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Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /Juin /2010 03:52

Ibn Oumar Mahamat Saleh-La depeche diplomatiquePlus de deux ans et demi après l’enlèvement en plein jour de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh, perpétré en plein jour dans son domicile à N’djamena, par des éléments de la garde prétorienne d’Idriss Deby Itno, le mystère demeure – et s’obstine à demeurer – total. Qui a enlevé l’opposant Tchadien ? Sur l’ordre de qui ? Où l’a-t-on emmené ? Où, et comment l’a-t-on tué ? – Parce qu’il ne fait plus aucun doute qu’il ne vit plus – Et surtout, Qu’a-t-on fait de sa dépouille ?

D’angoissantes questions qui s’obstinent à ne pas trouver, même seulement, le moindre début de réponse en dépit de toutes les actions entreprises depuis lors.

Le risque est même immense qu’elles ne trouveront jamais de réponse. A moins que l’un des assassins brise le silence. Une probabilité qui est… de l’ordre de 1/1.000.000 !

 

Il n’est guère nécessaire d’être magicien pour s’en convaincre : Si le lâche et odieux enlèvement en plein jour – sous les cris et les larmes de ses épouses et enfants – de l’opposant Tchadien pourtant modéré, Ibni Oumar Saleh n’a pas fini d’émouvoir l’opinion Tchadienne et même internationale, cela n’empêche en tout cas pas Idriss Deby de dormir les poings fermés, ni de ricaner aux éclats de tous ces journalistes, ONG, parlementaires, associations de Droits de l’Homme et autres fouinards qui s’escriment à vouloir découvrir ce qui serait bien arrivé à celui que, pour l’heure, ce qui tient lieu de Justice Tchadienne se borne à juridiquement considérer comme…seulement disparu !

 

Personne ne l’a oublié : ce kidnapping hors normes avait été perpétré au moment où, rendue folle furieuse par la fantastique offensive de la Résistance Militaire de février 2008 ayant abouti jusqu’au portail même du palais rose, la soldatesque du dictateur avait multiplié les exécutions sommaires et les arrestations sur toute personne réputée – ou seulement soupçonnée – ne pas être d’accord avec le régime assassin du MPS.

A ce sujet, les témoignages, bouleversants, sont invariablement les mêmes : Des éléments de la garde présidentielle, le visage masqué par des burnous et lourdement armés avaient déferlé sur toute la ville et ses environs pendant quatre ou cinq jours pour semer la terreur sur des populations désarmées.

Au lendemain de ces impitoyables représailles, beaucoup de corps des sympathisants de l’opposition ou d’autres civils cherchant refuge, avaient été retrouvés aux quatre coins de N’djamena, les corps criblés de balles pour certains, d’autres calcinés des suites du bombardement aveugle par les hélicoptères de Deby – sous les yeux indifférents des soldats français.

Les plus chanceux, ceux qui avaient réussi à trouver le salut dans la fuite ou qui – bien qu’ayant été arrêtés – n’avaient pas, on ne sait par quel miracle, été massacrés, racontent encore aujourd’hui avec une terreur rétrospective les indicibles horreurs qu’ils ont vues ou endurées.

Ce qui est sûr, et même indiscutable, est qu’il demeure difficile d’oser seulement penser aujourd’hui que cette sauvage chasse à l’opposant au lendemain du raid de la Rébellion - repoussée avec le soutien de la France dont un officier dirigeait par ailleurs la garde rapprochée présidentielle au moment des faits-, aurait pu être spontanément menée par des soudards simplement assoiffés de sang et de vengeance. Des ordres avaient été donnés, c’est sûr. Et certainement du plus haut niveau de la hiérarchie du régime.

 

Par qui ? Mystère.

 

MPS-Tchad24En tout cas, il est difficile d’oublier que le sigle du part au pouvoir, le MPS, donne la chair de poule : Un fusil Kalachnikov, une houe, et une grosse flamme.

                      Traduction littérale : Un fusil pour tuer quiconque ne serait pas à genoux, une grosse flamme pour brûler sa dépouille, et une houe pour enterrer ses cendres. Ce funeste sort –  en réalité réservé à tous les tchadiens qui refusent de se soumettre – est nettement lisible et compréhensible sur le fanion du parti dirigé par Idriss Deby Itno.

 

 Et c’est probablement ce qui est arrivé au pauvre Ibni Oumar Saleh.

 

Ce qui par ailleurs reste sûr et certain, est que, quelque part à N’djamena – ou dans une ville du Tchad – se lèvent tous les matins et se couchent tous les soirs des soudards qui savent, ou n’ignorent rien de ce qui s’est passé au domicile de l’opposant.

