Lundi 17 janvier 2011
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Sa
majesté le sultan président de la République – il faudra bien s’habituer à cette appellation – Idriss Deby Itno se rendra à la fin de ce mois en France pour effectuer une
« visite de travail ».
Au centre de celle-ci, ce n’est un secret pour personne, l’avenir immédiat du dispositif militaire Français (EPERVIER) au Tchad. Restera ? Ne restera pas ? La question brûle
toutes les lèvres. Même celles des analystes les plus lucides de la politique Africaine qui se demandent dubitativement si le régime Deby a eu une bonne idée en appelant au dégagement des
militaires Français du Tchad...
La France a –t- elle réellement l’intention de lever totalité ou partie de ses troupes militaires stationnées au
Tchad depuis 26 ans ? La question, il faut le dire n’en finit pas de susciter émoi et conjectures dans tous les cercles Africains et Européens, tant les uns et les autres savent à quel point
la présence militaire au Tchad a concouru au maintien d’une certaine stabilité – en réalité, elle vise plutôt à exercer son influence politique dans la sous-région -
dans ce pays balloté depuis plus de quarante ans par toutes sortes de rébellions et de frémissements militaires.
Les experts des questions militaires savent, certes, que la France n’a pas fait mystère depuis près de dix mois de sa
détermination quant à alléger son dispositif militaire déployé aux quatre coins de l’Afrique, pour ne conserver que les bases du Gabon et de Djibouti. Et ce, pour mieux canaliser ses forces
dans la lutte contre AQMI.
En tout cas, personne n’ignore que la présence statique des légionnaires français au Tchad depuis 25 ans a énormément servi le
régime d’Idriss Deby Itno depuis 1990.
Une présence qui, entre 1995 et 2009 a systématiquement brisé les assauts de la Résistance armée du Tchad qui – surtout en 2006,
2007, et 2008 - avait été à un doigt de culbuter Idriss Deby du pouvoir.
Deby qui n’avait dû son salut qu’à la participation directe et éhontée des unités d’élite Françaises qui se sont toujours
activées à repousser les rebelles. Au nom d’accords de « coopération militaire » aux clauses non écrites suspectes d’interventionnisme total.
Ces fières chandelles que Deby doit à la douce France n’auront, en tout cas pas empêché le potentat de N’djamena de se
livrer, dès le mois d’Août 2010 à ce que bon nombres de bonnes âmes ont assimilé – ni plus ni moins – à un chantage qui a bel et bien dit son nom : Exiger de la France de retirer ses troupes du Tchad sans
délais. Ou de payer une sorte de loyer si elle voulait les maintenir !
Très froidement, la France a pris acte de la nouvelle tocade des autorités de N’Djamena qui semblent subitement
faire preuve de pas mal d‘inconséquence en pensant qu’elles n’auront plus besoin des forces militaires françaises. C‘est ainsi que, sur un ton imperturbable, mais révélateur d’une intense
gravité, le ministre français de la Défense Alain Juppé a indiqué mardi 11 Janvier dernier lors des célébrations du cinquantenaire de l'indépendance du Tchad que « Paris est prêt à
faire "évoluer" le dispositif militaire français Epervier au Tchad. »
"Nous ne souhaitons pas rester forcement dans le format actuel,
a précisé le patron de la Défense Française, nous sommes prêts à évoluer vers quelque chose qui évolue davantage vers la coopération entre le dispositif Epervier et l'armée
tchadienne. ».
Mais pour faire bonne mesure, Alain Juppé a mis les points sur les i, histoire de prendre tous les sceptiques à témoin :
"Le dispositif Epervier est au Tchad à la demande des autorités tchadiennes dans le cadre de l'accord qui lie les deux pays (...) nous ne nous imposons pas" (…)"Epervier a pour
mission la coopération en matière de formation, le soutien actif et la participation à la sécurité générale de la région".
Traduction : « Nous sommes au Tchad depuis plusieurs décennies à la demande des autorités de ce pays,
nous avons mille et une fois sauvé la mise à Deby. Mais s’il décide de ne plus nous voir sur son territoire, pas de problème, nous ne forcerons rien mais tant pis pour la
suite. »
Litote ou froide mise au point, Alain Juppé sait très bien que celui qui a tout à perdre de la présence des militaires Français
au Tchad, c’est bel et bien Idriss Deby qui, malgré la factice apparence de bonnes relations avec le Soudan, doublées de l’atomisation de la rébellion armée, ne réalise même pas que de gros
nuages autrement plus menaçants s’amoncellent au dessus de son régime depuis quelques temps.
En effet, personne – surtout au Tchad – n’ignore rien de l’incandescente tension qui chauffe à blanc la communauté
Zaghawa depuis que le dictateur a eu l’idée saugrenue de destituer son propre demi-frère de sa fonction de « Sultan » de Dar-Bilia (chef traditionnel !) – A-t-on
le droit moral de renier notre histoire ? Non !
Ce titre est d'ailleurs
une création artificielle d’Idriss Deby pour assouvir sa mégalomanie galopante et son égocentricité surdimensionnée identique à l’image qu’offre
son protégé, Kadhafi « le roi des rois » – … pour se l’octroyer lui-même. Et quand l’on sait que ce « Sultan » destitué est le cousin germain de Khalil Ibrahim, le chef des
rebelles du MJE, rien n’empêche que d’ici quelques temps une nouvelle rébellion – mais celle ci encore plus féroce que les précédentes, puisque fratricide – ne fonde sur le président
Sultan.
Mais, il faut le craindre, les mascarades - très imminentes échéances - électorales tchadiennes pourraient être extrêmement
perturbées par cette grave crise inter Zaghawa qui a même poussé Deby à virer tous les fils et neveux de son demi frère Sultan qui, jusque là occupaient de confortables postes dans
l’Administration, l’Armée, ou les régies financières Tchadiennes.
Pire, et ce n’est pas le moindre danger, la spectaculaire chute du despote Tunisien semble n’avoir suscité aucune graine
chez le potentat Tchadien, plus buté que jamais, qui se pense définitivement inexpugnable de ses différents trônes, et qui, comme tous les tenants du pouvoir absolu rendus absolument fous, ne
réalise certainement pas que ce n’est pas une bonne idée que de monter la direction de la porte aux militaires français. Ce genre d’ingratitudes porte malheur. Surtout que, avec les fortes
dissensions ballottant actuellement l’« Armée Tchadienne » – par ailleurs fortement tribalisée – une révolution de palais ne serait pas impossible. Les dernières nouvelles le disent
ouvertement aujourd’hui : c’est plus une révolution de Palais qui a poussé le président Zine El Abidine Ben Ali. Inéluctablement, l'effet domino ne tardera pas à se produire
partout en Afrique – que d’aucun appelle « l’effet de contagion » - Si la France ne revoit pas très rapidement sa politique d'interventionnisme néocolonial basée sur un système de relations
occultes et incestueuses avec les Etats d'Afrique francophone.
En tout cas, il y en a beaucoup au Tchad qui se frottent déjà les mains et croisent les doigts. Ils n’attendent que le départ
des Français pour s’affairer à tourner la page Deby.
En l’absence des militaires Français, ce sera plus facile. Inch’ ALLAH !
Par D.D |
Ndjamena-matin