Vendredi 21 mai 2010
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Si les conditions absolument spectaculaires de l'expulsion de Khalil Ibrahim - chef de l'une des factions les plus teigneuses des rebelles du Darfour - ont fait dresser les cheveux
sur la tête de quantité d'observateurs de la scène Tchadienne, très peu de gens savent que, dans l'ombre, cette affaire a créé un véritable petit cataclysme au sein du clan des Itno -et de
l'ethnie Zaghawa en général.
En somme il y a eu un déchirement de grande envergure - à la limite
de l'affrontement fratricide - qui a failli faire revenir Idriss Deby en catastrophe du Cameroun voisin, et qui a vu toute une escouade du clan du "Sultan" Timane Deby se ruer à l'aéroport de
N'djamena, l'arme au poing, dans le but de faire sortir Khalil Ibrahim de force de l'avion libyen.
Pour tout dire, on a frôlé un mini "raid sur Entébbé"!
Ainsi donc, Khalil Ibrahim, chef de l'une des factions les plus actives de la rébellion du Darfour, et surtout indéfectible soutien militaire du régime Deby contre la Résistance Armée Tchadienne,
le JEM - vient d'être expulsé sans ménagement du Tchad, et sans même qu'il ait posé les pieds sur le tarmac de l'aéroport de N'djamena le 20 Mai dernier.
Au terme de cet incident dont on ne peut pas dire qu'il restera sans conséquences, le chef rebelle darfouri, les mâchoires crispées et le regard noir, a repris la voie des airs à bord de l'avion
qui l'avait amené au Tchad, pour atterrir quelques heures plus tard à Tripoli où il a été accueilli à bras - et à draps - ouverts par une délégation de la Jamahiriya qui l'a logé, ainsi que ses
hommes, dans l'un des plus fastueux hôtels de la capitale Libyenne.
Ce que beaucoup ne sauront certainement jamais au Tchad, c'est que c'est finalement sur des instructions données par Deby - du Cameroun - que Mouammar Khadafi consentit à accueillir ce transfuge
encombrant et enragé.
Mais il faut dire aussi que cette situation arrange quelque peu le dictateur Libyen qui, jusque là, n'avait jamais fait mystère de son agacement du fait que l'Union Africaine avait poliment
refusé l'offre de ses bons offices dans la conduite des pourparlers de paix entre le régime Soudanais et les factions rebelles du Darfour, préférant le Qatar.
Mais à N'djamena, les choses avaient carrément tourné au vinaigre dès que le ministre de l'intérieur Mahamat Bachir
avait rendu publique la décision d'expulsion de Khalil Ibrahim.
Car les milieux Zaghawa sont tombés en transes, et notamment le clan des Itno qui a refusé de comprendre que, pour faire plaisir à Omar el Béchir, Deby ait pris le risque d'humilier un allié - et
pire, un frère - qui, comme on dit, a beaucoup "donné" à son régime.
Et en vérité les choses sont bel et bien compliquées pour Deby qui est tout simplement face à la résolution de la quadrature du cercle : Personne n'ignore que Khalil Ibrahim - de l'ethnie
Zaghawa Kobé - est le fils de la tante maternelle du "sultan" Timane Deby, donc son cousin.
Et quand l'on sait que Timane Deby avait été viscéralement opposé à la décision d'Idriss Deby de renvoyer des troupes du Mje au Soudan, compte tenu de leur soutien logistique incontestable contre
la Résistance Armée Tchadienne, on comprendra aisément que le noyau dur de la famille des Itno n'approuve pas - mais alors pas du tout - ce qui vient d'arriver à Khalil qui, s'il a été un
puissant et fort utile allié, peut se muer en un ennemi très dangereux.
Pire, à l'intérieur du propre clan de Deby - les Bideyat-Bilia - l'atmosphère est loin d'être à l'euphorie, car non seulement une partie de celle - ci est en rébellion ouverte( le clan de Timane
Erdimi), mais une autre partie, dont le chef de file n'est autre que le "général" Abderahim Bahr Itno - qui, soit dit en passant, vient d'être mis à la retraite à l'âge de 35 ans - hurle sa rage
depuis quelques temps contre le fait que la lignée des "BAHR ITNO" soit systématiquement utilisée comme chair à canon au front.
