Mardi 18 mai 2010
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En cette année, 17 pays
d’Afrique [1]commémorent le cinquantenaire de leur accession à la souveraineté internationale, 14
de ces pays issus de l’empire colonial français on presque tous [2] en commun une monnaie commune, le Franc CFA. Cette monnaie qui constitue aujourd’hui
une sérieuse entrave à la souveraineté de ces Etats, avait été rejetée en s’en souviens par la Guinée de Sékou Touré. Officiellement été créé en 1948 sous sa dénomination originelle de Franc des
Colonies Françaises d’Afrique, le Franc CFA n’a rien perdu depuis de sa logique d’apparition, les changements ultérieurs dans son appellation n’étant que fioriture.
A la fin de la seconde guerre mondiale, la France alors largement partie prenante, avait laissé des séquelles assez profondes. L’effort de reconstruction nécessaire d’après- guerre procédant par
un recours à toutes formes d’approvisionnements financiers, matériels ou humains, la France décida naturellement de mettre à contribution son empire colonial de l’époque. Il s’agissait pour elle
de créé une monnaie pour sécuriser ses approvisionnements en matières premières largement répandues dans le riche sous- sol de ses colonies africaines. A la suite des mouvements de rébellion de
plus en plus prononcés dans les colonies alors largement exploitées par la mère-patrie, les indépendances ont été consenties à l’ensemble des colonies dans les années 60, en se gardant toutefois
de leur permettre de s’affranchir du fameux franc CFA. Le pouvoir des nouvelles nations dites indépendantes a donc majoritairement été « donné » à des suppôts de la métropole, qui ont
entériné sans mot dire l’essentiel des accords que l’occupant avait déjà établi du temps où il assurait seul la gestion des colonies. Les nationalistes que furent les Nkrumah, Lumumba, Amilcar
Cabral, Modibo Keïta, furent simplement éliminés.
Le franc CFA a ainsi eu d’emblée une parité fixe avec son franc français de maître, pour inhiber tout risque de change. Tout au plus a-t-on créé 3 banques centrales (BCEAO, BEAC et BCC), avec la
particularité que celles-ci n’ont aucun pouvoir décisionnel sur la politique monétaire locale ! En effet, les marges décisionnelles en matière monétaire, qui sont dans les prérogatives des
conseils d’administration des banques centrales, sont quasiment inexistantes pour les membres africains. Qui plus est, les statuts de ces banques sont largement à l’avantage de la France qui peut
bloquer toute décision, du fait d’un nombre de représentants judicieusement fixé au sein des conseils d’administration respectifs de celles-ci. En somme, tout se décide à Paris depuis toujours,
et même pas à la Banque de France, mais bien au Trésor Public Français, un organe directement lié au Ministère des finances !
C’est ainsi que tous les pays de la zone CFA, selon le texte originel, se voient dotés d’un compte d’opérations au Trésor Public Français, compte sur lequel leurs réserves externes sont créditées
en cas d’excédent, ou débitées dans le cas contraire. Et au prétexte qu’elle garantit tout risque de change sur le franc CFA, la Banque de France prélève 65% des réserves de chaque compte
d’opérations, en n’hésitant donc pas à s’enrichir sur le dos de pays pourtant dits pauvres ! Accessoirement, il conviendrait de rappeler que les 35% restant sur les réserves des comptes
d’opération, sont d’officie alloués au remboursement de la dette, ce qui limite les marges de manœuvres le cas échéant dans les Pays de la Zone Franc, quand il est question de mener des
politiques volontaristes en matière de santé ou d’éducation par exemple. Il s’agit de se rendre compte que la politique monétaire, et donc la politique économique des pays de la zone CFA se
décide à Paris, et seulement par Paris !!! C’est de cette manière que la dévaluation de moitié du franc CFA en Janvier 1994, pour arriver à une nouvelle parité fixe de 100 F CFA pour 1 FF, a
été unilatéralement décidée par le gouvernement français de l’époque, dirigé par Edouard Balladur, au grand dam des dirigeants africains qui redoutaient pour la plupart des soulèvements de leurs
populations. La dévaluation unilatérale faisait suite au déficit trop prononcé des comptes d’opérations des Pays de la Zone CFA ! Les conséquences furent drastiques pour les populations des
Pays de la Zone CFA.
