Une chose est perceptible comme le nez au milieu de la figure : moins
d’un mois seulement après l’effacement tragique de son mentor
Mouammar Kadhafi, Idriss DEBY ITNO a peur, terriblement peur. Il sue même à grosses gouttes. Il a peur d’une révolution de palais. Peur d’être brutalement culbuté du pouvoir par
une coalition de forces centrifuges. Et bien sûre peur des froncements de sourcils de Nicolas Sarkozy. Et pour conjurer toutes ces peurs, il n’a trouvé qu’une seule solution, celle du pire :
le repli identitaire et la protection derrière le bouclier tribal. Il ne veut plus désormais compter que sur les Béris. Ceux du Tchad
et surtout ceux du Soudan. Vous avez dit Soudan ?
A la suite de la fameuse réunion de Berdoba du 30 Octobre dernier au cours de laquelle Idriss DEBY ITNO
avait appelé tous les Béris du Tchad à l’union sacrée et au soutien pur et dur de son régime, le Sultan Président organise réunion sur réunion, sans désemparer. Cette fébrilité cache
mal le désarroi dans lequel est plongé le dictateur qui, tout autour de lui, ne voit plus que des ombres menaçantes.
En tout cas, l’une des plus impressionnantes réunions que le potentat a tenues ces derniers temps est bien celle du début de la troisième
semaine du mois de Novembre dernier – précisément dans la nuit du 15 au 16 Novembre au domicile même de son frère DAOUSSA à N’Djamena. Ce fut une assemblée exclusivement familiale à laquelle
avaient pris part les membres les plus irréductibles de la nomenklatura zaghawa et de la famille nucléaire du despote. Au cours de cette plate forme carrément fermée, les participants purent
constater que l’actuel occupant du palais rose était loin d’être serein, son discours ne reflétant que la peur panique. Ainsi, de la bouche même de quelques participants de cette réunion,
d’entrée de jeu DEBY a comparé son régime à un oiseau, depuis la mort brutale de Mouammar Kadhafi.
En effet, à en croire les propos durement exprimés par le tyran ce jour là, avec la disparition du « guide » Libyen, ce
sont les ailes de cet oiseau qui auraient été amputées. Mais après les ailes, a continué le général Sultan, les pattes de l’oiseau courent le risque d’être coupées à leur tour à brève
échéance par toute une foule de menaces plus ou moins distinctes ; et parmi celles-ci un éventuel retournement d’humeur de Nicolas Sarkozy qui – DEBY ne le sait que trop bien – n’a jamais
réellement porté dans son cœur depuis que ce dernier ait soutenu militairement le régime de Kadhafi - le régime barbare en place au Tchad, et serait bien capable de lui balancer une ruade
de derrière les fagots à tout moment avant la présidentielle française.
Ainsi, pour prévenir ou faire face à ces dangers que le despote estime réels et imminents, il a recommandé aux Béris d’être extrêmement
vigilants et de se serrer fortement les coudes. Mais toutefois, a précisé le maître du Tchad, il importera – dans cette logique - de se méfier des Borogate qui, bien que de la famille des
Béris, selon lui - et malgré le fait d’avoir été invités dans l’union sacrée – ne mériteraient pas qu’on leur accorde une confiance aveugle. Certainement à cause, selon
DEBY, de leur trop grande proximité avec les Goranes.
A cet effet, le Sultan-Président a prescrit à ses affidés d’avoir une attitude mi figue mi raisin vis-à-vis des Borogate : leur
manifester en public des marques d’affection chaleureuse, mais quand il sera question de prises de décisions ou de mesures importantes, les en écarter sans aucune hésitation. On voit que la
confiance règne dans l’union sacrée …
En clair : faire semblant d’être avec les Borogate, leur faire croire qu’ils sont un rouage important dans la stratégie de protection du
régime, mais s’en méfier comme de la peste.
Il faut en tout cas constater que la logique
forcenée du verrouillage du pouvoir par le bouclier tribal au Tchad ne date non seulement pas d’aujourd’hui, mais encore plus ne se limite pas seulement aux limites territoriales de ce
pays. En effet, une semaine avant la réunion tenue au domicile de DAOUSSA à N’Djamena, le général Sultan avait expédie une trentaine d’émissaires au Soudan pour réchauffer les contacts et signer
de véritables pactes avec les Béris de l’Est – les frères de sang de l’autre côté de la frontière – qui, personne ne l’ignore, sont tous des combattants ou des fidèles du MJE.
