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Jeudi 28 avril 2011 4 28 /04 /Avr /2011 05:47

Deby_legislatives-au_Tchad_2011.jpgComme tout le monde s’y attendait, le général d’armée-sultan-Président- Dictateur du Tchad, Son Illustrissime Altesse Idriss Deby Itno, vient une fois de trop de faire semblant de briguer une qualité qu’il estime sans ambages lui être acquise de droit divin : La fonction de Président de la République du Tchad. Mais dont la pleine propriété a dû lui être contestée le temps d’une campagne électorale dans le cadre de la farce du 25 avril 2011 que certains simples d’esprits et autres adeptes de la mauvaise foi la plus sophistiquée ont qualifiée "d’élection présidentielle au Tchad".

De nouveau revoilà Président de la république pour un bail de cinq ans renouvelable ad vitam aeternam, ce Général d’opérette sanguinaire qui, depuis 21 ans, a sur les mains et sur la conscience – à supposer qu’il puisse en avoir une - le sang de dizaines de milliers de Tchadiens.

Et ainsi sans que cela gène le moins du monde, les bien-pensants croisés de la démocratie en Afrique qui ne se sont pas empêché, ces derniers temps, d’aller à l’assaut de régimes – pourtant moins barbares que celui du Tchad - à coups de tonnes de bombes et de missiles. Comme pour dire qu’en Afrique, règnera toujours le principe de la démocratie à deux vitesses.

Pour cette victoire sans péril dont Deby, défiant majestueusement le bon sens de la maxime cornélienne, triomphe déjà avec beaucoup de gloire, toute honte bue, sous le silence complice et assourdissant de la communauté internationale qui assiste – tout autant impassible - depuis plus de deux décades au drame du peuple Tchadien qui ploie tous les jours que Dieu fait sous le joug d’une impitoyable dictature, il n’y a aucune surprise.

Et cet état de chose a tranquillement été mis en préparation depuis des mois à l’avance par un ensemble de conditions inacceptables qui ne pouvaient que préparer le terrain de la forfaiture : A commencer par l’invalidation de quelques candidatures jugées d’office comme dangereuses pour le régime, notamment celle du Dr Abdelkerim Fidel Moungar, ensuite par l’obstination du régime honni de maintenir un dispositif électoral tout simplement scélérat, conséquence : quelques jours avant la tenue même de l’élection les trois seuls candidats crédibles de l’opposition politique déjà inscrits à cette compétition (Wadal Abdel Kader Kamougué, Saleh Kebzabo et Ngarleji Yorongar) ont annoncé leur décision de ne pas participer à ce qui s’annonçait sans l’ombre du moindre doute comme une grossière mascarade. Et la mascarade s’est déroulée sans coup férir au Tchad le 25 Avril dernier.

Car le président candidat a refusé jusqu’au bout d’accéder à leurs exigences – pourtant minimales - qui auraient en fait pu donner à ce scrutin un minimum de crédibilité (confection de nouvelles cartes d’électeurs sécurisée avec des couleurs différentes, en présence et sous le contrôle des représentants des candidats, impression des bulletins de vote numérotés et sécurisés par une ou plusieurs imprimeries de la place, en présence et sous le contrôle des représentants des candidats, strict respect par le gouvernement (administration territoriale et militaire) des dispositions relatives au trafic d’influence et à l’utilisation du symbole et des biens de l’Etat , réaménagement des démembrements intérieurs et extérieurs de la CENI pour respecter la parité, acheminement et réception des matériels de vote en présence des représentants des candidats au moins trois jours avant la date du scrutin).

Après ce retrait spectaculaire qui a pris le maître du Tchad de court, il n’est plus resté face à Deby que des candidats pantins à la limite du fantasque :

Albert Pahimi Padacke du fantomatique parti RNDT-Le Réveil, par ailleurs ministre en fonction de l’Agriculture et de l’irrigation, qui ne jure que par son bienfaiteur Deby. Nul n’ignore au Tchad que ce monsieur possède un « background » unique au monde : car à sa sortie de l’université, d’où il venait d’obtenir une maîtrise en droit – et sans jamais avoir travaillé nulle part – il a été nommé ministre. Bigre !

Maitre Nadji Madou, président de l’Alliance Socialiste pour un Renouveau Intégral, une minuscule formation politique, pour ne pas dire un club, sans assise créé il ya moins de cinq ans, qui n’a jamais fait mystère de sa volonté de servir de candidat alibi à l’homme fort du Tchad, qui lui garantit des subsides.

Mais face à ces trois candidats regardant dans la même direction, et roulant pour le seul MPS de Deby, le peuple a pu, pour la première fois pu et su avoir recours à une arme fatale : le boycott prôné par les candidats démissionnaires. C’est ainsi que seul moins de 25% des Tchadiens sont allés au vote.

Bureau_de_vote_election_presidentielle_au_Tchad_phoyo_Cefod.jpgConséquence, le Tchad se retrouve au terme de ce scrutin comique avec un président qui sera élu – c’est sûr - par moins de 35% du corps électoral, 75% des électeurs inscrits ayant carrément jugé inopportun de faire le déplacement des bureaux de vote à N’djamena même qui est le siège des institutions.

