L'ex-avocat de Saddam Hussein publie un livre défendant la mémoire de l'ancien dictateur irakien. De passage à Paris, Khalil Al-Doulaïmi, qui vit désormais en Jordanie,
s'explique sur sa position et ses prétendus « secrets ».
Entre novembre 2004 et son exécution, le 30 décembre 2006, fut l'avocat de Saddam Hussein. Le seul non commis d'office et, à ce titre, le seul que la famille du dictateur irakien légitimera.
Dans un livre, Khalil Al-Doulaïmi raconte sa version de l'invasion de l'Irak par les Etats-Unis, du procès et de l'exécution de Saddam Hussein par le nouveau pouvoir irakien (selon lui, Hussein
serait mort non de pendaison - la corde était délibérément trop longue- mais de multiples coups mortels, la corde au cou) au mépris des recommandations américaines. (Voir la vidéo)
C'est évidemment un livre censé provoquer l'empathie pour l'ancien dirigeant irakien, en jouant sur notre désapprobation de l'invasion décidée par George W. Bush. Un livre très étrange, fait
d'anecdotes difficiles à vérifier. Qui atterrit chez un éditeur (le label Place des Victoires) certes connaisseur du monde arabe, mais plutôt axé sur les beaux livres, l'Histoire et l'ésotérisme,
et donc peu habitué à publier des documents d'actualité politique.
Un livre patchwork (témoignages, annexes, rappels historiques) vite composé, qui en dit long sur une envie de respectabilité de l'avocat, pour lui et pour son encombrant client. Rue89 a
interviewé Khalil Al-Doulaïmi.
Comment s'est passée votre rencontre avec Saddam Hussein ?
C'était tendu. Je ne connaissais pas Saddam Hussein avant. Je n'étais pas même de ses sympathisants. Je me méfiais de lui comme de son premier cercle et j'avais de nombreuses réserves quant à sa
politique. J'ai eu la conviction qu'il était courageux, patient. Qu'il avait une vision nationale, mais aussi pan-arabe, très large.
Cette impression, je l'ai eue jusqu'au bout. Il savait que le pire pouvait arriver jusqu'au bout. Néanmoins, il n'excluait pas qu'une détente arriverait qui pourrait modifier son sort.
Vous parlez de réserves. Quelles étaient-elles ?
Il faut savoir que les aspects de sa personnalité qui ont été montrés ne sont pas conformes à la réalité. Saddam Hussein était entre le marteau et l'enclume : tout son entourage le craignait
et avait donc un comportement courtisan avec lui.
D'un autre côté, les pressions internationales reposaient sur une diabolisation du régime. Il était pris entre les deux, et a eu des comportements catastrophiques.
Par exemple, l'invasion du Koweït en 1991, même si les Koweïtiens avaient exagéré en creusant des puits de travers pour accéder aux réserves irakiennes et en empiétant sur les frontières durant
la guerre contre l'Iran. Beaucoup d'Irakiens et d'Arabes ont des réserves sur cette invasion.
Je ne suis pas du tout d'accord avec votre propos. J'ai vu, moi, les rebelles kurdes collaborer avec les forces iraniennes durant le conflit. Ils ont facilité l'entrée des Iraniens dans de
nombreuses régions, comme à Halabja par exemple.
Les Irakiens et les pays arabes en général considèrent l'Iran comme l'ennemi n°1 [même s'il faut rappeler que c'est l'Irak, et non l'Iran, qui a déclenché la guerre Iran-Irak de 1980-1988 qui a fait autour d'un million de morts, ndlr]. Et l'Iran a toujours soutenu les
rebelles kurdes, surtout depuis le traité de 1975.
Les Kurdes d'Irak jouissaient d'un statut bien meilleur que les Kurdes de Turquie. Saddam Hussein a toujours voulu un Kurdistan autonome. Le traité de 1975 a été une grande concession à l'Iran,
pour calmer cette région.