Il est vrai que les liens de sang avec le leader du MJE – zaghawa du Soudan - ont longtemps permis au général Président de soutenir
ouvertement cette faction extrémiste de la rébellion soudanaise en lutte contre Omar el Béchir. Et aujourd’hui que Khalil IBRAHIM, contraint de fuir précipitamment la Libye pour
retourner se réinstaller au sud du Soudan, à la suite de l’élimination de Kadhafi – qui l’y entretenait, – cet appel à la rescousse de DEBY tombe comme du pain béni pour les rebelles
soudanais qui ne demandent que ça.
Personne, en tout cas, n’a oublié que l’appel au secours de DEBY d’aujourd’hui en direction des « cousins » du soudan n’est rien
d’autre qu’un bégaiement de l’Histoire. En 1990, au moment où il n’était encore que le « Lieutenant-colonel Idriss DEBY », et qu’il était entretenu par Omar el Béchir à
Khartoum, le tyran d’aujourd’hui ne s’était lancé à l’assaut de N’Djamena que grâce à l’engagement total et inconditionnel de ces Béris du soudan qui avaient en réalité constitué
l’essentiel de sa force de frappe militaire. Ce n’est que grâce à eux qu’il avait décroché la timbale – bien entendu avec le soutien de la France, de la Libye et du Soudan.
21 ans après, il revient de nouveau vers ses « frères » de l’Est, cette fois pour préserver un pouvoir qu’il n’a acquis
que grâce à leur fidélité au lien de sang.
Autre signe symptomatique du déplorable état d’esprit du despote tchadien en ce moment, lors de la réunion tenue chez DAOUSSA à N’Djamena,
Idriss DEBY – obsédé par une sorte de complotite maladive – n’en finissait pas de hurler à la nécessaire union de tous les Béris du Tchad et des pays environnants.
Mais ce qui a jeté un véritable coup de froid sur cette rencontre, c’est que DEBY – sans mâcher ses mots – a demandé à tous ces proches de
mettre leurs familles et leurs avoirs à l’abri, et même de garder très peu d’argent dans les banques du pays.
C’est au moment de clôturer cette réunion qui a vraiment été orageuse, DEBY avait constitué deux délégations auxquelles il a donné des
missions bien précises : La première, conduite par Issaka Diar, accompagné de Mahamat Saleh Adoum Djero, a été envoyée à Am-Djarass négocier et renforcer l’union sacrée et les Béris du
Soudan et le MJE. La rencontre a eu le lieu le 20 novembre où la présence d’une forte délégation, d’environ une dizaine de véhicules venue de l’autre côté de la frontière soudanaise, a été
constatée par notre correspondant. Un pacte d’alliance serait signé et l’assemblé aurait prévu courant ce mois une réunion de haut niveau à N’Djamena.
La deuxième, conduite par le général Kallimy Koudimi, conseiller spécial de DEBY, avait pour prescription de se rendre au BET et les régions
environnantes pour rallier les ex combattants de la rébellion à la protection de son régime.
Apparemment, le pauvre Kallimy Koudimi n’aurait ramené aucun résultat probant. Résultat : au cours d’une réunion d’évaluation tenue
au palais rose le 21 Novembre – et au cours de laquelle tous les notables, autorités militaires, et dignitaires des régions du Kanem et BET – avaient été invités, le président Sultan était
carrément sorti de ses gonds. Pendant toute cette réunion, le dictateur n’a pas décoléré. Et au constat de l’échec du général Kallimy Koudimi dans sa mission de rallier les anciens rebelles, DEBY
lui a violemment lancé un cendrier à la tête !
Plus grave, le dictateur n’a pas arrêté de vitupérer, fulminant et hurlant des menaces et des injures à l’adresse de ses invités, leur
répétant qu’il peut se sortir tout seul de toutes les menaces qui planent au dessus de sa tête. Prenant son courage devant une telle rage incompréhensible, l’un des invités a demandé à DEBY
d’aller se « rapprocher » de Sarkozy. Ce qu’il faut traduire par aller s’agenouiller devant le président français.
Cette dernière réunion au palais présidentiel s’est terminée en eau de boudin. Tous les invités en sont sortis mécontents, dégoûtés et outrés
par la rage d’un Idriss DEBY qui, de façon désormais palpable, ne cesse d’exposer aux yeux de tous ses proches un désarroi qui traduit indubitablement une angoisse exhalant des odeurs d’une fin
de règne.
Par D.D | Ndjamena-matin