Ce projet a été préparé par la Commission de l'Union africaine (UA), avec l'assentiment notamment du leader libyen Mouammar Kadhafi qui considère la Cour Pénale Internationale (CPI) comme un
instrument des Occidentaux pour établir un "nouveau terrorisme mondial".
Le texte, dont l'AFP a obtenu une copie, demande en particulier aux 53 membres de l'UA de s'engager en bloc à refuser d'arrêter ou de livrer M. Béchir, en invoquant son immunité présidentielle.
Le président soudanais, accusé par la justice internationale de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité au Darfour (ouest du Soudan), s'est rendu dans plusieurs pays africains depuis
que la CPI a émis en mars un mandat d'arrêt contre lui. Mais il n'est allé jusque-là dans aucun des 30 Etats africains ayant ratifié les statuts de la Cour.
Le projet de résolution réitère par ailleurs plusieurs demandes déjà formulées par l'UA, comme le souhait que le Conseil de sécurité de l'Onu suspende pour un an les procédures de la CPI contre
M. Béchir.
Il critique également "l'attitude du procureur de la CPI", Luis Moreno-Ocampo, jugée partiale par l'Union africaine.
Pour Reed Brody, porte-parole de l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW), présent à Syrte, ce projet de résolution "est une tentative de la Libye de miner la
CPI et donner un laisser-passer à Omar el-Béchir pour qu'il puisse voyager sans inquiétude en Afrique".
La Commission de l'UA a déjà à plusieurs reprises condamné la décision de la CPI, estimant qu'elle menaçait la paix au Soudan, tant au Darfour, région en proie à la guerre civile depuis 2003,
qu'entre Khartoum et le Sud-Soudan.
Adversaire déterminé de la CPI, M. Kadhafi, président en exercice de l'UA, avait estimé en mars que "cette cour était contre les pays qui ont été colonisés dans le passé et que l'on veut
recoloniser".
Lors d'une réunion en juin au siège de l'UA à Addis Abeba consacée à cette question, les ministres des Affaires étrangères africains n'avaient toutefois pas réussi à se mettre d'accord sur un
texte commun en raison des divergences entre signataires et non signataires des statuts de la CPI.
Certains délégués présents à Syrte estimaient en outre jeudi que le projet de résolution ne serait peut-être pas effectivement soumis aux chefs d'Etat, pour éviter un nouveau sujet conflictuel
alors que les travaux prenaient déjà du retard sur le projet controversé de M. Kadhafi de gouvernement africain.
Avant le sommet, une trentaine de personnalités africaines, dont le prix Nobel de la paix Desmond Tutu, avaient appelé les chefs d'Etat de l'UA à coopérer avec la CPI pour "aider la population
du Darfour et tous les Soudanais à trouver la justice et la paix".
Source: AFP