Dimanche 11 septembre 2011
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a a été le mot du weekend. Un
peu difficile à prononcer. Voilà donc le mal qui affecterait l’ancien Président Jacques Chirac : un trouble neuropsychologique entraînant la méconnaissance par l’individu de son état réel de
santé. Quel manque de chance : après vingt années à jouer au chat et à la souris avec la justice, voilà que le jour du procès le « mangeur de pommes » est soudain atteint d’un mal mystérieux
faisant de lui un être qui ne réalise plus grand chose et, donc, ne se souvient de rien. Mais qui, bien sûr, veut « voir le procès aller à son terme ». Digne. Que Chirac se rie encore de la
justice au moment ultime ou soit sincèrement malade n’a pas d’importance : il a joué avec cette institution durant des années. Comme le font, malheureusement, bien des hommes politiques dans ce
pays.
Mais le pire est que M. Chirac soit
toujours bien aimé des français après tout ces scandales : il n’y a qu’à lire les commentaires compatissants au bas des articles électroniques traitant de l’affaire. En réalité, le problème est
sans doute là : ce sont les français qui sont collectivement atteints d’anosognosie. Ils ne réalisent pas le mal premier dont ils souffrent : une forme mutante du syndrome de Stockholm.
Car ils ne réagissent pas alors que
tout est mis en place pour que leur argent soit mal géré par leurs « gouvernants » : une démocratie de façade dans laquelle leurs représentants au Parlement n’ont aucun rôle réel de contrôle de
la dépense publique ; une Cour des comptes sans pouvoir, dont les rapports accablants sur la gestion publique de ce pays s’empilent sans que personne ne s’en émeuve ; des collectivités
territoriales, symbole de la « démocratie locale », qui se multiplient à l’envi – et leurs dépenses avec – grâce aux financements croisés et obscurs entre les différents étages du mille-feuilles,
et grâce à l’absence de reddition des comptes ; une sécurité sociale qui leur coûte bien trop cher – notamment en termes de chômage du fait de son poids sur le coût du travail ; et, bien sûr, une
justice à deux vitesses en fonction de l’appartenance ou non à la caste politique.
Depuis des années des instituts
divers, des auteurs (comme le regretté Jacques Marseille), pointent du doigt les gaspillages d’argent public et les dysfonctionnements d’une administration inefficace : rien. Alors que la dépense
publique crève le plafond des 55% du PIB (signe sans doute que nous vivons dans une société ultralibérale !), les français pourraient se mobiliser pour défendre – enfin ! - une rationalisation
des dépenses publiques : rien. On leur sert la règle d’or de retour à un budget à l’équilibre (qui est en soi une bonne chose) et le plan Fillon qui, plutôt que de proposer des coupes dans les
dépenses publiques par leur rationalisation (fusion département-région, redéfinition claire des missions, aujourd’hui couteusement redondantes, de chaque étage de l’administration, suppression
des « comités Théodule », etc.), projette d’augmenter impôts et contributions : rien. Quasiment pas de réaction sur la question. On manifestera en octobre pour protéger la dépense publique, bien
sûr. Sans doute parce que « la démocratie ça coûte cher » comme le dit si bien Jack Lang. Et les français avalent la pilule.
On agite le mot magique de solidarité
et leur raison s’éteint : des riches vont payer, tout est bien. Idem sur la Grèce d’ailleurs. Alors que les finances de la France sont dans une situation critique, les contribuables français vont
non seulement devoir payer pour l’incurie de leurs dirigeants, mais aussi pour celle des dirigeants grecs. On ose appeler ça « solidarité » : payer pour des fonctionnaires grecs qui partent pour
certains à 45 ans à la retraite, payer parce que l’État grec ne s’attaque pas au sport national grec qu’est la fraude fiscale ? Si les mots ont un sens, c'est le contraire même de la solidarité.
Et c'est là le meilleur moyen de parvenir à monter les individus les uns contre les autres, les peuples les uns contre les autres : faire payer à Pierre l’irresponsabilité de Paul. Et quand des «
intellectuels » proposent d’institutionnaliser ce genre de soi-disant solidarité, avec les euro-bonds, on mesure le danger qui nous guette.
Nous avons perdu le sens de la
justice et nous ne nous en rendons plus compte. Il y a peut-être un mot savant pour cette forme d'anosognosie.
Par Emmanuel Martin
Publié en collaboration avec
UnMondeLibre.org