Ni la justice Bahreïnie, ni la justice Française ne l’ont oublié : Il ya exactement onze ans, en
1998, Idriss Deby Itno, bien que trônant au sommet de l’Etat Tchadien depuis 19 ans, avait trempé les mains jusqu’aux biceps, dans une gigantesque opération de fabrication de fausse monnaie qui
avait tout simplement failli mettre l’économie de l’Etat de Bahreïn en cessation de paiement. Question : la justice Tchadienne – ou ce qui en tient lieu – s’en souvient-
elle ?
Après avoir démonétisé en
catastrophe ses coupures de 20 dinars – objets de cette criminelle contrefaçon -, l’Autorité Monétaire Bahreïnie avait bien initié dès 1999, une procédure devant la Chambre du Tribunal
Correctionnel de Paris. Mais, ô scandale, la justice Française s’active, depuis lors, à noyer ce dossier. Comme on le ferait d’un poisson. À qui profite le crime ?
Le souvenir de l’abracadabrante
affaire des vrais faux Dinars de Bahreïn est encore vivace dans l’esprit de toute l’opinion Africaine qui n’en est toujours pas revenue.
Cette grossière mésaventure avait,
il est vrai suscité moult gorges chaudes et forces ragots entre les chefs d’Etats, mais au bout du compte, elle est restée trop grosse, trop scandaleuse, et carrément ridicule car ce n’est pas
tous les jours qu’on voit un chef d’Etat – fusse-t-il d’une république bananière – s’investir des pieds à la tête dans une entreprise de fabrication de fausse monnaie, exactement comme les
truands de la mafia.
Idriss Deby, sans aucun souci du
qu’en dira-t-on, ni même des éventuelles conséquences de cette gravissime entreprise, avait monté cette scabreuse opération dès 1997, de concert avec une bande de petits filous béninois et
zaïrois. Après quoi, il a envoyé cash – sans aucune hésitation – deux millions de dollars, soit un milliard de francs Cfa, à une sorte d’intermédiaire en Afrique du Sud, aux seules fins de faire
fabriquer en Argentine des millions de billets en fausses coupures de 20 Dinars Bahreinis.
Et ce, dans le sinistre dessein de
s’offrir de l’argent facile, tout en se foutant royalement de ce qui pouvait survenir par la suite de l’économie de cet Etat souverain. Il est vrai qu’au départ, il avait voulu faire imprimer des
francs CFA…
La suite de l’histoire a fait le
tour du monde et des rédactions des organes de presse : Deby a réceptionné en personne, à l’aéroport de N’djamena – sous le regard torve des militaires français - deux cargaisons de
faux billets transportées par avion spécial en provenance de l’Argentine. Ensuite, il a chargé son conseiller très spécial – et ancien ministre – Hassan Fadoul Kittir – d’aller s’occuper de
l’écoulement de ces 350 millions de dollars en coupures de 20 Dinars à Kano, au Nigéria, et en France.
Au moment où Hassan Fadoul Kittir
trimballait sa monnaie de singe au Nigéria, il était sûr de se faire au bas mot …175 milliards de francs Cfa !
Mais l’affaire tourna
casaque : l’agent de change du marché noir chargé d’écouler le magot au Nigéria, pressé par Deby qui exigeait de l’argent liquide sans attendre, se contenta de donner un chèque de 4 millions
840.000 dollars à Hassan Fadoul Kittir qui, fort opportunément, fit plusieurs photocopies de ce chèque De la Barclays de Londres tiré au nom d’Idriss Deby en personne. Une belle précaution
qui fait qu’à ce jour, Deby est incapable de nier son implication dans cette sale affaire.
Certain, un peu trop naïvement, de
toucher dans de brefs délais ce chèque, le dictateur- faussaire se contenta de le déposer à la Banque de Développement du Tchad (BDT), exigeant au directeur général de celle-ci de vider ses
comptes en lui versant la bagatelle d’un milliard et quelques centaines de millions de FCFA !
Malheureusement le chèque revint
impayé de Londres quelques semaines mois plus tard, et Deby eut fort à faire pour remettre à flots les comptes de la BDT – au bord la banqueroute - qu’il avait bien légèrement vidé sous réserve
de toucher les dividendes d’une opération de contrefaçon monétaire.
Mais au même moment, bien loin des
rives du Chari, un citoyen de nationalité Marocaine, un certain Hicham Mandari, réussissait sans coup férir à écouler à Paris et à Beyrouth une pharamineuse quantité - équivalente à plusieurs
millions d’Euros - de ces faux dinars Bahreinis.
Mandari avait-il fait partie du
gang Deby ? Avait-il réussi à écouler des faux billets provenant de la même livraison ? S’agissait-il d’autres faux dinars imprimés sous la commande de quelqu’un d’autre ?
On ne l’a jamais su, car le
marocain avait été arrêté quelques mois plus tard à Miami, aux Etats Unis, puis extradé en France pour répondre de cette affaire, pour être curieusement relâché dans la foulée et placé sous
contrôle judiciaire. Un contrôle qui n’a pas empêché qu’il soit assassiné de plusieurs balles dans la tête au mois d’Août 2004 en Espagne.
Mais il faut dire que cette
combine n’avait pas porté chance au dictateur Tchadien qui s’affola dès que qu’il fut informé de la procédure judiciaire engagée à Paris par le gouvernement de Bahreïn. C’est ainsi qu’il tenta de
faire porter toute la responsabilité de l’opération à son homme de main Hassan Fadoul Kittir. D’ailleurs, Idriss Deby refusa catégoriquement de recevoir les deux missions de l’Autorité Monétaire
Bahreïnie arrivées à N’djamena en Août et Novembre 2008.
Quant à Hassan Fadoul Kittir, peu
désireux de jouer les boucs émissaires, il s’évada rapidement du Tchad, abandonnant en catastrophe ses quatre femmes et ses dix enfants, et multiplia ses confessions dans les médias.
Comparaissant par la suite devant la chambre correctionnelle à Paris, Hassan Fadoul Kittir ne fit aucun mystère du vrai rôle qu’il avait joué dans cette scabreuse affaire de fausse monnaie au
sommet initiée, pilotée et gérée par son président de la république.
Plusieurs fois appelée à Paris,
avant 2006, et gérée entre 1998 et 2006 par deux juges d’instructions (MME Simeoni et Bismuth – Sauron) cette affaire fut systématiquement renvoyée pour cause de l’absence d’Hassan Fadoul à qui
les autorités Françaises …refusent systématiquement de délivrer un visa d’entrée en France.
L’ancien ministre de Deby
était en tout cas prêt à tout dire aux juges sur toute cette affaire. C’est ainsi qu’au moment où il faisait preuve d’une loquacité débordante dans les médias français, beaucoup s’attendaient à
ce qu’il connaisse le même sort que Hicham Mandari.
Mais rien de méchant ne lui
arriva : à la surprise générale, Hassan Fadoul Kittir qui devrait renter triomphalement à N’djamena le 15 Juin 2006, réconcilié avec Idriss Deby, mais ce retour au bercail n’a pas eu
lieu. Confusément, les raisons restent méconnues !
Bien évidemment, tout laisse
désormais croire que les deux compères ne parleront désormais plus que d’une seule et même voix à propos de cette affaire qui semble curieusement ne pas émouvoir la France et sa Justice qui
– et c’est rare – manifestent peu d’empressement à clôturer ce dossier qui mériterait pourtant de connaître une issue équitable.
Voilà un crime d’une extrême
gravité qui aurait dû être réprimé avec une dureté exemplaire. Mais jusqu’à ce jour, la justice Française devant laquelle cette procédure a été soumise n’en finit pas de lambiner et de couper le
souffle de tous ceux qui – dans ce que les bonnes âmes appellent « l’opinion internationale » - se demandent toujours – à juste titre – comment il peut être possible qu’un chef d’Etat
puisse fabriquer de la fausse monnaie pour déstabiliser un autre pays sans que cela soit puni comme il se doit.
A ce jour, l’affaire des vrais
faux dinars de Bahreïn n’est plus un mystère. Certes, elle
fascine à cause des
fortes émotions qu’elle n’a jamais cessé de charrier. Mais, elle ne cessera jamais d’inspirer des commentaires inévitables sur le bien et le mal, sur les manquements parfois criards et scandaleux
de cette Justice que tous souhaiteraient impartiale, mais qui – même au pays de la liberté, de l’égalité, et de la fraternité – empruntent de temps à autre des voies insondables. Elle incite
enfin à cette énorme interrogation : Pourquoi la France s’obstine –t- elle à couvrir, et à absoudre en permanence, un tyran qui n’a jamais reculé devant aucun crime ?
Par A.K | Ndjamena-matin
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Bahreïn (I)
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Bahreïn (IV)
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