Lundi 15 mars 2010
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La Banque
Mondiale publie un rapport sur une forme de corruption moins souvent décriée que les grandes affaires de détournement de fonds. C’est ce qu’elle appelle « la corruption discrète », faite
de petits abus quotidiens mais dont les conséquences sont massives.
La mauvaise gouvernance dont souffrent souvent les pays africains n’est pas seulement le fait de dirigeants prédateurs, amateurs de pots de vin. Elle se traduit aussi par une série d’incivilités
qui vont de l’absentéisme des enseignants à la mauvaise qualité des engrais vendus aux paysans en passant par la tromperie sur les médicaments. Cette « corruption discrète » ainsi que
la qualifient les auteurs du rapport, inventant ainsi une expression appelée à devenir très populaire, est la face cachée de ce phénomène très nocif pour le développement économique africain.
Mais parce que cachée, parce moins dénoncée par les médias ou par les ONG comme Transparency International, parce que moins étudiée jusqu’à ce rapport de la Banque mondiale, elle est aussi plus
dangereuse. Les victimes de cette corruption du quotidien sont en effet les plus pauvres, ceux dont la survie dépend de la qualité des services publics de la santé ou de l’éducation, pour ne
citer que ces deux secteurs, au cœur de l’étude des experts de la Banque.
Des conséquences à long terme
L’absentéisme des enseignants a en effet pour conséquence de réduire le niveau d’éducation des jeunes. La mauvaise qualité des engrais agricoles se traduit par le faible rendement des cultures et
donc par une alimentation défaillante. La tromperie sur les médicaments affecte l’état de santé des populations. Dans ces trois secteurs, l’impact de la « corruption discrète » est à
long terme. Mal instruits, mal nourris et mal soignés, les jeunes Africains auront plus tard du mal à s’insérer dans une société de plus en plus ouverte sur le monde et où la compétition n’est
pas limitée par le cadre géographique.
S’appuyant sur une compilation d’études, les auteurs du rapport de la Banque mondiale font une démonstration implacable de ces dégâts. En 2004, une étude a par exemple démontré que 20% des
instituteurs des écoles primaires des zones rurales de l’ouest du Kenya n’étaient pas à leur poste, dans leur salle de classe, pendant les heures de cours. Et même lorsqu’ils sont face à leurs
élèves, les enseignants africains ne donnent pas le meilleur d’eux-mêmes. En Ouganda, le même genre d’étude a abouti à des conclusions similaires. Pour ce qui est des engrais, 43% des produits
vendus en Afrique de l’Ouest dans les années 1990 ne correspondaient pas à la fiche descriptive. Conséquence, les agriculteurs se détournent de ces produits.
Au Tchad, des fonds qui s’évaporent
Dans le secteur de la santé, la petite corruption peut aussi avoir des effets ravageurs. Au Tchad, la quasi-totalité des fonds alloués par le gouvernement aux hôpitaux disparaît avant d’avoir
atteint leur destinataire final. Au Kenya, seulement 62% des sommes budgétées arrivent dans les caisses des établissements de santé. Dans les zones rurales, le degré de compétence des
responsables des services de santé est considéré par la Banque Mondiale comme très faible. Et il y a une corrélation entre les indicateurs de corruption et les données relatives à la mortalité
infantile et juvénile !
Seule bonne nouvelle de ce rapport affirment les auteurs, il y a un remède : c’est l’engagement des autorités. En assignant des objectifs clairement définis aux fonctionnaires, aux
enseignants, en contrôlant effectivement le respect de ces directives, des améliorations substantielles peuvent être obtenues. Mais bien sûr, rien ne sera possible si l’on n’éradique pas la
grande corruption qui contamine l’ensemble des sociétés où elle est à l’œuvre.
Par Jean-Pierre Boris
Source:
Reussirbusiness
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Image: thotep.com