Lundi 9 août 2010
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On
dira tout ce qu’on voudra, mais la visite que le Président Soudanais Omar el Béchir vient de rendre au tumultueux guide de la révolution libyenne Mouammar el Kadhafi n’a rien eu de gratuit.
Il est clair que, une fois de plus, celui qui s’est autoproclamé « Roi des rois d’Afrique » n’a pas voulu rater l’occasion de se mettre sous les spots de la plus brûlante
actualité. Et cette fois, il est visible comme un éléphant dans un couloir, que le révolutionnaire de Syrte a tout simplement l’intention de damer le pion à l’Union Africaine, à l’ONU, et à tous
les médiateurs d’Afrique et du monde entier dans la résolution du conflit du Darfour. Peut-être pas une mauvaise idée !
Moins de deux mois après avoir procédé de façon spectaculaire à la fermeture de la frontière de son pays avec la Libye , voilà
le Président Omar el Béchir qui a été reçu pendant 48 heures en grande pompe en Libye par un Mouammar Kadhafi qui - décidément n’ayant pas fini de cultiver les paradoxes –
héberge en ce moment même, avec armes et bagages, l’irréductible Dr Khalil Ibrahim, leader du JEM, le mouvement rebelle le plus militarisé du Darfour, et ennemi juré d’Omar el
Béchir.
Il faut dire que c’est même à cause de la présence du rebelle Darfouri en territoire Libyen que les autorités Soudanaises
avaient adopté la résolution de prendre des distances vis-à-vis de celles de Tripoli.
Il n’est donc pas étonnant que tous ceux qui suivent de près l’actualité Africaine se soient demandés à l’unisson :
que diable était allé faire Omar el Béchir chez Kadhafi pendant deux jours?
Question à mille balles qui se justifie dans ce sens que les communiqués officiels Libyens ont affirmé sans de plus amples
détails que le chef de l’Etat Soudanais était venu effectuer à tripoli ce que la rhétorique diplomatique appelle « une visite de travail axée sur l'examen de la situation en
Afrique et les moyens d'instaurer la paix et la sécurité dans la province du Darfour, dans l'ouest du Soudan, et de réaliser la complémentarité entre les deux pays, notamment dans le domaine de
l'investissement. »
Comprenne qui pourra. Surtout que, deux jours seulement avant cette visite à tous points de vues spectaculaire, personne – ni au
Soudan, ni en Libye, ni même au Tchad – n’aurait pu un seul instant imaginer un rapprochement aussi subit entre les deux chefs d’Etats.
En fait, c’est mercredi 03 Août dernier, en fin de matinée, que le président Soudanais a foulé le tarmac de l’aéroport de
Khartoum, pour être reçu quelques heures plus tard par le guide libyen.
Selon les sources officielles, la rencontre s'est déroulée en présence de plusieurs hautes personnalités des deux pays, dont
notamment :le secrétaire du Comité Populaire Général Libyen des Relations Extérieures et de la Coopération Internationale , Moussa Koussa, le Secrétaire par intérim aux Affaires de l'Union
Africaine (UA), Jumaa Ibrahim, le ministre à la Présidence Soudanaise , le général de Brigade Bakri Hassan Saleh, Directeur des Services de Sécurité et de Renseignements Soudanais, le général
Mohamed Atta Al-Moula et le ministre d'Etat Soudanais aux Affaires Etrangères, Kamel Hassan.
Curieusement, si rien par la suite, n’a filtré sur la substance du tête à tête entre les deux chefs d’Etats, il a été affirmé par les communiqués officiels Libyens que le Président el
Béchir aurait exprimé au guide Kadhafi « les remerciements de son peuple au peuple Libyen pour les aides économiques et humanitaires qu'il lui a
apportées. »
Mais en plus, selon la même source, le Président el Béchir aurait « salué les efforts du guide Kadhafi pour
l'instauration de la paix au Darfour, ainsi que son soutien et sa volonté permanente de veiller à la sécurité et à la stabilité du Soudan. »
C’est
cette dernière affirmation attribuée à Omar el Béchir qui trahit clairement la démarche de Mouammar Kadhafi dans toute cette véritable petite comédie qui vient de se jouer à Khartoum,
juste à un moment où les choses - entre les deux pays - sont passées du jour au lendemain, et sans situation intermédiaire - du plus orageux au super
idyllique.
Bien plus curieux, peu – sinon rien - n’a par la suite officiellement filtré à propos du retour à Khartoum du
Président Soudanais, et encore moins sur une hypothétique suite de cette visite absolument pas comme les autres.
Mais une chose déjà peut déjà être devinée : L’entretien entre les deux hommes d’Etat a certainement tourné autour de la
situation du Darfour ainsi que de l’implication nouvelle du leader Libyen qui s’est certainement engagé à le résoudre..
Ce n’est donc guère pour rien, ou pour un échange de simples salamalecs que Kadhafi a fait venir el Béchir à
Tripoli.
Beaucoup d’analystes subodorent d’ailleurs depuis longtemps que le Président Libyen a toujours souhaité régler lui-même,
et à sa manière, le conflit du Darfour car l’implication tant de l’Union Africaine, du Qatar, que de l’ONU dans la recherche d’une paix définitive au Darfour a toujours ulcéré le révolutionnaire
de la Jamahiriya.
Et dès le moment où, par la force des choses, Khalil Ibrahim a été expulsé du Tchad, Kadhafi a trouvé le prétexte qui lui
donne la possibilité de prendre désormais cette situation en main en accueillant le rebelle Darfouri à bras et à draps ouverts dans le plus rutilant hôtel de Tripoli.
En définitive, voilà Omar el Béchir qui vient donc de passer quelque chose comme 48 heures chez Kadhafi : Il y est arrivé
en grande pompe, et en est parti comme sur la pointe des pieds.
Mais que l’on ne s’étonne pas, d’ici quelques temps, que le Président Kadhafi fasse asseoir de façon théâtrale Omar el
Béchir et Khalil Ibrahim autour d’une même table pour la signature d’un traité de paix au Darfour dont le « roi des rois » sera bien le seul artisan.
Par D.D | Ndjamena-matin
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Photo: AFP