Conséquence: Les Zaghawa qui avaient mal accepté l'initiative de Deby de se débarrasser des troupes du MJE - qui sont, en réalité la grande force garantissant le maintien au pouvoir du clan
- viennent de voir leur réprobation monter de plusieurs crans à cause de cette dernière démarche de Deby, tout simplement aux seules fins de faire plaisir à el Béchir.
Mais le lait est déjà versé: Si Deby revient sur sa décision pour se remettre à faire des sourires à Khalil Ibrahim, Omar el Béchir en tirera toutes les conséquences. Et s'il persiste dans sa
posture anti MJE, les Zaghawa pourraient tout simplement se débarrasser de lui. Alors que faire?
C'est donc pour ces multiples réalités que, au plus fort de la crise - au moment où Khalil
était encore dans l'avion à N'djamena - Mahamat Ali Abdallah n'avait pas manqué de rappeler aux Zaghawa que c'est lui qui avait appelé Khalil Ibrahim au secours du régime en février 2008 quand la
Résistance Nationale avait déjà investi tout N'djamena.
Et il est même rapporté que l'un des fils de Timane Deby, à la tête d'une petite équipe de gars nerveux, a foncé à l'aéroport de N'djamena avec pour objectif d'empêcher l'expulsion, et de sortir
Khalil Ibrahim de force de l'avion pour le mettre en lieu sûr à N'djamena.
Heureusement, face au dispositif musclé du ministre de l'intérieur, le petit "commando" des fils de Timane Deby n'a pas pu réussir son petit coup.
Quoi qu'il en soit, voilà Idriss Deby confronté à une mini crise interne face aux siens qui viennent même de le faire reculer. En effet, s'il avait donné des instructions fermes à son ministre de
l'intérieur de retirer le passeport de service Tchadien à Khalil Ibrahim et de le jeter hors du Tchad, le dictateur a dû, sur une forte pression des Zaghawa, appeler Khadafi, lui demander
d'accueillir Khalil Ibrahim, et enfin ordonner à Mahamat Bachir de lui restituer le passeport Tchadien.
Et, il faut le dire, la pression aura été forte. En effet, après l'échec des fils de Timane Deby, une foule importante de Zaghawas avait envahi
l'aéroport, prête à l'émeute.
Informé de cela, Deby téléphona à brûle pourpoint à l'ambassadeur de la Libye au Tchad qui, par la suite, accompagna le rebelle soudanais jusqu'à Tripoli.
Le grand problème, aujourd'hui c'est de savoir ce qui va se passer maintenant que les choses viennent de connaitre la vertigineuse tournure qui met le tyran du Tchad face de multiples
contradictions.
Omar el Béchir doit suivre le déroulement des choses avec le plus vif intérêt, Kadhafi aussi, et surtout Khalil Ibrahim en personne qui doit nourrir à présent une belle et noire rancune contre
Deby. Deby qui a commis l'outrecuidance de l'avoir traité comme un moins que rien.
Deby a eu Khalil Ibrahim, mais il l'a surtout humilié, et cela, le chef du MJE ne l'oubliera certainement pas de sitôt.
Surtout que beaucoup de combattants de son armée sont encore au garde à vous - en grinçant certainement de dents - dans les rangs de la milice du régime MPS, sans oublier cet important
bataillon lourdement armé du MJE qui campe toujours dans la région de Tissi!
C'est pour toutes ces considérations que beaucoup d'observateurs sont convaincus que le chef du MJE - vu ses nombreux états de service auprès du despote - saura certainement trouver le moyen de
se signaler au bon souvenir du maître temporaire de N'djamena.
On peut lui faire confiance là dessus, la rancune des darfouris est pire que celle des siciliens!
Par A.K | Ndjamena-matin
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Photo: AFP