Toute
l’Afrique a vu tout récemment comment, au Nigeria, suite à l’indisponibilité du Président Yar’a Dua, le problème de la direction du pays a été réglé sans remous. La raison en est simple :
Dans ce pays là – à l’image des sociétés politiquement bien organisées, mais il en existe si peu sur notre continent – la vacance du pouvoir ne doit pas plonger le pays dans la tourmente. Mais,
question à 1000 balles : les choses pourraient-elles se passer sans heurts au Tchad s’il arrivait que, subitement, Idriss Deby Itno passe l’arme à gauche ?
Chaque jour qui se lève voit des bataillons d’observateurs, de politologues, de journalistes et même de blogueurs, passer au
crible les faits et gestes de Idriss Deby Itno ainsi que ceux de tous ceux qui font - ou veulent refaire- le Tchad.
Parmi tout ce beau monde manifestant un grand d’intérêt dans le décryptage du quotidien du Tchad, ils sont en tout cas rares,
ceux qui osent se demander ce qui pourrait bien advenir du Tchad, de ses « institutions », et de tous les acteurs de son histoire actuelle, si par malheur Idriss Deby Itno venait
à succomber brusquement d’un arrêt cardiaque, d’un AVC ou dans un accident.
Nous ne le souhaitons pas, ce serait indécent, mais parce que tous les êtres humains - fussent-ils chefs d’Etats omnipotents -
ne sont que des mortels, Idriss Deby Itno pourrait bien disparaitre à tout moment. Exactement comme le chef de l’Etat polonais dont le trépas tragique vient de rappeler à tous les dirigeants de
ce monde que la mort est constamment à l’affût.
En effet, qui, aujourd’hui, pourrait bien prévoir – ou imaginer seulement – ce qui pourrait se passerait au Tchad dans les
minutes qui suivraient un décès subit du dictateur ?
Se poser cette question, et même toutes les autres qui s’y greffent, ne devrait pas être tabou ou du genre des sujets qui
fâchent, car cela relève de la prospective élémentaire. Une prospective tout simplement pragmatique dans la mesure où tout se passe aujourd’hui à l’intérieur des frontières tchadiennes comme si
Idriss Deby était éternel, et que la dictature féroce et autiste par laquelle il persécute tout un peuple durerait ad vitam aeternam.
Au Tchad, c’est connu, un système tyrannique et illuminé a tout verrouillé. La Constitution en vigueur - taillée sur mesure pour
le potentat – ne prévoit aucun système de transfert de pouvoir en cas de vacance à la tête de l’Etat. Et pour tout dire, elle ne prévoit même pas cette hypothèse, ce qui est tout simplement
ahurissant !
Il est vrai que le tyran s’est surarmé pour se prémunir des surprises que pourraient lui faire les seuls Tchadiens qui se sont
engagés – jusqu’au sacrifice suprême de leur vie - à libérer le Tchad de son emprise criminelle.
Mais si Deby pense empêcher la Résistance Armée de faire vaciller – ou de déboulonner – son pouvoir, il refuse farouchement
d’imaginer qu’il est appelé à quitter fatalement ce pouvoir qui, dans son esprit, est devenu aussi consubstantiel que l’air qu’il respire. Et pourtant !
Et pourtant, si la Résistance ne parvient pas à l’éjecter du pouvoir, il n’échappera ni aux ravages de la maladie – et il est en
ce moment bien malade – et encore moins à l’usure du temps, car la mort, même naturelle, viendra bien un jour ou l’autre lui régler son compte.
Et ce jour-là, que ce soit dans cinq, quinze, ou vingt ans, le même problème que nous évoquons dans ces lignes se posera.
Surtout que Deby n’entrevoit pas, et n’a jamais entrevu, l’éventualité de quitter le pouvoir de son propre gré.
Mais alors, que se passerait-il à ce moment-là quand, terrassé par la mort, le cruel despote ne sera plus en mesure de faire
peur à qui que ce soit ?
Ce scénario-fiction représente, on le sait, un scénario catastrophe pour tous les caciques du MPS qui ne demandent qu’une
seule chose cinq fois par jour, dans leurs prières ou une fois par semaine à la messe : que le Néron tropical qui trône sur le Tchad puisse demeurer à jamais à la tête du pays. Et rien
d’autre.
Seulement, à l’intérieur du régime MPS, on trouve - et ils sont de plus en plus nombreux - des déçus qui, pour leur part, prient
à voix basse sur leur lit chaque soir qu’un cancer ou un arrêt cardiaque emporte cet autocrate qu’ils ont servi – parfois avec servilité, mais qui les méprise aujourd’hui - et qui
refuse de s’imaginer, un seul instant, vivre ailleurs qu’au "Palais Rose", entouré d’hommes armés jusqu’aux gencives.
Quoiqu’il en soit, il n’est nullement besoin d’être diplômé de Science Po pour savoir que le régime de Deby ne repose que sur la
terreur qu’il inspire et la vénalité de tous ces Tchadiens qui ont choisi de plier l’échine, de se mettre à genoux, et de le servir.
A cet effet, et c’est la triste réalité, ce régime n’a pas de fondation solide. Ainsi, si Deby rend soudainement l’âme, on peut
envisager sans risque de se tromper, que ce sera la panique, car personne ne pourra plus parier un seul franc Cfa sur la survie de ce régime prédateur.
Il est certain qu’à cause de l’absence de toute disposition constitutionnelle relative à la succession du chef de l’Etat
Tchadien, ce sont les plus rapides, les plus rusés, les plus cruels ou les plus déterminés du MPS qui s’empresseront de ramasser la canne du commandement.
Et il est sûr que quelques minutes après que le machiavélique aura rendu le dernier soupir, tout pourrait arriver au
Tchad.
Surtout le pire. Avec comme première hypothèse, l’éclatement quasi instantané du MPS, en deux, trois, ou plusieurs camps,
chacun de ceux-ci tentant de s’imposer aux autres par la force des armes comme le défunt satrape le leur a enseigné de son vivant.
Il s’en suivra ainsi, et de tous les côtés, des tas d’éliminations physiques rapides et sans pitié entre ces ex amis et
camarades du parti MPS qui, chacun de son côté, ne reculera devant aucune ignominie pour arracher un pouvoir à prendre par la force en éliminant sans états d’âme quiconque sera considéré comme un
adversaire réel ou présumé.
Au passage, comme cela se passe souvent quand les éléphants se battent en détruisant la forêt, ce sont, une fois de plus, les
pauvres populations Tchadiennes - déjà meurtries jusqu’au sang par le règne méphistophélique de Deby et de son prédécesseur, dont il était par ailleurs l’exécuteur des basses et meurtrières
besognes, qui en souffriront davantage.
Bien entendu, dans ce cas de figure qui mettra face à face des camps armés, l’opposition civile aura du mal à faire entendre la voix de la modération, qui est la sienne, au milieu du vacarme des
détonations des kalachnikovs et des tirs de roquettes. Et du coup, voilà le Tchad qui mettra le pied sur l’accélérateur d’une décrépitude encore plus terrifiante, irrémédiablement obligé, voire
condamné - par la faute d’un impitoyable chef de guerre qui n’a jamais voulu être un démocrate, encore moins un véritable homme d’Etat - à faire la guerre, à ne faire que la guerre ! Pendant
et après son règne ! En prônant le « Après moi le déluge !
Il est vrai que la Résistance Armée actuelle sera bien forcée d’entrer dans cette bagarre où – dans la logique de Deby –
l’équation des armes effacera toutes les inconnues.
Il est donc clair que si depuis bientôt 20 ans Deby a tout fait pour s’éterniser au pouvoir en occultant volontairement, et fort
obstinément, la question de l’alternance, c’est dans le noir dessein de ne laisser d’autre choix à ses compatriotes - au cas où il viendrait à disparaître – que celui de s’étriper et de ne
communiquer que par armes et factions militaires interposées.
Voilà ce qui risque de se passer aujourd’hui ou demain matin, s’il arrivait que Deby clamse sans avoir quitté le pouvoir, ou
sans avoir été contraint à le moderniser.
Mais, question : qui aurait intérêt à ce que les choses se passent ainsi ? Indubitablement, la réponse est : ceux
qui maintiennent le potentat actuel au pouvoir à N’djamena, il s’agit évidemment de la France, la Libye et consort, en lui faisant croire qu’il est la providence Tchadienne, et que sans sa
présence au sommet de l’Etat, le pays n’existera plus.
L’évocation de l’hypothèse de la disparition subite du dictateur, qui n’a rien de farfelu, devrait en tout cas renforcer tous les Tchadiens dans la conviction qu’ils doivent impérativement
éviter la seule alternative que le tyran a prévue pour eux en cas … d’accident. Il suffit à tous et à chacun de se la repasser dans la tête. Peut être bien, alors, que le ciel nous débarrassera
de ce tyran, et nous empêchera de nous entretuer. Réveillons-nous avant
qu'il ne soit trop tard !
Par A.K | Ndjamena-matin