Présentation

Profil

Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 09:13

Deby tyran-AB - CopyUn vent purificateur souffle depuis un mois sur notre continent. Un vent de sable né avec fureur au nord de l’Afrique. Un vent qui a « dégagé » - au propre comme au figuré - deux monstrueux dictateurs maghrébins de leurs trônes que l’on a toujours cru indéboulonnables. Un vent qui donne même l’impression de pouvoir dégager encore d’autres tyrans vissés à la tête des malheureux Etats de notre continent. Un vent enfin qui devrait bientôt orienter sa trajectoire en direction de l’Afrique noire. Elle en a besoin. Et qu’on ne nous dise pas que … L’Afrique noire, ce n’est pas le Maghreb !

 

Que tous les analystes de salon s’en souviennent : au lendemain de la lamentable fuite du président Ben Ali  – et juste au moment où le peuple égyptien commençait à peine de froncer des sourcils –  ils avaient  été nombreux, les doctes analystes politiques de tous crins qui s’étaient cru obligés de marmonner dans leurs barbes, et même de trancher dans des colonnes de journaux – ou dans des salons huppés - que l’Egypte n’est pas la Tunisie, et que ce qui venait de s’y passer ne pouvait en aucun cas être réédité au pays des pharaons.

Impardonnable erreur d’appréciation : il aura seulement fallu 18 jours pour que tous ces diseurs de bonne aventure réalisent qu’ils s’étaient mis le doigt dans l’œil.  Jusqu’au coude !

Contre toutes ces logiques absconses, le rais Moubarak a connu  le même sort que Ben Ali : Le peuple s’est monstrueusement mobilisé, s’est furieusement pressé  dans la rue, lui a hurlé sans discontinuer « DEGAGE », et le pharaon Moubarak, en dépit d’une tentative timorée de résistance, et exactement comme son homologue tunisien, est sorti du pouvoir la queue entre les pattes, en fuyant, par une fenêtre dérobée sous laquelle il n’y avait plus le moindre tapis rouge.

Triste fin pour un dictateur qui réalise aujourd’hui - comme sous le fait d’une terrible surprise - la relativité des choses et des certitudes. Mais par dessus tout, triste leçon que devraient retenir tous ces chefs d’Etats des tropiques qui ne pensent qu’à mourir au pouvoir, parce que définitivement convaincus que l’avis du peuple ne compte pas.

Mais il faut dire que ce spectaculaire phénomène populaire affiche la tendance de vouloir contaminer tout le Maghreb – pour ne pas dire toute la sphère Arabe.  Et déjà ces sinistres potentats qui trônent encore en Algérie, en Jordanie, au Yémen, et même en Libye commencent à toucher du bois en scrutant chaque matin – non sans inquiétude – le thermomètre de leurs populations pour se rassurer que la température est toujours à 37 !

A ce sujet, on entend déjà d’ici bon nombre de « tchatcheurs » de salon qui, malgré l’amplitude du tsunami, ne se gênent guère de penser avec obstination que la Libye de Kadhafi n’est pas la Tunisie, ou encore que l’Algérie de Bouteflika a d’autres réalités que l’Egypte.

Alors que ce qui vient de se produire, en moins d’un mois, en Tunisie et en Egypte a fait perdre la boussole même aux spécialistes les plus pointus de la lecture du marc de café. Car personne, mais alors personne, n’aurait pu imaginer que ces deux régimes autocratiques - absolument soutenus par l’Armée – auraient pu se désagréger comme des châteaux de sable sous la pluie en moins de deux semaines, par la seule volonté populaire.

C’est pour cette raison, et quelques menues autres, que personne ne peut raisonnablement, à l’heure qu’il est, jurer de quoi que ce soit pour ce qui serait de l’avenir immédiat de ces régimes dictatoriaux et fossilisés qui oppriment l’aire Arabe depuis près d’un demi siècle.

Mais ça, c’est le problème de ceux qui – ignorants des facéties parfois désarmantes de l’Histoire - ont du mal à saisir toutes les incidences des contagions des révolutions. Car le  problème  des négro africains que nous sommes, en ce moment où le monde entier applaudit à tout rompre le courage et la détermination des peuples Tunisiens et Egyptiens  qui ont su arracher leur liberté,  c’est de savoir si la dynamique populaire  qui vient de jeter à terre Ben Ali et Moubarak  pourrait  contaminer le sud du Sahara pour mettre dehors tous ces roitelets nègres qui font ployer les malheureuses populations de leurs pays - transformés en propriétés privées  -  sous le joug de dictatures féroces et insupportables.