Il convient également de souligner que le principal objectif de cette fameuse monnaie dite unique reste étrangement inachevé. En effet, alors que la France, initiatrice du Franc CFA a toujours
défendu l’idée selon laquelle cette monnaie faciliterait les investissements étrangers dans les pays africains, il est de notoriété publique que c’est bien le contraire qui s’est toujours
produit. En somme, la parité fixe sans risque de change favorise plutôt l’exportation des devises, un phénomène qu’on peut reprocher aux multinationales largement présentes sur le continent, mais
aussi aux dirigeants adeptes d’enrichissement personnel. Or la zone Euro, avec des critères de convergence stricts, des politiques et un tissu économiques relativement comparables entre pays
partenaires, montre que contrairement à ce qui s’est produit dans la zone CFA, l’adoption de l’euro comme monnaie commune est le fruit d’un objectif de consolidation défini. Or pour le franc CFA,
on trouve réunis dans le même espace monétaire, des pays qui n’ont nulle autre similitude que leur appartenance à l’ancien empire colonial français et surtout la misère extrême de leurs
populations, qui fait justement que 12 des 14 nations concernées sont aujourd’hui considérées selon les critères de la Banque Mondiale et du FMI comme Pays Pauvres et Très Endettés (PPTE). Plus
encore, les 2 seuls pays qui ne sont pas PPTE y échappent juste par le truchement des revenus exceptionnels de la manne pétrolière, qui en font des pays relativement riches au regard de leur
densité de population plus faible que les moyennes locales. Il s’agit du Gabon et de la Guinée Equatoriale.
Au-delà du manque de souveraineté économique pour tous les Pays de la Zone CFA, on est en droit de s’interroger sur l’indépendance politique, car aucun des présidents de ces états ne peut diriger
s’il ne bénéficie de l’onction de Paris, même s’il existe des élections prétendument démocratiques. En effet, on peut constater que plusieurs pays ont à leur tête des dirigeants qui approchent le
demi de siècle au pouvoir, tandis que dans le même temps, la misère de leurs populations se fait galopante. Comment peut-on croire en un processus électoral réellement transparent et démocratique
si on note que la population qui a le choix libre de ses dirigeants est aussi celle qui est la première à vouloir s’exiler ensuite, en masse ? Quel serait donc cet esprit masochiste qui se
serait emparé des seuls africains qui choisiraient à chaque fois un même dirigeant pourtant réputé incapable de résoudre leurs problèmes les plus basiques tels que l’accès à l’éducation, aux
soins de santé, voire à un travail ! Et enfin tous les Pays de la Zone CFA ont aussi en commun d’appartenir à la Francophonie, et donc d’avoir le français comme leur langue officielle. Après
le contrôle économique et politique, voilà que la France à travers son « rayonnement » culturel, achève de dominer des pays qui finalement, n’ont pas plus de souveraineté que les
territoires et départements d’outre mer, si ce n’est une illusion d’autonomie !
Plus encore, le tour de passe-passe décidé lors du passage à l’euro fait désormais de l’Union Européenne, la nouvelle institution responsable de la misère économique des pays de la zone CFA.
L’Union Européenne a hérité, sans que les africains concernés ne soit invités à une quelconque négociation, du lourd passif colonial français, à travers l’ancrage automatique du franc CFA à
l’euro, avec une parité fixe calquée sur la dernière en vigueur vis-à-vis du franc français. L’Union Européenne devient de ce fait complice « involontaire » de l’appauvrissement de ces
pays du Sud. En outre, la logique de l’euro fort défendue par la banque centrale européenne est entrain de tuer définitivement les économies des Pays de la Zone CFA, qui en plus de 50 ans
d’autonomie supposée, continuent à devoir importer l’essentiel des produits de première nécessité, faute de disposer d’industries locales pour en fabriquer. En effet, les balances commerciales
des Pays de la zone CFA sont largement déficitaires depuis le début des années 80. Et l’euro fort allié à une politique de taux d’intérêts élevés empêche la création de PME dans les Pays de la
Zone CFA, faute de pouvoir décrocher des crédits. Qui plus est, cette même politique condamne durement les échanges Sud-Sud ou les échanges commerciaux entre Pays de la Zone CFA et autres pays
dits du Tiers-Monde, parce que le CFA surévalué de fait rend les éventuels produits des Pays de la zone CFA trop chers... Lire
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