Ceux qui avaient trop hâtivement cru qu’en expédiant une délégation de
« négociateurs » rencontrer les leaders de l’opposition militaire Tchadienne à Khartoum, Deby s’était enfin engagé à rechercher la paix, en sont aujourd’hui pour leurs frais : Il
n’y a pas eu de dialogue à Khartoum, mais plutôt un scabreux monologue des émissaires de N’djamena qui n’ont brandi – les yeux hors de leurs têtes et la main sur leurs pistolets – qu’une seule
alternative : la reddition ou le ralliement. Ça ou rien. Forcément, le dialogue a tourné court. Les forces de la Résistance ne se sont plus senties concernées par une telle perception de la
recherche de la paix.
C’est ainsi
que la délégation gouvernementale s’en retourne ce jour à N’djamena, emportant dans la soute de son avion la responsabilité de cet échec – un de plus – dans la recherche d’une paix qui, plus que
jamais, demeure hypothétique.
Sous la conduite – pas très éclairée, il faut
l’avouer – du fameux « médiateur national » Abderamane Moussa, une délégation de quelques caciques du régime MPS est partie de N’djamena – tout le monde le sait – le 31 Mars dernier
pour se rendre à Khartoum dans le but – officiellement affirmé – d’animer une rencontre préliminaire dite de négociation de paix avec les leaders de
l’opposition militaire Tchadienne.
Comme membres (treize) de cette délégation –
beaucoup le savent aussi – il y avait : Asseid Gamar Sileck ( député MPS ), le « général » Kalimi Koudimi ( qui a eu à diriger à plusieurs reprises des opérations de
répression contre la résistance militaire), le « général » Mahamat Delio ( cousin de Deby), Ahmat Mahamat Bachir – le « perroquet national » ( ministre de l’Intérieur), et
quelques autres seconds couteaux de la dictature qui ont débarqué à Khartoum les sourcils froncés et les mâchoires crispées. Preuve de leur peu de
disposition au compromis.
En tout cas, de l’avis de bon nombre d’observateurs,
Deby aurait pu trouver mieux pour composer une délégation aux missions aussi délicates.
Quoi qu’il en soit, cette équipe a rencontré les
leaders de la Résistance militaire Tchadienne le 1er Avril – quelle idée ! – et les deux jours qui ont suivi.
Il importe en tout cas de préciser que le général
Mahamat NOURI – qui avait subodoré que cette rencontre ne pouvait déboucher que sur un cul de sac à cause du manque d’épaisseur de l’équipe envoyée négocier – n’a pas voulu, dès le départ, y
prendre part. C’est sur la grande insistance de la plupart de ses camarades, et même des autorités Soudanaises, que le président de l’UFDD consentit enfin à changer de posture..
Le vendredi 02 Avril, en guise de salamalecs, les
envoyés de Deby ont proclamé une prétendue volonté d’aboutir à la paix.
En face les politico militaires ont affirmé leur
perpétuelle disposition au dialogue et à la paix, surtout dans la perspective d’un dialogue franc et sans faux fuyants dans le cadre duquel les causes réelles de la fracture, ainsi que les
véritables conditions susceptibles d’aboutir à une paix véritable et durable, seraient pris en compte.
Mieux : l’UFR s’est réjouit que le gouvernement Tchadien ait enfin reconnu la réalité de son existence, ainsi que le fait qu’aucune solution de paix ne pouvait être trouvée sans l’implication de cette entité ayant unifié l’essentiel des
formations engagées dans la lutte armée.
Mais samedi 03 Avril, les émissaires du despote ont
montré – comme on dit –leur vrai visage. Ils ont campé une posture aussi butée que radicale : Pas question de l’implication d’un autre médiateur autre que celui Tchadien. Ils n’ont pas
voulu, non plus, entendre parler de la participation à ces pourparlers de la communauté internationale suggérée par l’UFR.
Ainsi pour les émissaires de N’djamena, ni l’ONU, ni
l’Union Européenne, ni l’UA, ni la CEMAC, ni la CEN SAD n’avaient rien à faire dans ces pourparlers où, en fait, leur présence aurait été indubitablement positive.
Et enfin, ils n’ont – en substance – délivré qu’un
seul message : « Revenez au Tchad, nous sommes en train de le construire, et vous aurez tout ce que vous voudrez »
En clair : Déposez vos armes et venez rallier
notre régime sans poser de conditions !
Face à un discours aussi peu rassurant, les membres
de l’UFR – qui avaient bien pressenti qu’il y aurait peu de chances que le langage de cette délégation vole bien haut - ont néanmoins demandé quelles garanties leur étaient
offertes.
« Aucune garantie », a aboyé le
« perroquet national » Mahamat Bachir – qui semblait même en état d’ébriété – « nous sommes en train de construire le Tchad, si vous
voulez le faire avec nous, venez, sinon restez là où vous êtes ! »
« Mais », aura questionné un leader de l’UFR, « on a vu des opposants comme Abbas Koty
revenir au Tchad sans aucune garantie, ils ont été bousillés par la suite. »
Réponse du tac au tac de Mahamat Bachir encore pus
furieux : « Nous sommes venus ici vous dire de revenir au pays. Si vous y revenez pour faire des bêtises comme Abbas Koty, vous serez aussi
bousillés comme lui ! »
Pas très diplomatiquement correct comme
réponse !
On comprend donc que l’échange ait vite, et même très
vite, tourné court.
Il était clair comme de l’eau de roche que la
délégation dictatoriale n’était venue à Khartoum qu’avec des diktats dans ses valises, sans aucune concession à faire :
Et une fois de plus, l’UFR a étalé aux yeux du monde
entier et de l’Afrique son inépuisable propension au dialogue et à la recherche de la paix.
La délégation de l’UFR a réaffirmé – avec une
formidable dignité – sa disponibilité à résoudre, par la voie pacifique, les problèmes du Tchad, pourvu que ce soit dans le cadre d’un dialogue inclusif franc, un cadre qui gagnerait même à être
enrichi par le parrainage de cette communauté internationale qui pourrait ainsi être le témoin et l’artisan d’une paix qui n’est que trop souhaitée depuis plus d’une demi douzaine
d’années.
Mais les émissaires de Deby qui n’ont certainement
fait que respecter à la lettre ce qui leur avait été prescrit pare leur maître à leur départ de N’djamena, ne s’en sont tenus à Khartoum qu’ à des injonctions qu’ils n’ont fait que débiter de
façon répétitive, provoquant ainsi la fermeture d’un dialogue qui aurait pu réjouir toute l’Afrique s’il avait été conduit de manière
sincère..
Selon l’agenda de la délégation Gouvernementale, elle
devrait quitter Khartoum ce dimanche 04 Avril ou le mardi, selon d’autres sources, avec la certitude encore plus affirmée que jamais l’opposition Armée n’acceptera une négociation de paix au
rabais, et encore moins une humiliante reddition après tant de sacrifices et de martyrs.
Quelle sera la suite de cet échec cuisant de la
dictature sur le sol Soudanais où Deby avait aboyé, il y a quelques semaines encore, être un homme de paix, mais dont le régime est incapable de
conduire des pourparlers de paix avec cohérence ?
Difficile de dire comment cela va se passer du côté
de la dictature qui devra multiplier les contorsions face aux pressions de la Communauté internationale qui le presse de faire la paix avec son opposition.
Mais pour ce qui concerne l’opposition militaire -
représentée de façon disparate en
pareille circonstance - les choses sont déjà clairement définies :
Au lendemain de cette comédie, un congrès de l’UFR doit se tenir dans les plus brefs délais, indispensable de lever les malentendus, divergence et contradictions en son sein depuis l’échec de
l’offensive de mai 2009.
Un congrès dont l’objectif est de redessiner les
contours de la nouvelle option de lutte armée contre un régime autiste qui ne pense décidément qu’à aller jusqu’au bout de sa dictature.
La Résistance Armée qui vient d’être requinquée dans sa
détermination face à la petitesse des hommes et des politiques du camp honni, vient de se voir davantage dopée par une détermination nouvelle à aller jusqu’au bout de sa résistance, c’est à dire,
jusqu’à la chute du régime MPS et de son gourou.
Par A.K | Ndjamena-matin
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