Mais ils ont collaboré avec l'ennemi et selon la loi, c'est une trahison majeure. Saddam Hussein lui-même donnait des millions de dollars aux deux leaders kurdes Jalal Talabani et Massoud Barzani
afin qu'ils les redistribuent à leur peuple, même après 1991 ! Une grande partie de ces dons aboutirent dans des comptes suisses… Concernant Halabja [mars 1988, 5 000 personnes tuées en
quelques minutes par des bombardements au gaz moutarde, ndlr], l'Irak disposait effectivement du gaz moutarde, mais pas du cyanide comme il a été dit.
Pour l'individu que vous êtes, cela représente quoi d'avoir défendu juridiquement un dictateur qui a des morts sur la conscience ?
Comme vous l'avez dit, j'ai l'ai défendu juridiquement durant son procès. A l'extérieur, je suis un citoyen irakien, et il est de ma responsabilité de dire les choses comme je les ai vues.
Saddam Hussein était le Président légitime de l'Irak. Je ne veux pas discuter de cela, puisque vous choisissez de penser qu'il est dictateur. S'il l'était, ce n'était en tout cas pas le seul dans
la région. Vous savez, dans les pays arabes, le roi, le prince, le Président, c'est un symbole. S'il devait être renversé, c'était par le peuple. Non par un pays étranger qui traverse les mers et
vient détruire une civilisation millénaire, faisant fi des lois internationales.
Il était donc impératif pour moi de défendre ce symbole comme avocat, pour faire face aux Etats-Unis.
Mais si Saddam Hussein était resté au pouvoir, comment une démocratisation aurait-elle été possible ?
Bon, c'est vrai qu'il y a eu beaucoup d'erreurs du leadership irakien… Surtout après l'invasion du Koweït. Il aurait fallu faire naître le pluralisme pile à ce moment-là. Ce vœu avait alors été
exaucé par le leadership. Mais les circonstances [embargo, puis frappes quasi quotidiennes, établissement de zones de non-vol au Nord et au Sud du pays, ndlr] ont fermé les possibilités d'un
processus démocratique.
La guerre de 2003, la « croisade » comme l'avait dit à un moment le président Bush, a été une invasion illégitime. Ses rejetons sont des rejetons bâtards. Si vraiment l'Amérique et
l'Occident voulaient rétablir la démocratie, il faudrait commencer par quitter le pays et en éloigner les agents de renseignements iraniens. Lire la suite surRue89
On apprend également dans ce livre que Saddam avait été condamné à mort pour l’affaire de “Al Doujaïl” où il a subi une tentative d’assassinat. Comme il y a eu une répression, avec condamnation à
mort des auteurs de l’attentat, il a été jugé pour ça et condamné à mort à son tour. Mais dans n’importe quel pays, une tentative de meurtre sur chef d’État engendre des condamnations, souvent à
mort!
Commentaire n°1
posté par
langelotdu16
le 17/03/2010 à 13h28
Peut-être, mais il a puni une tribu entière, il a fait torturer pour faire avouer!
Commentaire n°2
posté par
okapidou01
le 18/03/2010 à 12h44
Le livre est intéressant à lire et on peut voir ce qui se passait dans la tête de cet homme intriguant.
Je suis sure qu'on a tous voulu savoir ce qui se tramait dans sa tête durant sa cavale ou bien même lorsqu'on l'a finalement capturé....Je cite "Craignant davantage l'histoire que le présent, je ne
fais jamais un pas sans l'inscrire dans ma vision de l'avenir"
Commentaire n°3
posté par
bellucci035
le 22/03/2010 à 11h53
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Je suis sure qu'on a tous voulu savoir ce qui se tramait dans sa tête durant sa cavale ou bien même lorsqu'on l'a finalement capturé....Je cite "Craignant davantage l'histoire que le présent, je ne fais jamais un pas sans l'inscrire dans ma vision de l'avenir"