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Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 21:21

10 Mars 2010, un petit coup de tonnerre éclate dans le ciel chargé de nuages de N’djamena : Idriss Deby Itno remanie son gouvernement en vue de préparer une mascarade d’élections, et un nouveau Premier ministre prend la tête du gouvernement. Tout le monde s’y attendait, mais – en réalité - ce que les uns et les autres scrutent, ce sont les têtes des nouveaux élus. Pourtant au moment où la liste complète des membres de la nouvelle équipe est rendue publique, c’est carrément la foudre qui s’abat sur le Palais rose : Bichara Issa Djadallah, jusque là tout puissant Directeur du cabinet civil de Deby, est rétrogradé… secrétaire d’état chargé de la sécurité publique !

 

Que se passe– t- il donc entre Idriss Deby et Bichara Issa Djadallah, ce général de corps d’armée que tous les observateurs de la politique Tchadienne se sont accordés, depuis plus de sept ans, à considérer comme l’un des caciques les plus fidèles du régime MPS ?

La question est d’autant plus vivement posée dans tous les cercles, bureaux et quartiers de N’djamena que ce militaire de grande envergure (il est général quatre étoiles !) vient de subir ce qui ne peut être qu’une cuisante humiliation : l’homme vient d’être dégommé du poste de directeur de cabinet civil du Président de la république pour se voir nommé ….. Secrétaire d’état chargé de la Sécurité Publique, soit le sous fifre du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique qui - même au niveau du grade – a toujours été son subalterne.

Si jusqu’à ce jour le nouveau poste du général Bichara était uniquement connu du cercle des ministres seulement, un décret présidentiel signé le vendredi 26 Mars – mais rendu public le lundi 29 Mars -   est venu confirmer urbi et orbi le tsunami qui vient de souffler sur tout le cabinet civil de la Présidence de la République. Car, non seulement le directeur du Cabinet civil a sauté, mais aussi son adjoint qui n’était autre que Zakaria Idriss Deby, le fils de son père.

Si beaucoup d’observateurs se demandent avec anxiété ce qui a bien pu pousser le tyran à balayer radicalement son cabinet civil, il n’en demeure pas moins que la spectaculaire chute libre du général Bichara Issa Djadallah n’a évidemment pas manqué de susciter les plus inquiétantes interrogations :

- Deby se méfie-t-il désormais de Bichara au point de s’en défaire, bien que ce dernier ait toujours été confondu à l’ombre du dictateur ?

- Le tyran a-t-il voulu lui faire la démonstration que nul n’est indispensable dans son régime, quels que soient ses états de services ?

- A-t-il voulu le punir d’une manière ou d’une autre ?

- Ou alors, mais les gens n’osent pas y penser, le dictateur a-t-il l’intention de pousser le général Djadallah à la faute, afin de le mettre aux arrêts, et de l’envoyer ainsi au bagne de KoroToro ?

Ces brûlantes questions, et bien d’autres, on se les pose sans interruption au Tchad, surtout que la mise sur la touche de Bichara du Cabinet Civil de la Présidence de la république a été suivie du largage de Zakaria Idriss Deby.

Quoi qu’il en soit, le sort actuel du général de corps d’armée Bichara Issa Djadallah – plus que celui de Deby junior - n’en finit pas de faire jaser et de susciter des gorges chaudes, surtout au vu de l’édifiant parcours de cet homme discret, froid, et viscéralement attaché au chef du clan des Itno.


Bichara_Issa_Djadallah-irishmilitaryonline.com.com.jpgEn 2006 Bichara Issa Djadallah est général de division, et ministre de la Défense. Le 13 Avril 2006, au moment où les troupes du FUC arrivent jusqu’aux portes de N’djamena, c’est lui qui se charge de faire face aux assaillants, soutenu – bien évidemment par la France – mais il assume l’offensive avec un courage inouï. Et alors que bon nombre de « généraux » du dictateur se planquaient.

Deux jours plus tard, sur la Place de l’Indépendance – où sont exhibés les combattants capturés du FUC - Bichara Issa Djadallah est aux côtés du « général Président » pour évaluer le matériel des rebelles, au même moment, Ahmat Mahamat Bachir, général de brigade, et ministre de l’Intérieur, reste bien loin du chef de l’Etat, avec les autres membres du gouvernement.