Sans doute est-il encore en service à la Présidence de la République celui qui conduisait le véhicule ayant embarqué la troupe criminelle au domicile d’Ibni Oumar Saleh.

Peut-être ont-ils pris du galon pour avoir commis ce forfait – passant peut-être de simple troufion à capitane ou colonel – ceux qui ont fait irruption dans la concession de l’opposant après être descendus de la pick-up, les visages masqués par des burnous et des lunettes noires aux yeux, l’arme au poing, avec pour consigne stricte de s’emparer de l’opposant  - mort ou vif - et de le conduire vers une destination bien précise…

Avaient-ils pour mission de l’exécuter sans autre forme de procès ? Le pauvre homme avait-il été d’abord conduit dans une de ces nombreuses prisons secrètes qui pullulent à N’djamena – comme l’auraient soutenu certaines versions – où il aurait été torturé méthodiquement ?

Ibni Oumar Saleh a-t-il froidement été abattu d’une balle dans la tête – ou d’une rafale de mitraillette -  ou encore, a-t-il  - comme une certaine rumeur l’a laissé entendre – succombé sous d’insupportables tortures lui ayant été infligées par ses tortionnaires ?

Par la suite, en quel lieu ses bourreaux ont-ils enfouie sa dépouille dans le dessein de faire disparaître à jamais cette énième forfaiture de Deby et sa clique ?

Pas de corps, pas de délit : C’est certainement sur ce principe élémentaire que Deby et son régime restent obstinément accrochés, convaincus que tant que la dépouille de Ibni Oumar ne sera pas découverte, personne, jamais ne sera en mesure de prouver quoi que ce soit tendant à établir un assassinat.

 

C’est ainsi qu’il est certain que les monstres qui ont commis ce lâche forfait ne parleront jamais. Et ce d’autant plus qu’ils savent qu’ils s’exposeraient à la mort sur ordre  de leur hiérarchie, ou de Deby lui même.

A moins qu’ils n’aient  purement et simplement été déjà supprimés sur ordre du tyran, dans le plus pur style de la Mafia, afin que ne subsiste plus la moindre piste capable de conduire les enquêteurs sur la piste de la vérité. Et dans ce cas, le secret n’apparaîtra plus jamais au grand jour.

 

Sûr du silence des assassins d’Ibni, et certain que même Nostradamus ne saura dire ce qui s’est passé au domicile d’Ibni Oumar Saleh, Idriss Deby a beau jeu de souscrire à la constitution de commissions d’enquête, et même d’y inclure qui le souhaite, à l’exemple de cette séance de salamalecs qui s’est déroulée à la Primature Tchadienne tout récemment au terme de laquelle l’ambassadeur Français François Zimeray était venu faire risette au Premier Ministre Tchadien pour la décision que vont « bientôt prendre les autorités Tchadiennes quant à introduire des experts internationaux dans le comité de suivi de l’enquête. »

 

C’est parce qu’Idriss Deby sait que les enquêteurs n’auront aucune chance de savoir ce qui s’est passé qu’il peut se permettre d’ouvrir toutes les portes du Tchad aujourd’hui. Ce qui n’a pas été le cas avant les huit mois ayant suivi les faits.

 

Il va donc sans dire que, malgré la pugnace détermination des députés socialistes Français, ou même l’obstination de tous ceux qui tiennent à aller jusqu’au bout de cette enquête, les enquêteurs et les commissions déploieront certainement toutes leurs énergies  à chercher… pour peu de chances de jamais débusquer la vérité. A moins que…

 

Oui, à moins qu’un jour – qui sait ? – l’un des assassins ne dévoile le secret, et dise tout, après s’être assuré que sa vie ne sera évidemment pas menacée.  Ou s’il est sûr d’empocher une belle prime.

 

Une prime ? Voilà une bonne idée. Pourquoi ne pas offrir une grosse prime à celui qui conduirait les enquêteurs à la dépouille d’Ibni Oumar Saleh ?

 

Deby sait trop bien ce que pourrait lui coûter la découverte de la vérité pour qu’il puisse laisser traîner la plus infime chance d’aboutir à l’un des criminels. Il est sûr que toutes les enquêtes qui pourraient être faites aujourd’hui, dans cadre strict de la commission d’enquête Tchadienne ne pourront uniquement se perdre que dans un trou noir. Sauf si, l’un des acteurs de l’enlèvement choisissait de rompre l’omerta. Et ce n’est pas impossible que cela se produise, Inch ALLAH !

 

Par D.D | Ndjamena-matin

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Photo (I) : Dépêche Diplomatique

Par Ndouné - Publié dans : Politique
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