Un taux d’abstention qui s’est tout simplement aggravé dans tout le sud du pays – zone de loin la plus peuplée - où on l’estime à plus de 85%.

Et dire qu’avec tout cela, et surtout nonobstant le fait que le Président sortant n’avait face à lui que des adversaires qui ne représentent rien et n’intéressaient pas grand monde, on s’est évertué à faire croire au monde entier qu’il y avait élection au Tchad.

En tout cas, les Tchadiens sachant que la présence de ces lièvres sur la ligne de départ n’avait pour but que de donner l’impression que la burlesque comédie qui allait permettre à Deby Itno de tenir les rênes du Tchad pour cinq années de plus, il était clair que ce simulacre d’élection était tout sauf une élection pluraliste.

Mais le comble de l’indécence est à venir, car la farce du 25 avril 2011, à l’instar des législatives de Février dernier ou de toutes les "élections pluralistes" de l’ère Deby, s’est affublé de son propre lot d’irrégularités afin que le tyran en chef du Palais Rose emporte la mise à l’issue de ce poker menteur avec un score carrément soviétique, dans l’ordre des 80% : de nombreuses agressions physiques ou verbales perpétrées sur les Tchadiens qui ont le malheur de ne pas penser comme les pro-Deby, des milliers de cartes d’électeurs non distribuées ou non conformes, des bureaux de vote fictifs, des urnes bourrées avant même que le premier votant ait inséré son bulletin, encre non indélébile servie par une soi-disant Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) mais en réalité indiscutablement à la solde du régime et dont l’indépendance est forcément sujette à controverses…

 

Ces observateurs … qui n’observent rien !

 

Il n’empêche que dans les jours à venir, les observateurs internationaux dont la fine crème se recrute au sein des soutiens occidentaux du dictateur Tchadien, faisant fi de ce que le peuple tchadien a fondamentalement droit à la démocratie comme en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Syrie, en Libye… du moins pour ce qui est de la liberté de choisir ses dirigeants, emboucheront les trompettes les plus stridentes pour criailler ce qui s’est passé le 25 Avril au Tchad était une "élection crédible dans l’ensemble", en ajoutant du bout des lèvres « Quoique des irrégularités insignifiantes aient été relevées çà et là, tout s’est bien passé, les Tchadiens ayant accompli dans la tranquillité, l’ordre et la ferveur leur devoir civique, et le pays ayant effectué de manière exemplaire une avancée notable dans la réalisation de son processus démocratique».

Question de faire accroire que le score stalinien qui va être proclamé au bénéfice de leur favori reflèterait le choix réel du peuple tchadien profond. C’est ainsi que, comme d’habitude dans nos pays en mal de démocratie, les observateurs qu’on aura fait venir de très loin ne verront que ce qu’ils ne se gêneront pas de déclarer dans leurs rapports et conclusions. Pour eux, tout se sera passé pour le mieux dans le meilleur des mondes. En somme ils n’auront rien vu d’irrégulier, et pour le pauvre peuple Tchadien, vogue la galère !

Il ne restera plus aux mentors du despote de N’djamena - que sont la France et l’Union Européenne - qu’à accorder le bénéfice de la bonne foi aux déclarations éhontées de ces observateurs de complaisance, grassement payés pour les besoins de la cause par Idriss Deby Itno avec l’argent des impôts des fils et filles du Tchad, en adoubant leur poulain - ne tirant sa légitimité, qu’à coups de force militaires et électoraux - à travers des félicitations et autres annonces "d’aides" et de prêts.

Bien sûr, les grandes puissances de ce monde qui savent certifier les élections en Afrique(Congo, Gabon, Togo, Burkina, Cameroun, Centrafrique, …etc) comme cela leur plaît et en fonction de leurs intérêts et relations avec les parties prenantes, feront semblant de n’avoir jamais été informés que de bout en bout, le processus électoral qui a conduit à "l’élection présidentielle" du 25 avril 2011 au Tchad, était très loin de donner la moindre garantie démocratique comme le stipulent pourtant les accords politiques signés entre le gouvernement et l’opposition tchadienne le 13 août 2007, lesquels accords avaient pour leitmotiv la mise en place d’un processus démocratique et d’élections libres et transparentes.

 

L’impossible paix au Tchad

 

Alors dans ces conditions, le peuple Tchadien qui est victime à la fois de ses fils indignes en tête desquels se trouve Deby, et de la communauté internationale qui constitue malheureusement la réserve naturelle des soutiens extérieurs de cet oppresseur, peut-il raisonnablement penser à la paix ou faire durablement la paix avec lui-même ?

Difficile de répondre par l’affirmative, car si l’aspiration profonde de ce peuple est de vivre dans un pays démocratique, il reste qu’il demeure encore et toujours prisonnier d’un régime abondamment appuyé par les gouvernements français et européens, comme le soulignait l’association SURVIE quelques jours avant le vrai-faux scrutin présidentiel de lundi dernier.

Par A.K | Ndjamena-matin

Par Ndouné - Publié dans : Politique
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