 Et dictateur parmi les dictateurs, Idriss Deby Itno mériterait bien que le peuple Tchadien le « dégage » du palais rose sans autre forme de procès.  Mais cela est-il possible ? Cela est-il envisageable ?

Le peuple Tchadien, usé, laminé et fatigué par près de vingt années de tortures et d’oppression politique sauvage, a-t-il encore suffisamment de tripes et de rage pour se débarrasser – à la façon tunisienne – de ce pouvoir absolu qui a rendu Idriss Deby Itno absolument fou ?

 La question ne devrait même pas se poser : La réponse est entre les mains du peuple Tchadien qui, seul, peut encore donner   une ultime preuve de sa capacité à résister et à se débarrasser d’un soudard qui cumule avec délectation les titres de président, général d’armée, et Sultan !

Il est en tout cas certain que malgré la terreur irrépressible qui donne l’impression d’avoir tétanisé le peuple Tchadien, celui-ci n’a rien d‘un peuple résigné. Il a certes confié son destin entre les mains du Très Haut et Très Miséricordieux, et c’est justement pour cela que la volonté du créateur peut faire que, bien plus tôt qu’il ne pourrait le penser, DEBY pourrait faire les frais d’un remake – version Tchadienne – de ce qui vient de se passer en Tunisie et en Egypte.

Cette hypothèse n’a rien de farfelu ou de fantasmatique, car ce qui vient de se dérouler en Tunisie et en Egypte est là pour prouver que les peuples de ces deux pays, bien qu’ayant donné pendant plus de trente ans l’impression d’avoir été émasculés, ont eu un sursaut désespéré  qui a radicalement réglé leur problème. Et c’est une leçon pour l’Afrique noire toute entière, et plus spécifiquement celle en butte à la tyrannie et au despotisme.

C’est essentiellement pour cela que les DEBY (Tchad), SASSOU (Congo), BIYA (Cameroun), BONGO (Gabon), GNASSINGBE (Togo), OBIANG NGUEMA (Guinée Equatoriale) et autres – tous vissés au pouvoir depuis des dizaines d’années - ne dorment plus que d’un œil. Ils savent que le Maghreb vient d’apprendre à toute l’Afrique que tout est possible, même déboulonner les demi dieux qui se sont imposés comme des hommes providentiels que rien, ni personne ne pourrait remplacer.

Les faits viennent de nous démontrer que malgré le fait que nos Néron nègres couvent des Armées entièrement acquises à leurs causes, celles pourraient ne pas les protéger de la furia populaire, car désormais le moindre tract, la plus anodine revendication, ou le plus insignifiant sitting pourrait servir de détonateur à un mouvement populaire capable de provoquer le pire. C’est bien à cause d’un vendeur de fruits désespéré que Ben Ali ait perdu son pouvoir …

Quoi qu’il en soit, autant certains esprits avaient trop vite pensé que l’Egypte n’est pas la Tunisie, nous savons tous que le Tchad non plus n’est pas Tunisie.

Pourtant, exactement comme en Tunisie, une insolente oligarchie s’est accaparée de toutes les richesses du pays depuis vingt ans. Comme en Tunisie et en Egypte, un dictateur autiste a transformé tout le pays en une vaste prison dans laquelle la seule réalité est celle du clan au pouvoir.

Comme en Tunisie et en Egypte, les droits de l’homme, la liberté, les élections, et la démocratie sont des concepts subjectifs n’ayant aucun sens. Enfin, comme dans ces deux pays, le despote s’obstine à croire que l’Armée sera là pour le défendre.

Mais comme en Tunisie et en Egypte, le peuple - contrairement à tous les pronostics – a eu raison du dictateur et de son régime.

En tout cas, une chose est sûre : DEBY ne peut ne pas être inquiet à l’heure qu’il est – malgré ses élections truquées qu’il est en train d’organiser –. Le mauvais vent qui vient du Maghreb est capable de tout !