En 2007, par l’entremise de Kadhafi, Deby fait la paix avec Mahamat Nour Abdelkerim, et le nomme dans la foulée Ministre de la Défense. Bichara Issa Djadallah avale certainement le cœur gros cette énorme couleuvre, mais faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il occupe sans bouder le poste de conseiller technique à la sécurité Publique et aux affaires militaires à la Présidence de la République. Beaucoup n’y ont vu aucun mal, surtout que le poste occupé par cet ex rebelle faisait partie des conditions du ralliement du leader du FUC. Encore que du haut de la Présidence de la République, le conseiller spécial aux affaires militaires n’était rien d’autre qu’une tutelle officieuse du Ministère de la Défense.

 Mieux, quelques mois plus tard, Bichara Issa Djadallah porte sa quatrième étoile de général, il est propulsé général de corps d’Armée, et est affecté Gouverneur du Ouaddaï.

Beaucoup y voient une marque de confiance de la part du dictateur qui, pensent certains observateurs, tiendrait à ce que le Ouaddaï, porte d’entrée Est du Tchad, soit placé sous le contrôle d’un fidèle.

Bichara s’installe à Abéché, fait convenablement son job, et suit de là bas la tournure tragique de l’éphémère ralliement de Mahamat Nour avec Deby. Moins d’un an plus tard, Deby ramène Bichara à N’djamena, et l’installe à la Présidence de la République dans son entourage immédiat. Quelques mois plus tard, il en fait le directeur adjoint de son Cabinet Civil. Puis le directeur.

Un Directeur du Cabinet Civil qui aura très vite été flanqué d’un adjoint plutôt atypique, puisqu’il s’agit du propre fils de Deby, Zakaria dont on connait l’insolence.

Les rapports entre eux auraient-ils été si mauvais que le fils aurait exigé la tête du fidèle, et que, pour ne pas envenimer les choses, le tyran n’a trouvé pour seule pirouette que de faire sauter les deux hommes en même temps ?

Personne ne le sait pour l’heure.

 Mais ce qui est vérifiable, c’est que le général Bichara n’aura occupé ce poste que pendant moins de trois mois. Un poste où l’on voit revenir trôner aujourd’hui Mahamat Hissène, l’ex porte parole du gouvernement qui, beaucoup ne l’ont pas oublié, avait occupé ce poste il y a trois ou quatre ans. Et comme adjoint de Mahamat Hissène, on a vu venir Ngoté Gali Koutou.

C’est donc dans ces conditions tout simplement renversantes qu’à la suite du tout dernier remaniement Idris Deby n’aura pas trouvé mieux que d’éjecter le général Bichara hors de la Présidence de la République comme un malpropre, le réduisant à un minable rang de secrétaire d’Etat, sous les ordres d’un général de division, son subalterne en grade.

Ce qui, n’ont pas manqué de déduire certains observateurs avisés, constitue un véritable camouflet à l’endroit de ce fidèle parmi les fidèles qui mérite depuis longtemps d’être nommé Ministre d’Etat.

Car on ne peut pas avoir été Ministre de la Défense, et par la suite Directeur du Cabinet Civil du Président de la République, pour être expédié aussi bas, à un rang inférieur à celui du dernier des ministres. Tellement bas que le général de corps d’armée qu’est Bichara Issa Djadallah se trouve jusqu’à nouvel ordre placé sous les ordres du général de division Ahmat Mahamat Bachir. Une hérésie !

Voilà en tout cas l’une des preuves les plus patentes que le régime Deby n’a aucun respect pour ceux qui le servent.

Cette bruyante et trop spectaculaire dégringolade du général Bichara Issa Djadallah ne peut pas être le fait d’un simple hasard. Et il est sûr qu’elle va certainement accoucher de quelque chose : Si ce n’est un éléphant, ce sera certainement une souris… ou ne mouche. Mais en tout cas, elle aura une suite.

 

Par D.D | Ndjamena-matin

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Photo Irishmilitaryonline

Par Ndouné - Publié dans : Politique
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