Présentation

Profil

Mercredi 7 octobre 2009 3 07 /10 /Oct /2009 08:13

Ni la justice Bahreïnie, ni la justice Française ne l’ont oublié : Il ya exactement onze ans, en 1998, Idriss Deby Itno, bien que trônant au sommet de l’Etat Tchadien depuis 19 ans, avait trempé les mains jusqu’aux biceps, dans une gigantesque opération de fabrication de fausse monnaie qui avait tout simplement failli mettre l’économie de l’Etat de Bahreïn en cessation de paiement. Question : la justice Tchadienne – ou ce qui en tient lieu – s’en souvient- elle ?

 Après avoir démonétisé en catastrophe ses coupures de 20 dinars – objets de cette criminelle contrefaçon -, l’Autorité Monétaire Bahreïnie avait bien initié dès 1999, une procédure devant la Chambre du Tribunal Correctionnel de Paris. Mais, ô scandale, la justice Française s’active, depuis lors, à noyer ce dossier. Comme on le ferait d’un poisson. À qui profite le crime ?

Le souvenir de l’abracadabrante affaire des vrais faux Dinars de Bahreïn est encore vivace dans l’esprit de toute l’opinion Africaine qui n’en est toujours pas revenue.

Cette grossière mésaventure avait, il est vrai suscité moult gorges chaudes et forces ragots entre les chefs d’Etats, mais au bout du compte, elle est restée trop grosse, trop scandaleuse, et carrément ridicule car ce n’est pas tous les jours qu’on voit un chef d’Etat – fusse-t-il d’une république bananière – s’investir des pieds à la tête dans une entreprise de fabrication de fausse monnaie, exactement comme les truands de la mafia.

Idriss Deby, sans aucun souci du qu’en dira-t-on, ni même des éventuelles conséquences de cette gravissime entreprise, avait monté cette scabreuse opération dès 1997, de concert avec une bande de petits filous béninois et zaïrois. Après quoi, il a envoyé cash – sans aucune hésitation – deux millions de dollars, soit un milliard de francs Cfa, à une sorte d’intermédiaire en Afrique du Sud, aux seules fins de faire fabriquer en Argentine des millions de billets en fausses coupures de 20 Dinars Bahreinis.

Et ce, dans le sinistre dessein de s’offrir de l’argent facile, tout en se foutant royalement de ce qui pouvait survenir par la suite de l’économie de cet Etat souverain. Il est vrai qu’au départ, il avait voulu faire imprimer des francs CFA…

La suite de l’histoire a fait le tour du monde et des rédactions des organes de presse : Deby a réceptionné en personne, à l’aéroport de N’djamena – sous le regard torve des militaires français - deux cargaisons de faux billets transportées par avion spécial en provenance de l’Argentine. Ensuite, il a chargé son conseiller très spécial – et ancien ministre – Hassan Fadoul Kittir – d’aller s’occuper de l’écoulement de ces 350 millions de dollars en coupures de 20 Dinars à Kano, au Nigéria, et en France.

Au moment où Hassan Fadoul Kittir trimballait sa monnaie de singe au Nigéria, il était sûr de se faire au bas mot …175 milliards de francs Cfa !

 Mais l’affaire tourna casaque : l’agent de change du marché noir chargé d’écouler le magot au Nigéria, pressé par Deby qui exigeait de l’argent liquide sans attendre, se contenta de donner un chèque de 4 millions 840.000 dollars à Hassan Fadoul Kittir qui, fort opportunément, fit plusieurs photocopies de ce chèque De la Barclays de Londres  tiré au nom d’Idriss Deby en personne. Une belle précaution qui fait qu’à ce jour, Deby est incapable de nier son implication dans cette sale affaire.

Certain, un peu trop naïvement, de toucher dans de brefs délais ce chèque, le dictateur- faussaire se contenta de le déposer à la Banque de Développement du Tchad (BDT), exigeant au directeur général de celle-ci de vider ses comptes en lui versant la bagatelle d’un milliard et quelques centaines de millions de FCFA !

Malheureusement le chèque revint impayé de Londres quelques semaines mois plus tard, et Deby eut fort à faire pour remettre à flots les comptes de la BDT – au bord la banqueroute - qu’il avait bien légèrement vidé sous réserve de toucher les dividendes d’une opération de contrefaçon monétaire.

Mais au même moment, bien loin des rives du Chari, un citoyen de nationalité Marocaine, un certain Hicham Mandari, réussissait sans coup férir à écouler à Paris et à Beyrouth une pharamineuse quantité - équivalente à plusieurs millions d’Euros - de ces faux dinars Bahreinis.

Mandari avait-il fait partie du gang Deby ? Avait-il réussi à écouler des faux billets provenant de la même livraison ? S’agissait-il d’autres faux dinars imprimés sous la commande de quelqu’un d’autre ?

On ne l’a jamais su, car le marocain avait été arrêté quelques mois plus tard à Miami, aux Etats Unis, puis extradé en France pour répondre de cette affaire, pour être curieusement relâché dans la foulée et placé sous contrôle judiciaire. Un contrôle qui n’a pas empêché qu’il soit assassiné de plusieurs balles dans la tête au mois d’Août 2004 en Espagne.

Mais il faut dire que cette combine n’avait pas porté chance au dictateur Tchadien qui s’affola dès que qu’il fut informé de la procédure judiciaire engagée à Paris par le gouvernement de Bahreïn. C’est ainsi qu’il tenta de faire porter toute la responsabilité de l’opération à son homme de main Hassan Fadoul Kittir. D’ailleurs, Idriss Deby refusa catégoriquement de recevoir les deux missions de l’Autorité Monétaire Bahreïnie arrivées à N’djamena en Août et Novembre 2008.

Quant à Hassan Fadoul Kittir, peu désireux de jouer les boucs émissaires, il s’évada rapidement du Tchad, abandonnant en catastrophe ses quatre femmes et ses dix enfants, et multiplia ses confessions dans les médias. Comparaissant par la suite devant la chambre correctionnelle à Paris, Hassan Fadoul Kittir ne fit aucun mystère du vrai rôle qu’il avait joué dans cette scabreuse affaire de fausse monnaie au sommet initiée, pilotée et gérée par son président de la république.

Plusieurs fois appelée à Paris, avant 2006, et gérée entre 1998 et 2006 par deux juges d’instructions (MME Simeoni et Bismuth – Sauron) cette affaire fut systématiquement renvoyée pour cause de l’absence d’Hassan Fadoul à qui les autorités Françaises …refusent systématiquement de délivrer un visa d’entrée en France.

 L’ancien ministre de Deby était en tout cas prêt à tout dire aux juges sur toute cette affaire. C’est ainsi qu’au moment où il faisait preuve d’une loquacité débordante dans les médias français, beaucoup s’attendaient à ce qu’il connaisse le même sort que Hicham Mandari.

 Mais rien de méchant ne lui arriva : à la surprise générale, Hassan Fadoul Kittir qui devrait renter triomphalement à N’djamena le 15 Juin 2006, réconcilié avec Idriss Deby, mais ce retour au bercail n’a pas eu lieu. Confusément, les raisons restent méconnues !  

 Bien évidemment, tout laisse désormais croire que les deux compères ne parleront désormais plus que d’une seule et même voix à propos de cette affaire qui semble curieusement ne pas émouvoir  la France et sa Justice qui – et c’est rare – manifestent peu d’empressement à clôturer ce dossier qui mériterait pourtant de connaître une issue équitable.

Voilà un crime d’une extrême gravité qui aurait dû être réprimé avec une dureté exemplaire. Mais jusqu’à ce jour, la justice Française devant laquelle cette procédure a été soumise n’en finit pas de lambiner et de couper le souffle de tous ceux qui – dans ce que les bonnes âmes appellent « l’opinion internationale » - se demandent toujours – à juste titre – comment il peut être possible qu’un chef d’Etat puisse fabriquer de la fausse monnaie pour déstabiliser un autre pays sans que cela soit puni comme il se doit.

 

A ce jour, l’affaire des vrais faux dinars de Bahreïn n’est plus un mystère. Certes, elle fascine à cause des fortes émotions qu’elle n’a jamais cessé de charrier. Mais, elle ne cessera jamais d’inspirer des commentaires inévitables sur le bien et le mal, sur les manquements parfois criards et scandaleux de cette Justice que tous souhaiteraient impartiale, mais qui – même au pays de la liberté, de l’égalité, et de la fraternité – empruntent de temps à autre des voies insondables. Elle incite enfin à cette énorme interrogation : Pourquoi la France s’obstine –t- elle à couvrir, et à absoudre en permanence, un tyran qui n’a jamais reculé devant aucun crime ?

 

Par A.K |  Ndjamena-matin

A lire aussi :

La saga des vrais-faux dinars de Bahreïn (I)

La saga des vrais-faux dinars de Bahreïn (II)

La saga des vrais-faux dinars de Bahreïn (III)

La saga des vrais-faux dinars de Bahreïn (IV)

La saga des vrais-faux dinars de Bahreïn (V)

Par Ndouné - Publié dans : Politique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Sur Twitter

English - العربية

Articles récents

  • L’armée française est-elle un tigre en papier ?
    En France, tous les observateurs en sont babas à l’heure qu’il est : Rien ne va plus dans l’Armée française où tous les indicateurs sont au rouge vif depuis au moins deux ans. Ainsi, la Cour des Comptes, abasourdie et désorientée par les plus récentes données informatiques et budgétaires, n’a plus eu d’autre choix que de hurler...
  • Comment être dans la meilleure des postures pendant le mois béni de Ramadan?
     Par Talha Mahamat Allim Genève, Suisse. Le mois béni de Ramadan est non seulement l’une des meilleures et des plus belles écoles de la vie, mais véritablement un Trésor inestimable d’opportunités individuelles, familiales et communautaires, en se rapprochant davantage dans la recherche...
  • France • Sarkozy récolte ce qu’il avait laissé faire contre Chirac
    Pour la deuxième fois dans la Vè République, un ancien chef de l’Etat a maille à partir avec la justice française,  et la presse – surtout celle à scandale – s’en donne à cœur-joie. Il s’agit bien de Nicolas Sarkozy qui, pour l’heure crie à l’acharnement judiciaire, oubliant qu’il avait laissé faire la même chose contre son...
  • Sénégal : Le dossier Hissein Habré donne la poisse à Macky Sall
    La récente déculottée que vient d’essuyer Macky Sall et son parti dans le cadre des dernières élections municipales du 29 juin dernier n’a guère surpris les analystes froids qui savent bien que son succès à la présidentielle de 2012 n’avait en réalité été qu’une sanction contre Abdoulaye Wade qui n’avait pas eu le tact de quitter le...
  • Afrique : l’endettement est-il soutenable ?
    Si la perspective d’une croissance prometteuse incite les pays africains et avec eux les bailleurs de fonds à l’optimisme, le retour en force, depuis 2007, des pays africains sur les marchés financiers internationaux (émission d’emprunts obligataires libellés en dollars), soulève des inquiétudes au sujet de la soutenabilité de leur...
  • Le mois béni de Ramadan arrive ! Profitez de ce Trésor considérable.
    Assalamou Alaykoum chers frères et sœurs; Le Mois béni de Ramadan 1435 de l’hégire, correspondant à l’année 2014 s'approche à pas de géant. Bienvenue au plus prestigieux des hôtes sur terre. InchaAllah d'ici quelques heures, nous allons l’accueillir avec la plus grande joie et la plus grande ferveur...
  • Tchad : un pays sans armée
    Comme promis dans nos précédents écrits, nous essayerons de parler de l’armée Tchadienne, pardon de ce qui y tient lieu. Créée en 1961 soit une année après l’indépendance du Tchad, l’Armée Nationale Tchadienne, importante institution de l’Etat a vécu le temps d’un régime. Les généraux Doumro puis Félix Malloum qui l’avaient...
  • Liberté africaine : mythe ou réalité ?
    Le 15 avril 1958, à Accra, au Ghana, les dirigeants africains et des militants politiques se sont réunis à la première Conférence des États africains indépendants. La Conférence a appelé à la création de la journée africaine de la liberté, une journée pour « évaluer chaque année le progrès du mouvement de libération, et pour...
  • Afrique : présent versus futur
    La Banque africaine de développement (BAD) a organisé ses réunions annuelles à Kigali, au Rwanda, du 19 à 23 mai dernier. L'ambiance était optimiste et le pressentiment d'un essor économique imminent était palpable, du moins pour l'avenir. La banque a publié ses perspectives économiques pour l’Afrique avec des projections de...
  • Pour que la « renaissance de l’Afrique » devienne réalité
    Un bel avenir pour l'humanité dépend en grande partie de celui de l'Afrique, lequel dépend en grande partie de la capacité de ce continent à offrir des emplois et des perspectives à sa population de jeunes en pleine croissance. L'avenir des emplois dans cette région dépendra fortement d'un secteur privé sain, prospère et inclusif....
Liste complète

Dicton – Les 5 de la semaine

  Aussi haut que vole un oiseau, il finit par se poser

C'est avec l'eau du corps qu'on tire celle du puits

Ce que le vieux voit assis, le jeune ne le voit pas debout

Chaque rivière à sa propre source

La pierre lancée avec bonté ne siffle pas


Proverbes africains - Source: Afrik

Quoi de neuf ?

Annonces


weather counter

Catégories

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés