Les télescripteurs des principales agences de presse du continent n’arrêtent pas de crépiter avec frénésie depuis
samedi 20 février dernier, tant ils suivent minute by minute les fulgurants développements du processus de paix que conduisent littéralement – sur plusieurs fronts et au pas de course -
les autorités soudanaises avec le plus important groupe militaire de rébellion du Darfour. Et dans ce processus d’une portée historique, Idriss Deby Itno campe un rôle tout simplement central
dans la mesure où il à réussi à s’imposer comme un médiateur officiel.
Mais, pendant ce temps les rebelles Tchadiens pour lesquels une démarche de la même veine aurait dû être entreprise - mais restant néanmoins en attente d’un éventuel dialogue avec le régime
en place à N’djamena – se demandent froidement, si effectivement Deby tient à ce qu’ils rentrent au Tchad tel qu’il l’a affirmé lors de son dernier voyage à Khartoum, puisque rien ne
bouge…
« Nous
avons toujours pensé que Deby raconte des histoires quand il fait croire à l’opinion internationale qu’il est prêt à laisser revenir les animateurs de la rébellion au Tchad ».
Voilà ce qu’affirme, les sourcils froncés, un grand responsable de l’opposition radicale à Ndjamena, à l’annonce des grandes avancées enregistrées depuis samedi 21 février dans la conduite
par le Soudan de la fin de situation de belligérance avec les groupes rebelles, et principalement avec le MJE, le plus important groupe armé du Darfour.
Et le même opposant de continuer : « La vérité est que Deby – comme à son habitude - veut rouler les politico militaires, le Soudan, et même
la communauté internationale dans la farine. Il est allé à Khartoum faire croire à Omar el Béchir, à l’opinion internationale, et aux rebelles de l’Est du Tchad qu’il est prêt à faire la paix, et
même à les laisser revenir au pays. Nous connaissons la cynique propension de Deby à ne jamais tenir ses promesses. Son problème aujourd’hui ce n’est pas de rechercher la paix, mais plutôt de
gagner du temps, et d’endormir la rébellion en attendant la saison des pluies à la faveur de laquelle il attaquera les résistants avec l’aide du Soudan. ».
A la lumière de la situation assez équivoque que l’on observe en ce moment entre le régime Deby et son opposition militaire, c’est tout logiquement que
beaucoup se demandent où, exactement veut en venir Idriss Deby avec son opposition militaire. Une opposition que beaucoup d’observateurs
s’attendaient à voir, à l’heure qu’il est, dans de sérieux conciliabules avec le régime Deby.
C’est ainsi que beaucoup de ceux qui suivent de près l’actualité Tchadienne n’en finissent pas de se poser de brûlantes questions, et sur la sincérité d’Idriss
Deby quant à désirer que la poudre cesse de parler au Tchad, mais aussi à propos du retour au Tchad de ceux qu’il a toujours – du moins jusqu’à son récent déplacement à Khartoum – qualifiés de
mercenaires.
Mais à l’allure où sont conduites les négociations et résolutions de paix entre le président de l’Etat Soudanais et les rebelles du MJE, il est difficile de
déduire qu’Omar el Béchir tient absolument à en finir avec la guerre et toute la cohorte de calamités que celle-ci traîne dans son sillage.
La meilleure preuve de cette option, c’est Ahmed Hussein, porte parole du MJE, qui l’illustre à travers de très enthousiastes déclarations qu’il livre à
profusion dans la presse sans arrêt : « Nous avons signé un accord cadre avec le gouvernement soudanais le samedi 20 Février, a-t-il confié à plusieurs médias,
« la suite se passera à Doha le mardi 24 février avec la signature d’un accord cadre encore plus précieux en présence des présidents Omar el Béchir et Idriss
Deby. »
« Cet accord », précise le porte parole des rebelles soudanais, « portera sur le partage des richesses, le partage du pouvoir, le
retour des déplacés, les compensations, et même le sort des prisonniers. »
En somme tout un programme…
Mais un programme qui met en relief la farouche détermination du chef de l’Etat Soudanais à mettre un point final sur le cycle infernal de la violence et
de la désolation qui ont collé cette sinistre réputation qui colle au Soudan, et qui lui a valu le recul qu’il connait depuis une dizaine d’années.
Autant de choses concrètes qui établissent que, à la suite de la signature des accords dits de « normalisation » entre le Tchad et le Soudan, Omar el
Béchir n’a guère traîné les pieds pour exorciser le spectre de la violence dans son pays, mieux : il met les bouchées doubles à cet effet.
Mais pendant ce temps, l’autre signataire des « accords de normalisation » ne donne pas beaucoup l’impression de s’investir outre mesure dans une
stratégie parallèle de paix.
En effet, en dehors de son discours à Khartoum et de l’exploitation ostentatoire d’un extrait de celui-ci, on ne voit pas beaucoup Idriss Deby se déployer pour
traduire sa prétendue « nouvelle option de paix » par des faits, des gestes, voire des actes en direction de ses « frères Tchadiens » entrés dans la rébellion.
Plutôt que de s’affairer à consolider sa nouvelle image de colombe qu’il s’est forgée de manière quelque peu forcée, Deby Itno préfère pour l’heure se
distinguer dans la gesticulation politico médiatique en jouant de façon on ne peut plus zélée les « messieurs bons offices » dans le processus de paix entre le Soudan et les
rebelles du Darfour.
Pendant qu’on s’attendait à le voir remuer ciel et terre pour conduire personnellement – ou suivre de très près – tout ce qui devrait entourer le processus du
retour des combattants de la résistance au Tchad, la colombe ne s’occupe que des pourparlers entre Omar el Béchir et ses opposants du MJE. Il en est même devenu un
médiateur.
Et forcément les observateurs n’ont pas résisté à la tentation de comparer les actes et actions des deux dirigeants depuis leur engagement commun à sécuriser
leur frontières commune, et à trouver des solutions pacifiques et productives avec leurs rebellions respectives.
Ainsi, si Deby se démène comme un beau diable pour rapprocher le MJE et Omar el Béchir, et même de leur assurer une belle lune de miel, il n’a même pas encore
daigné bouger le petit doigt dans le sens du règlement de l’équation de la rébellion.
Peut-être attend-il de finir de réconcilier Omar el Béchir avec les rebelles darfouri, pour associer à son tour le président Soudanais dans le processus de
paix tchado Tchadien.
Mais, il faut le dire, cette dernière hypothèse, pour plausible, ou séduisante qu’elle soit, parait tout simplement trop farfelue pour être envisageable, dans
la mesure où l’implication du dictateur Tchadien dans les pourparlers Soudano soudanais ne pourrait d’aucune façon empêcher la conduite d’un dialogue ou de concertations entre Deby et ses
«frères Tchadiens ».
Conclusion ?
Conclusion, Idriss Deby Itno a plongé toute l’opinion Africaine dans le cirage complet à l’heure qu’il est après avoir suscité une formidable illusion, car
pendant qu’on attend qu’il instruise et favorise les conditions de la normalisation de ses relations avec la rébellion de l’Est, il s’agite plutôt avec un zèle suspect dans le règlement du
processus de paix soudano soudanaise, comme si c’était là la plus grande urgence pour le Tchad.
Quant à Omar el Béchir, on comprend aisément qu’il s’active comme un forcené à tenter de se refaire une nouvelle image aux yeux de la communauté internationale
et surtout de la CPI qui le terrorise carrément avec ses mandats d’arrêt. Et dans cette optique il semble être devenu un véritable obligé d’Idriss Deby, voire un allié. Il faut le dire,
cette nouvelle attitude du No 1 Soudanais devrait inciter les membres de la résistance Tchadienne à beaucoup de circonspection vis-à-vis du leader Soudanais qui, certes, les a beaucoup
soutenus dans leur combat depuis près de six ans mais est, aujourd’hui, beaucoup plus préoccupé par la survie de son régime ainsi que l’appréciation de sa propre image.
Conséquence : les animateurs de la résistance ont intérêt désormais à se méfier de cette machination Tchado Soudanaise.
Et pendant ce temps, la bande défilante appelant les combattants de la résistance au retour au pays illumine toujours le site internet de la Présidence de la
République du Tchad… en attendant la saison des pluies !
Par A.K | Ndjamena-matin
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