La date du 1er décembre marque
l’arrivée au pouvoir d’Idriss Deby et de son MPS (mouvement patriotique du salut) mais c’est aussi la date choisie par les Nations Unies pour célébrer la Journée mondiale du
Sida, coïncidence lugubre qui n’a pas échappé aux jeunes Ndjaménois à l’humour grinçant qui ont ainsi transformé le sigle du parti de Deby en Mouvement Pour le Sida
(MPS).
C’est la raison pour laquelle la célébration de la journée mondiale du Sida pose problème aux autorités tchadiennes. Aussi, ont-elles préféré la
décaler au 10 décembre, réservant ainsi le 1er décembre aux festivités marquant leur arrivée au pouvoir.
Placée sous le signe de la démocratie, de la liberté et du développement, les perroquets de service de la télévision tchadienne n’ont pas manqué
de chanter les louanges du régime comme d’habitude, et pourtant si vous ouvrez n’importe quelle encyclopédie, le régime de Deby est définie comme « une dictature
militaire soutenue par l’armée française ». Comme quoi même les encyclopédies se mettent à la page. Encourageant !
Arrivé en chantant le
fameux « je ne vous apporte ni or, ni argent mais la démocratie et la liberté », on peut dire sans conteste qu’après 19 interminables années de règne, Deby a pris
l’or et l’argent et ne veut pas entendre parler de liberté et de démocratie. Où est l’opposition légale au Tchad, où, quand et comment s’exprime-t-elle librement ? Quand,
a-t-on organisé des élections libres et transparentes ?
La liberté de presse tolérée par le régime se limite à la presse écrite dont l’audience est limitée. Elle est toutefois largement utilisée comme
gage de démocratie par le régime qui oublie bien souvent qu’elle était une condition de sa mise en place. La corruption et l’autocensure ont considérablement affaibli la
crédibilité des médias privés. La censure des sites internet de la diaspora est bien la preuve de la fragilité d’un système et de son absence d’assise populaire.
Mal gouvernance, Pauvreté et Sida (MPS), voilà ce qui résume le mieux le règne de Deby.
Selon les derniers rapports des institutions internationales, le Tchad occupe la 175 ème place sur 180 pays en terme de corruption, et aucun
service n’échappe au fléau ; l’administration fiscale, les marchés publics, les différents démembrements de l’Etat, la justice. On y lit, entre autres : «
Cet état de mal gouvernance se traduit par une gestion budgétaire et monétaire peu orthodoxe et un dysfonctionnement de l’Etat dont l’autorité est bafouée par une
administration conflictuelle et incompétente »
L’accès des Tchadiens aux services sociaux de base que sont la santé l’éducation, une justice équitable pour tous, une sécurité pour tous,
demeure encore plus qu’aléatoire, et il ressort que, dans la zone CEMAC, notre pays est à la traine.
Selon le dernier recensement, en 2009, la population tchadienne s’élève à 11. 274.108 et compte une espérance de vie de 47 ans ; le taux de
mortalité infantile est l’un des plus élevés d’Afrique avec 98,69%, l’indice de développement humain est égal à 0,392 ce qui positionne notre pays à la 177 ème place sur 185
pays.
20% des enfants de moins de 5 ans, souffrent de malnutrition aiguë et l’UNICEF a récemment tiré la sonnette d’alarme en estimant que dans les
zones comme le Kanem, le Mayo-Kebbi, le Chari-Baguirmi, le Batha, 35% des enfants souffrent de malnutrition chronique et de famine.
64% de la population tchadienne vit en deça du seuil de pauvreté selon le PNUD, de même que seuls 25% de la population est alphabétisée. Malgré
ses revenus pétroliers, le Tchad occupe la dernière place en termes d’attractivité économique, 134ème sur 134, selon la BAD.
Mais surtout, en cette journée mondiale du Sida, il est crucial de dire haut et fort que le régime de Deby a laissé le Sida progresser de
manière fulgurante, que chacun de nous doit prendre conscience que le peuple tchadien est en danger, pire, il y a une situation de non assistance coupable à son égard.
Jugez-en ! Selon l’ONUSIDA, le Tchad est aujourd’hui un pays à épidémie généralisée, avec un taux de prévalence de 4 ,8%, il est l’un des pays de la sous-région les plus touchés et figure dans le palmarès des 10
pays africains les plus atteints par la pandémie. Quelques comparaisons permettent d’évaluer les dégâts et la folie de ceux qui dirigent notre pays : le Niger a un taux
de prévalence de 0,7%, le Mali est à 1,3%, le Cap Vert fait 1,1%, même chose pour le Sénégal, tandis que la Libye se signale par un taux de 0,3%, l’Ethiopie a 2,1%, le Togo
affiche 3,2%, la Côte d’Ivoire se mobilise sans cesse pour faire descendre son taux de 4,7% ; quant au TCHAD, il fait comme si de rien n’était avec son palmarès mortifère
des 4,8% .
Le Sida frappe gravement notre pays et les autorités qui ont adopté la politique de l’autruche, ont une attitude criminelle qu’il
convient de dénoncer vigoureusement.
En 2006, plus de 25.000 Tchadiens sont morts du SIDA, les chiffres doivent être revus à la hausse car il s’agit là des décès constatés en milieu
hospitalier seulement. 57.000 orphelins du Sida ont été recensés, et beaucoup échappent à cette triste comptabilité.
Les femmes tchadiennes sont gravement frappées par l’épidémie qui se féminise et progresse. Sur un échantillon de 10.000 femmes dépistées, 38%
sont atteintes, contre 20% pour les hommes. Dans les villes de Ndjamena, Sarh, Abéché et Bongor sur un total de 170.000 femmes enceintes dépistées, 16% d’entre elles, étaient
séropositives.