Par A.K | Ndjamena-matin

Par Ndouné - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

English - العربية

Suivre @Ndoune sur Twitter

 

Articles récents

  • La critique du pouvoir est-elle possible en Afrique?
    En Afrique, c’est bien connu, les hommes politiques ne supportent pas la critique. Mais ne sont-ils pas à l’image des sociétés africaines elles-mêmes dans lesquelles les us et coutumes, les croyances, les traditions, le système social, etc. font l’objet de la part du corps social d’un respect absolu et d’une obéissance...
  • Le silence de l'Afrique face aux enjeux internationaux
     L'Afrique au silence Pourquoi l'Afrique est silencieuse face aux enjeux considérables dont elle est l'objet ? Il est évident que l'Unité Africaine, OUA, instituée par les pères de l'indépendance Africaine en 1963, s'est retrouvée en  « 50 Afriques »  comme disait un...
  • Vidéo - Sommet UE-Afrique 2014 : manifestation de la diaspora tchadienne de France et de Belgique
      Vidéo de la manifestation des patriotes de la diaspora tchadienne de France et de Belgique contre la présence du dictateur tchadien au sommet Europe-Afrique du 02 avril 2014. Le 2 avril 2014, au sommet Europe-Afrique les patriotes de la Diaspora Tchadienne de France et ceux de la Belgique ont...
  • Pourquoi ne pas aider la liberté plutôt que des autocrates ?
    Les occidentaux qui compatissent avec les ukrainiens pourraient être surpris d'apprendre que le gouvernement américain soutient des autocrates soutenus par la Russie, contre l'opposition, dans d'autres pays qui faisaient autrefois partie de l'Union soviétique. Un bon exemple est le Tadjikistan, fief du...
  • Tchad - Appel de la Jeunesse Ardachi pour le changement
    L’APPEL DE LA JEUNESSE ARDACHI    La situation que connait le Tchad, après plus deux décennies de gestion catastrophique du pouvoir MPS, interpelle tous les Tchadiens. La pire de chose est de rester indifférent au délitement de la société Tchadienne par des gens qui, au vu de leurs actions quotidiennes,...
  • Manifestation de la diaspora tchadienne d’Europe devant le parlement européen
    Message du comité d'organisation   Comme annoncé dans les précédents communiqués, pour l’appel à manifester à Bruxelles, le jour 2 avril 2014, au sommet Europe-Afrique les patriotes de la Diaspora Tchadienne de France et ceux de la Belgique, ont manifesté activement devant le parlement européen, pour montrer...
  • Comment l'économie de développement a laissé tomber les pauvres
    Il y a plus d'une décennie, le livre de William Easterly, « la recherche insaisissable de la croissance » (The Elusive Quest for Growth), créait un certain émoi au sein des économistes. Ancien économiste à la Banque mondiale, Easterly a soutenu que pratiquement aucune des solutions à la mode au problème de...
  • Pauvre France, pour une Afrique riche dirigée par des dictateurs
    Les dirigeants des grandes puissances de ce monde moderne, qu’ils soient de gauche ou de droite, des démocrates ou républicains, ils ont tous un dénominateur commun celui du soutien aux dictateurs sanguinaires africains. Après 50 ans d’indépendance, l’Afrique francophone sous perfusion occidentale (France) n’est jamais indépendante....
  • Tchad - N’Djamena : « vitrine africaine »…de l’insécurité !
    Notre pays le Tchad, et plus particulièrement la capitale N’Djamena, est devenu le terrain de brigands de tous genres. Agressions corporelles, vols de voitures et de motos, cambriolages, braquages divers avec parfois mort d’homme : un bilan bien sombre ! Les habitants de la capitale vivent avec la peur dans le...
  • Quand l'aide est contestée même dans les situations d'urgence
    L'aide fonctionne-t-elle dans les situations d'urgence ? La réponse à cette question, semble-t-il, ne dépend plus de la compassion, mais plutôt du débat en cours sur l'efficacité - ou son manque - de l'aide étrangère. Il y a deux camps puristes. D'une part, il y a ceux qui croient fermement que cela...
Liste complète

Dicton – Les 5 de la semaine

  Aussi haut que vole un oiseau, il finit par se poser

C'est avec l'eau du corps qu'on tire celle du puits

Ce que le vieux voit assis, le jeune ne le voit pas debout

Chaque rivière à sa propre source

La pierre lancée avec bonté ne siffle pas


Proverbes africains - Source: Afrik

Quoi de neuf ?

Annonces


weather counter

Catégories

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés