Mercredi 9 décembre 2009
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Comme annoncé dans notre précédent article, nous
voudrions brièvement mettre en évidence l’esprit qui anime la gestion des affaires consulaires au sein de l’Ambassade du Tchad à Genève, à travers le cas particulier de la délivrance des
visas.
Au-delà de l’aspect stratégique de Genève que nous avons déjà soulevé, cette représentation est spécifique du fait de son double rôle : celui d’Ambassade du Tchad en Suisse (coopération
bilatérale) et celui de Mission permanente du Tchad auprès de l’Office des Nations Unies à Genève et des autres organisations internationales en Suisse (partenariat multilatéral). Ce qui lui
accorde une importance particulière sur le plan des affaires consulaires en général, et de l’émission des visas en particulier.
Il convient de souligner d’emblée que
les ressortissants tchadiens établis dans un pays étranger bénéficient généralement des droits reconnus par les traités internationaux, la législation tchadienne et les lois en vigueur dans le
pays de résidence. En conformité avec l’esprit consulaire, ils peuvent aussi bénéficier des services administratifs et consulaires ainsi que de l’exercice de leurs droits de citoyens garantis par
les lois et règlements tchadiens. Il serait souhaitable qu’ils s’immatriculent auprès de la section consulaire de la représentation diplomatique tchadienne dans leur pays de
résidence.
Cependant, suite à des préjugés et des
idées préconçues de certains de nos chefs de mission, certaines de nos représentations diplomatiques ne font pas d’efforts pour entrer en contact avec les ressortissants tchadiens pour leur faire
connaître l’ambassade et les informer des services dont ils peuvent y bénéficier. Des efforts dans ce sens pourraient contribuer à promouvoir la cohésion de la communauté tchadienne à l’étranger
et à permettre à nos ambassades de mieux jouer leur rôle dans divers domaines, dont l’incitation et l’encouragement d’investissements au Tchad par des tchadiens de l’étranger. Au lieu de
catégoriser les citoyens, il serait productif de se rapprocher d’eux et d’échanger sur des questions importantes pour le Tchad ; les divergences d’opinions ne devraient pas constituer un
obstacle au dialogue. Le Tchad a besoin de tous ses fils et filles pour se reconstruire et se développer.
Rappelons à toutes fins utiles que la
compétence consulaire inclue les actes notariés, le registre civil (enregistrement de naissances, décès, mariages, divorces… des citoyens tchadiens), l’authentification et la légalisation de
documents, la facilitation d’obtention de documents (cartes d’identité nationale, de passeport), l’émission des laissez-passer consulaires ou des
visas pour entrer au Tchad, la sécurité, un éventuel soutien en cas des difficultés, etc.
La délivrance de visas fait partie des
prestations soumises à tarification ; ce qui en fait une source non négligeable de revenus pour l’Ambassade, Mission permanente du Tchad à Genève, d’autant plus que Genève est au cœur de
l’Europe, que de nombreuses demandes de visas émanant des pays proches sont adressées à cette ambassade et que les tarifs sont parmi les plus élevés. Les visas coûtent 110 francs suisse (soit
47'739 FCFA) pour 1 jour à 1 mois avec une seule entrée, 160 francs suisse (soit 69'454 F CFA) pour 1 jour à 3 mois avec une seule entrée et 300 francs suisse (soit 130'205 F CFA) pour 1 jour à 3
mois avec deux entrées ; exception faite des visas pour les passeports diplomatiques et les laissez-passer du personnel onusien qui sont délivrés gratuitement conformément aux accords
internationaux. Depuis son ouverture, l’affluence de demandes de visas reste importante ; ce qui est une bonne chose pour le Trésor public tchadien, encore que…
La tâche d’émission de visas est
généralement confiée, dans les représentations diplomatiques tchadiennes, au premier secrétaire. Ce qui nous paraît étonnant est que, dans l’Ambassade du Tchad à Genève, trois personnes ont
occupé le poste de premier secrétaire en l’espace de 4 ans. La première personne n’a même pas exercé ses fonctions, encore moins les affaires consulaires du fait que le Chef de mission en place a
voulu coûte que coûte garder ces affaires entre ses mains. La deuxième personne n’a pu les assumer qu’après plusieurs mois depuis sa prise de fonction, grâce aux pressions d’un des membres du
personnel ; mais elle a fini par partir aussi. Nous ne serons pas étonné d’apprendre que la troisième personne rencontre les mêmes difficultés que ses prédécesseurs.
Ce qui nous a amené à nous interroger
sur les raisons de cette instabilité du personnel à ce poste de premier secrétaire. L’explication à laquelle nous sommes arrivé est que ce ne serait pas le personnel qui serait en cause, mais la
manne financière émanant de la délivrance des visas que le Chef de mission voudrait garder sous son contrôle sans que personne de l’Ambassade n’en connaisse la destinée. Cet argent, dont les
proportions restent non négligeables, va-t-il dans ses poches ou dans les caisses du Trésor public tchadien ?
Cela nous semble pertinent d’autant
plus que le budget de fonctionnement de l’Ambassade est excédentaire comme nous l’avons relevé dans nos précédents articles. Par ailleurs, cette instabilité du personnel à ce poste et le fait que
le Chef de mission se préoccupe plus des affaires financières que du reste ne peuvent que freiner le dynamisme du fonctionnement de l’institution. De ce fait, ce qui semble sage et judicieux,
c’est que les organes tchadiens chargés de la lutte actuellement menée contre la corruption et le détournement des fonds publics puissent s’intéresser de près à la gestion de cette manne
financière afin de remédier à cette instabilité et ses conséquences.
Comme nous l’a fait récemment remarquer
une haute personnalité tchadienne, ce Chef de mission – à l’instar de certaines autres personnalités – a des moyens matériels et financiers considérables acquis de manière suspecte, qui lui
servent pour corrompre (sous diverses formes dont des cadeaux en nature…) et fortifier ses réseaux afin de garder les privilèges que lui procure sa fonction. Il n’hésite pas à utiliser sa
position d’ambassadeur et ses avantages pour d’autres fins que celles que lui assigne l’Etat…. Est-il au service de l’Etat et de la population tchadienne ou à son propre
service ?
Outre les articles que nous avons
écrits sur les dysfonctionnements de cette ambassade, ces quelques lignes sur l’achat du véhicule de fonction (article précédent) et la délivrance des visas démontrent globalement l’état d’esprit
qui anime la gestion de cette représentation diplomatique. A l’instar de nos agents diplomatiques, nous pensons qu’il est utile pour notre pays qu’un forum réunissant tous les acteurs
diplomatiques tchadiens soit organisé afin de débattre de l’état actuel de nos représentations diplomatiques et de leur avenir au regard de l’évolution du contexte international, des enjeux de la
mondialisation et des défis qu’elle pose.
Malgré les péripéties de la vie et les
injustices dont beaucoup d’entre nous font l’objet, il est vital que chacun(e) apporte sa contribution constructive – quelle qu’elle soit, pour le bien-être du Tchad et des tchadiens. C’est à
cela que chacun(e) de nous sera jugé(e) par les générations présentes et futures !
A l’heure actuelle où le Sommet de
Copenhague appelle à la responsabilité de chacun au niveau planétaire, il est opportun que nos représentants fassent aussi preuve de responsabilité dans leur conduite des affaires publiques,
quelle que soit l’échelle : si nous sommes responsable dans les "petites" choses, nous le serons sûrement dans les "grandes".
Talha Mahamat
Allim
Genève,
Suisse.
Par Ndouné
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Publié dans : Opinion
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