses opposants sont coupées. Mais c’est compter sans l’inconséquence pathologique de ce chef de guerre dont le cerveau est bouché depuis des décennies par le sang que ses mains ont profusément versé.
En effet, Deby aurait plutôt dû s’inquiéter de la décision prise par Khartoum vis-à-vis des politico-militaires tchadiens, pour deux raisons au moins :
La première raison qui découle d’une déduction tout simplement logique est que l’absence désormais de base dans un pays étranger de l’opposition politico-militaire tchadienne va contraindre celle-ci à monter de manière décisive à l’attaque de N’djamena, tout espoir de paix - avec celui qui n’a jamais laissé d’autres choix à ses adversaires politiques que celui de la capitulation pure et simple ou celui de la guerre totale – étant complètement annihilé.
La deuxième raison est qu’au moment même où Deby annonçait sa visite au Soudan, la nouvelle selon laquelle Les juges d'appel de la cour pénale internationale (CPI) avaient demandé aux magistrats de première instance de reconsidérer leur décision de ne pas retenir l'accusation de génocide contre le président soudanais Omar el-Béchir, dans le conflit au Darfour tombait sur les télescripteurs du monde entier.
Pour qui se rappelle que l’an dernier, le procureur de la CPI avait ravivé le conflit soudanais en inculpant El Béchir au moment où celui-ci discutait avec les rebelles du MJE, laquelle inculpation avait conduit le leader du principal mouvement rebelle à quitter la table des négociations sous prétexte qu’il ne pouvait pas négocier avec quelqu’un qui pouvait être arrêté du jour au lendemain.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Deby devrait comprendre que ce n’est pas demain qu’il y aura la paix totale au Soudan dont il dit avoir chassé de chez lui les rebelles.
Il apparait donc clairement qu’autant les opposants au régime de Deby vont intensifier la lutte pour sauver leur peau, autant les sécessionnistes du Darfour qui n’ont plus de bases-arrières au Tchad vont intensifier la leur pour les mêmes raisons, à la nuance que El Béchir lui au moins, est toujours disposé à négocier nonobstant la suprématie de son armée.
Un piège à cons en marche ?
Au-delà de la partie visible de la visite prochaine de Deby à Khartoum - où il n’a, en réalité, pas encore été invité - de nombreux observateurs avisés des méthodes du maître de N’djamena voient se profiler un piège dans lequel il voudrait entraîner celui qu’il considère toujours – nonobstant les apparences – comme son ennemi.
En effet il va aujourd’hui chez El Béchir, contre lequel il a longtemps plaidé pour l’arrestation dans le cadre du mandat d’arrêt international lancé par la CPI, et demain il invitera ce dernier au Tchad pour le livrer entre les mains de la CPI comme il l’a fait récemment avec l’opposant centrafricain Charles Massi.
Par A.K | Ndjamena-matin
Contact rédaction : info@ndjamena-matin.com
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