Présentation

Profil

  • Ndouné
  • Le site Ndouné | Toute l’actualité en temps réel
  • Homme
  • 01/01/1970
  • Tchad
  • Réflexion Indépendant Analyse Libre communication
  • Rédaction:info@ndjamena-matin.com ndjamena_matin@hotmail.fr
Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /Jan /2010 19:16

Deby_El-Bechir-Africatime.jpgDepuis quelques mois, une étourdissante partie de poker diplomatique se joue entre les capitales soudanaises et tchadiennes avec pour unique enjeu de faire accepter à chacun des deux pays de ne plus soutenir ou abriter les groupes rebelles hostiles à l’autre. Cette partie avait même été programmée pour être jouée en terrain neutre à Doha – au Qatar – en marge du Sommet de la ligue Arabe. Mais voila : cette partie risque de tourner à la roulette russe, surtout que les groupes rebelles – notamment tchadiens -, principales composantes de l’enjeu, demeurent en dehors de la partie, ne sont pas autorisés à ouvrir les cartes, et même ne sont pas admis dans la salle de jeu…

 

Vendredi 15 janvier 2010, un accord de normalisation des relations entre le Tchad et le Soudan est signé à N’djamena entre, d’un côté : le Dr Ghazi Sahaladine, envoyé spécial du président Omar el Béchir spécialement chargé du dossier du Darfour, et d’autre part – pour le côté Tchadien – Mr Moussa Faki Mahamat, ministre des relations extérieures du régime Deby.

Selon les termes de cet accord dit de "normalisation" – et déjà pompeusement appelé "accords de N’djamena" – il est stipulé que « …  les deux pays se sont engagés à poursuivre la mise en œuvre des mesures prises pour mettre un terme à toute présence, à tout soutien et à toute action de groupes rebelles opérant dans l’un et l’autre pays. »

Mieux, il y est précisé que les deux pays « s’engagent à prendre des mesures adéquates pour sécuriser leurs frontières et à maintenir des contacts réguliers en vue de la réalisation de leurs objectifs. »

Si jusqu’ici la volonté d’arriver à une situation de non guerre de part et d’autre de la frontière séparant les deux pays qui n’en finissent pas de s’accuser mutuellement et simultanément d’agression depuis près de 18 ans, la troisième clause de cet accord n’est rien de moins … qu’un ultimatum formulé à l’adresse des groupes rebelles pourtant absents de ces négociations.

Un ultimatum qui donne deux mois aux rebelles, s’ils veulent retourner à la "légalité", pour répondre à ce qui est allègrement présenté comme "l’appel de la paix lancé par les gouvernements Tchadien et soudanais." Faute de quoi, conclue sèchement l’accord « des mesures seront prises pour qu’il n’y ait plus de présence de groupes hostiles dans le territoire de l’un et l’autre pays ».

Et du coup, même les observateurs les moins perplexes des affaires tchado-soudanaises n’ont pas pu s’empêcher de se gratter la tête, tant cette énième démarche de normalisation des relations entre le Tchad et le Soudan semble refuser d’intégrer – de même que celles qui l’ont précédée - toutes les conditions susceptibles d’aboutir à une solution réellement définitive.

Car, comment ces deux pays peuvent-ils imaginer l’éradication des groupes rebelles sans associer physiquement et politiquement ceux-ci aux débats ?

Cette question vaut réellement son pesant d’or, car ce qui se passe à l’heure actuelle entre le Soudan et le Tchad ne peut – toutes proportions gardées – être comparé qu’à une succession de parties de poker avec ce que ce jeu comporte comme bluff, roublardise, et surtout, tricherie.

Si, pour en finir une fois pour toutes avec le chassé-croisé des raids à répétition des groupes rebelles contre les régimes tchadien et soudanais, ces deux pays voisins, frères et soudés par de multiples liens séculaires ont décidé de trouver une solution commune, cela ne peut que réjouir toue l’Afrique. Mais la simple logique aurait commandé que toutes les données des équations sans inconnues posées à ces deux pays fussent posées sur la table et méticuleusement disséquées, afin que ni les régimes en place, ni leurs oppositions armées qui les combattent ne soient tentés de grincer les dents.

En effet, le président Omar Hassan El Béchir n’a jamais hésité à trancher sur le vif en faisant constamment montre d’une indéniable disponibilité à dialoguer avec toutes les factions rebelles qui, non seulement ont toujours voulu le culbuter du pouvoir, mais n’ont jamais caché leur obstination à procéder à la partition du Soudan.

Idriss Deby Itno, lui, n’a jamais manifesté – et c’est une constante chez lui - aucune envie de négocier avec les rebelles tchadiens qui, il faut le reconnaître, ont presque tous été, à un moment ou à un autre, des acteurs de premier plan de son régime.

Des rebelles qui, toute l’opinion internationale le sait, n’ont jamais demandé qu’une seule chose : que les motivations de leur combat soient comprises, et surtout discutées. Et c’est face à l’intransigeance de Deby qu’ils ont été réduits à la confrontation armée.

Et quand l’on sait que ces motivations sont pleinement nobles, à savoir l’instauration d’un système démocratique, la fin des abus et de tous les excès qui font du Tchad l’un des pays les plus arriérés sur le plan de la démocratie, et l’un des plus barbares d’Afrique.

Idriss Deby n’a jamais proposé qu’une seule alternative aux groupes politico-militaires : rallier son régime sans condition – donc une reddition pure et simple – ou se battre.

Voilà la seule et simple logique du maître de N’djamena qui, en conséquence, a investi des centaines de milliards de FCFA pour être en mesure de faire face à n’importe quelle campagne militaire. Les deux dernières offensives rebelles contre N’djamena illustrent dramatiquement cette réalité.

Compte tenu de cela, des questions simples – et pourtant incontournables – se posent :

Primo : A quoi ce traité dit de normalisation veut-il réellement aboutir ?

Si c’est à une situation de non belligérance, il importera d’associer étroitement tous les groupes militarisés dans les discussions, et les amener sincèrement et réellement à un modus vivendi. C’est seule la situation de fin de belligérance qui conduira plus sûrement à une option de paix. C’est autant valable pour le Tchad que pour le Soudan.

Le Tchad ne peut réellement pas envisager l’arrêt de l’activisme des politico militaires sans réellement penser à leur avenir immédiat tant sur le plan politique que sur celui de la stabilité de son pays.

Secundo : le Soudan peut-il éradiquer les attaques et revendications des groupes rebelles ?

Il est impensable, si l’on s’en tient aux ukases de ce traité de "normalisation" sec comme un coup de feu, que l’on puisse aboutir à une solution réaliste du problème des rébellions tchado-soudanaises sur la base d’une simple entente entre Khartoum et N’djamena en excluant catégoriquement les rebelles qui sont en même temps le problème et la solution.

Autant il faudra que Omar El Béchir discute avec ses rebelles et arrive à des accords acceptés des deux bords, autant il s’impose à Deby de consentir enfin à "parler" – directement ou à travers les plus grands de son MPS – aux mouvements rebelles. Surtout que personne n’ignore que si toutes les guerres se font sur les champs de bataille, elles se terminent toujours autour d’une table. Une table autour de laquelle Idriss Deby Itno n’a jamais consenti de s’asseoir face aux politico militaires, et ce, malgré cette exigence mille et une fois formulée par l’opposition civile.

C’est certainement cela qui a conduit au durcissement de la position des politico militaires qui, au nom de tous les tchadiens morts sur les champs des batailles imposées par Deby refusent désormais – et c’est légitime – d’être réduits à une humiliante reddition qui désintégrerait définitivement toute possibilité d’instauration à court ou moyen terme d’un système démocratique au Tchad.

Omar el Béchir l’a compris depuis longtemps, et – on le voit aujourd’hui – la décrispation entre lui et les groupuscules rebelles se décline sous d’optimistes perspectives.

Idriss Deby refuse de l’accepter, c’est pour cela qu’il veut se contenter d’un accord formel du Soudan qu’il veut réduire en simple allié aveugle qui se chargera de chasser les forces de la rébellion tchadienne de la frontière, ses propres forces  se chargeant par la suite d’exterminer ce qui restera de l’opposition militaire.

Omar el Béchir tient à ce que les mouvements rebelles arrêtent leurs attaques contre son régime. A cet effet, il est en train de prendre toutes ses dispositions pour que les rebelles se mettent au service de la construction du Soudan, et seuls les impénitents va – t – en guerre pourraient continuer dans une logique que toute la communauté internationale condamnerait.

Idriss Deby, lui, refuse de se poser des questions sur ce qu’il adviendra des groupes politico militaires tchadiens qui ne pensent qu’à la construction d’un Tchad meilleur et géré autrement.

Alors, question : Si Deby veut la paix, une paix définitive, où pense – il caser « ses » rebelles alors que, aujourd’hui où il est important d’intégrer ceux-ci dans les accords, il refuse de les associer dans une démarche qui déterminera l’avenir immédiat d’un pays qui n’a pris que trop de retard…à cause justement de la guerre ?

Ces questions, ainsi que toutes celles qui les accompagnent, mériteraient que les Soudanais les posent sans détour à Deby – ou ses émissaires – au cours des rencontres à venir avec le Tchad. Sinon, le pays d’Omar el Béchir ne sera réduit – dans ces prétendus accords de normalisation - qu’à jouer un piètre rôle d’exécuteur des basses œuvres du régime de Deby qui l’aura alors recruté malicieusement pour…liquider une opposition militaire pourtant noble.

