Aussi
vrai que le jour et la nuit ne se produisent ordinairement jamais au même moment, il est devenu certain qu’Idriss Deby ne veut laisser aucune chance à la paix au Tchad. Un pays béni par dame
Nature, mais auquel il impose irrémédiablement depuis une vingtaine d’années, une malédiction belliciste à nulle autre pareille dans le monde.
"Je suis un homme de dialogue et d'ouverture. La guerre n'a jamais arrangé les choses et je sais de quoi je parle messieurs les parlementaires. Le Tchad veut vivre en parfaite harmonie avec tous
ses voisins",
affirmait ce bonimenteur assermenté en février dernier, peu avant sa visite à Khartoum, qui lui avait permis de sceller une paix plus ou moins sincère avec le président Soudanais Omar El Béchir
dont il avait longtemps hébergé, entretenu et armé les différentes rébellions qui ont mis à sac le Soudan.
Pour une fois, l’opinion nationale Tchadienne et l’opinion internationale s’étaient laissé abuser par les affabulations de ce
chef de clan qui a déjà montré à la face du monde depuis 1990 combien il ne peut faire que mauvais ménage avec la paix et le compromis dont il n’a aucun sens, pas plus qu’il n’en épouse les
vertus.
En tout cas, ils sont nombreux ceux qui se sont laissé tromper quand le tyrannosaure de N’djamena s’est fendu de
déclarations presque sensées, sans doute dictées par un maître à penser un peu plus futé dans le machiavélisme, en ayant le culot de déclarer urbi et orbi qu’il
appelait « ses frères engagés dans la violence à retourner au pays », non sans leur promettre au passage une réinsertion honorable au Tchad.
Beaucoup, dans l’opinion, s’étaient alors attendu à ce que Deby, qui avait toujours traité ces compatriotes courageux de
« mercenaires », prenne au sérieux les pourparlers censés conduire au dialogue Tchado-Tchadien. Exactement comme le président El Béchir est attelé à le faire avec les rebelles
du sud-Soudan ainsi que ceux du Darfour en impliquant la Libye, le Qatar, et même le Tchad - qui les finançait - pour donner de la crédibilité aux négociations.
Hélas !, Deby qui est un va-t-en-guerre incurable s’est très vite empressé d’oublier les propos mielleux qu’il a tenus à
Khartoum il y a quelques semaines, et est retourné à ses premières amours, campant, plus irréductible que jamais, la posture intransigeante du belliqueux personnage qu’il n’a jamais cessé
d’être.
Aussi, ceux qu’il avait décidé d’appeler « ses frères » il y a seulement deux mois, sont redevenus des
« mercenaires », pour avoir osé demander que les pourparlers de paix Tchadiens se tiennent sous l’égide de la communauté internationale.
"Nous avons signé des accords à Syrte en mai 2007. Ce sont eux (rebelles) qui ont violé ces accords, ce n'est pas le gouvernement tchadien. Je n'ai pas d'argent à distribuer, ni de postes à
distribuer, ni quoi que ce soit, ces gens sont partis à l'aventure sans un but ou objectif politique précis",
a aboyé sur la chaine Africa 24, à l’issue de la brève visite qu’il vient d’effectuer à Paris, ce roitelet fourbe et inculte qui se nourrit de la sotte prétention de plier le Tchad
entier à ses quatre volontés.
Voilà à quel type d’inepties vient de se limiter un chef d’Etat obtus, dans le cynique objectif de revenir sur l’engagement
qu’il a pris devant la communauté internationale de faire la paix avec la Résistance Armée. Une opposition pourtant patriotique qu’il tente maladroitement de réduire à des chasseurs de postes, de
primes, ou de prébendes.
Il est pourtant connu que les plus radicaux des ténors de la Résistance Armée Tchadienne à son régime ont occupé des fonctions
importantes au sein de son régime, et qu’ils ne sont pas des gueux en tout cas.
Il n’aurait tenu qu’à eux de sauter sur le discours de Deby à Khartoum pour pactiser rapidement avec le régime inique, et
d’aller cirer les pompes du dictateur en « mangeant en paix » dans un cabinet de ministre.
Mais forts de leur conscience patriotique et des sacrifices incommensurables qu’ils ont consentis dans le combat pour la
libération du Tchad, la Résistance est restée fidèle à sa mission d’empêcheur de piller le Tchad en rond, et c’est ce qui met le vautour du Palais Rose dans tous ses états, lui qui n’a
jamais considéré le Tchad que comme un gâteau, mieux, une proie morte juste bonne à dévorer.
En effet, plutôt que d’accepter à la va vite une « paix » bon marché, qui leur aurait justement valu des primes et des
postes de ministrons, les Résistants ont exigé des médiateurs plus qualifiés que ceux, folkloriques, expédiés à Khartoum pour leur enjoindre de « rentrer au Tchad, et après on
verra », ainsi qu’un dialogue inclusif. Ils se seraient parjuré en se couchant pour peu qu’une délégation au rabais du MPS soit venue leur adresser la parole comme ils le font de
leurs domestiques à N’djamena.
Cela a été suffisant pour mettre Deby dans une rage folle : Sorti de l’Élysée le jeudi 08 avril 2010 où, certainement
Sarkozy l’aurait vertement admonesté à cause de son peu d’empressement à faire la paix avec le rebelles opposés à son régime, le potentat n’a pas trouvé mieux que d’aller plastronner sur le
plateau de la Chaine de télévision « Africa 24 » où il a voulu jouer les fiers à bras en éructant qu’il « n’a pas d’argent à distribuer à des mercenaires qui ont
choisi d’aller à l’aventure » !
Et pendant qu’il débitait ces sottises à la face du monde entier, lui qui « n’a pas d’argent à distribuer », n’a eu aucune honte à proposer de
financer la chaine de télévision Africa 24 (Voir la Vidéo - Allocution du Président du Tchad Idriss
Deby Itno sur Africa 24)
sur laquelle il intervenait. Comme quoi, il a de quoi financer un média qui n’a pas besoin de son aide pour vivre, mais rien pour permettre aux Tchadiens de vivre la paix une seule
minute.
En fait c’est cela la vraie résolution du roitelet de N’djamena : ne jamais permettre au Tchad de connaître la paix de son
vivant !
Et dans l’expression de sa rage, le dictateur, les yeux hors de la tête, n’est plus arrivé à se contrôler, multipliant les
fautes de langage, allant même jusqu’à appeler le pays de Léopold Sédar Senghor « LA SENEGAL » !
Ou, plus révélateur cette affirmation de Deby affirmant, la bave à la commissure des lèvres, que « le Tchad a donné 2 milliards au Sénégal pour que la justice se
dessaisisse du dossier Habré. » (Voir aussi la vidéo - Edition quotidienne du Journal télévisé
d'Africa24 – Invité Idriss Deby)
Car si Deby voulait la paix au Tchad, il ne serait pas en train de provoquer la Résistance en direct à la télé en lui faisant
comprendre, par des paroles méprisantes, que le seul choix qu’il lui laisse est celui de la reddition pure et simple, sans la moindre contrepartie ou concession, alors qu’il sait
pertinemment qu’aucune organisation ne politique, même la plus bête au monde, ne peut accepter ce type de compromis à la con. Encore qu’il sait pertinemment que la Résistance a toujours exigé un
dialogue inclusif de toutes les formations politiques du Tchad à travers lequel serait redéfini un Tchad nouveau, ainsi que l’option d’une gouvernance plus moderne, orthodoxe, et
proactive.
On comprend pourquoi fin mars dernier, Deby n’avait envoyé négocier avec les dirigeants de la Résistance Armée que des hommes
très peu représentatifs de son régime, lesquels d’ailleurs, se sont fait forts de ne réciter à la partie d’en face que la loi de la reddition qui leur avait été dictée par Deby. De même qu’il
faut comprendre qu’à l’allure où les choses vont, les négociations prévues pour Mai prochain entre son régime et la Résistance sont d’avance vouées à l’échec.
Car quoique les forces de la Résistance n’aient pas rompu avec son régime pour une question de postes, celles-ci n’ont aucune
intention de rentrer au Tchad pour se mettre en résidence surveillée, ou pour renforcer les rangs des applaudisseurs du régime, mais bien pour participer à la reconstruction du
pays.
Une reconstruction qui selon les orientations que la Résistance s’est depuis toujours données, nécessite que le Tchad s’installe
dans un double chantier : celui de la démocratisation véritable - pour sortir une bonne fois pour toutes de l’obscurantisme - et celui de l’instauration de la bonne gouvernance, qui implique
que les gouvernants gèrent avec plus de délicatesse la fortune publique. Pour l’instant, ce n’est pas, et ne risque pas d’être, le cas tant que Deby sera le maître incontesté du Tchad, le roi de
fer version tropicale de ce pays.
Et cela, Deby ne l’acceptera jamais. C’est pourquoi il fait tout pour émousser les ardeurs de tous ceux qui sont prêts à
s’asseoir sur la table des négociations. C’est pourquoi il refuse d’emblée l’implication de la communauté internationale qui lui a forcé la main pour qu’il se mette d’accord avec son opposition
armée s’il veut recevoir une autre perfusion financière.
La France qui est son mentor, et qui lui a servi de tribune pour affirmer sa position contraire à celle de tous ceux qui veulent
le retour de la paix au Tchad, comprendra-t-elle qu’investir dans un pays en guerre c’est mettre son trésor dans le tonneau des Danaïdes, et va-t-elle instruire à son poulain sauvage de sortir le
Tchad pour de vrai du cycle infernal de la guerre ?
En tout cas Nicolas Sarkozy saura apprécier la détermination de Deby à ne « donner ni poste ni
argent » à des interlocuteurs qu’il tient à mettre sur les nerfs avant les prochains pourparlers en les présentant comme des « chasseurs » de postes
ministériels, ou d’argent.
Ceux qui prient de par le monde entier pour le retour de la paix au Tchad, espéraient ardemment avant des élucubrations
télévisuelles de Deby que la paix pouvait déjà être envisagée dans ce pays qui n’a que trop souffert. Puisque la France est en train de vouloir réviser à la baisse les accords de
coopération militaire Franco-Tchadiens qui ont permis à Deby de s’accrocher au pouvoir. De même, une bonne partie de l’opinion française, des parlementaires notamment, se font les porte-parole de ceux qui ne ménagent aucune pression
pour contraindre Deby à faire la lumière sur la disparition de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh massacré en 2008 par la garde rapprochée présidentielle, et dans la
même foulée à dialoguer avec son opposition armée.
Mais il est difficile de croire que l’ami Deby Itno s’y pliera sans y avoir été forcé outre mesure, mais il est sûr que cette
paix là finira par se faire. Avec, ou sans lui !
Par A.K | Ndjamena-matin
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Rencontre Gouvernement Tchadien –
Opposition Militaire Tchadienne : LE DIALOGUE A TOURNE COURT !
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Allocution du Président du Tchad Idriss Deby Itno sur Africa 24 - Photo: cenia.org