Par A.K | Ndjamena-matin

---------
Lire aussi:

Négociations de paix sur le Darfour à Doha : Le scepticisme plane après la reprise des hostilités
Accords Tchad-Soudan: Deux pas en avant… trois en arrière !
Tchad: L'improbable plan de stabilité
Par Ndouné - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Articles récents

  • Le secret de la croisance chinoise
    Dans leur manuel d’économie Modern Principles : Macroeconomics, Tyler Cowen et Alex Tabarrok illustrent l'importance des droits de propriété en utilisant l’exemple des effets qu’ont eu sur les incitations alternativement l'agriculture collectiviste et l'accord secret du village de Xiaogang :...
  • Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires : La route est encore longue….
    L'OHADA (Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires), est un système de lois commerciales et d’institutions de mise en œuvre adoptées par 16 pays d'Afrique centrale et de l’Ouest, créée à Maurice en 1993. Les pays membres sont le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, les...
  • Le printemps arabe sonnera-t-il l’hiver de l’silamisme terroriste ?
    Du succès d'Ennahda en Tunisie à celui de la Liberté et Justice (LJ) en Egypte en passant par celui du Parti pour la Justice et le Développement (PJD) au Maroc, le triomphe des partis islamistes conservateurs avec une teinte modérée en Afrique du Nord s'impose comme une réalité incontournable. Le printemps arabe, en ouvrant le champ...
  • Avis/Médias - Nouveau site de UnMondeLibre
    Nous sommes heureux de vous annoncer le lancement du nouveau site de UnMondeLibre.org. En effet, dans le but de mieux servir son lectorat, l’équipe de UnMondeLibre.org vient de procéder à un « relooking » de son site (www.unmondelibre.org) tenant compte des nombreuses suggestions émanant de ses fidèles visiteurs. Ainsi, on a...
  • Communiqué de presse | Cloture du Bureau de l'APF, Phom Penh (Cambodge)
      Phnom Penh (Cambodge), le 9 février 2012   Cloture du Bureau de l’APF   Les travaux du Bureau de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie se sont terminés le 9 février 2012 à Phnom Penh sous la présidence de Roch Marc Christian...
  • Communiqué de presse | Ouverture du Bureau de l'APF, Phom Penh (Cambodge)
      Phnom Penh (Cambodge), le 8 février 2012   Ouverture du Bureau de l’APF   Le Bureau de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie s’est ouvert aujourd’hui à Phnom Penh au Cambodge. Il se réunit du 8 au 10 février 2012 à...
  • Egypte : La liberté économique doit accompagner la liberté politique
    Les dernières flambées de violence en Egypte nous rappellent que la transition de ce pays de la dictature à la démocratie est en panne. Le processus de démocratisation dans le monde arabe, qui a commencé avec l'auto-immolation du vendeur de rue tunisien Mohamed Bouazizi il y a un peu plus d'un an, va probablement continuer, mais...
  • Sénégal : le défi d'un homme, le silence de l'UA, la résistance d'un peuple
    À l'âge de 93 ans, le président Abdoulaye Wade a décidé de briguer à nouveau la présidence du Sénégal. Il pourrait ainsi terminer en 2019 encore sept autres années de « mandat ». Il y a cependant trois « si » pour que cela se concrétise. Si le peuple du Sénégal permet à Abdoulaye Wade de voir son souhait exaucé de pouvoir se...
  • L’éléphant devenu tigre – L’Inde, un exemple stimulant pour l’Afrique
    Jadis observée dans le monde pour sa grande pauvreté, l’Inde aujourd’hui relève la tête au point d’être reconnue comme un exemple de réussite, potentielle super puissance et les Etats-Unis l’ont même plébiscitée pour l’obtention d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Les analystes politiques...
  • Ibni Oumar Mahamat Saleh : une disparition couverte depuis 4 ans ?
    En ce jour de commémoration des 4 ans de la disparition du leader politique tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh, enlevé par des membres de la garde présidentielle tchadienne, l’association Survie demande la déclassification des documents diplomatiques et militaires en possession des autorités françaises pour faire la lumière sur...
Liste complète

Dicton – Les 5 de la semaine

  Aussi haut que vole un oiseau, il finit par se poser

C'est avec l'eau du corps qu'on tire celle du puits

Ce que le vieux voit assis, le jeune ne le voit pas debout

Chaque rivière à sa propre source

La pierre lancée avec bonté ne siffle pas


Proverbes africains - Source: Afrik

Quoi de neuf ?

Annonces


weather counter

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés