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Jeudi 2 juillet 2009 4 02 /07 /Juil /2009 01:17

Alors que les experts sont appelés à témoigner au procès Courjault, zoom sur un phénomène qui touche 1600 Françaises par an.

 

Par quels mystères physiologiques et psychiques une femme peut-elle ne pas savoir qu'elle est enceinte ? Jugée pour « assassinats », Véronique Courjault, qui encourt la
réclusion criminelle à perpétuité, répète depuis le début de son
procès :

« Pour moi, je n'étais pas enceinte. »

 

Les experts, psychiatres et gynécologues, sont appelés à la barre de la cour d'assises d'Indre-et-Loire ce lundi. Le jury compte sur leurs éclairages pour savoir si ce sont bien des dénis de grossesse qui ont débouché sur trois infanticides.

Sur le site de l'association française pour la reconnaissance du déni de grossesse, on trouve des témoignages saisissants, tels celui de Bénédicte :

« C'est le matin du 23 mai 2005, vers 6H15, au moment de mon accouchement que j'ai su que j'étais enceinte.

Suite à de douloureux maux de ventre, je me suis rendue aux toilettes, pensant à une banale gastro, alors que c'était le bébé qui était en train de sortir. (…) Si j'avais été seule, je pense que mon bébé ne serait plus parmi nous. Et moi en prison. »

 

Une grossesse sur cinq cents


Tous les dénis de grossesse ne finissent pas en infanticides, comme l'explique le président de l'association. Félix Navarro dit avoir « recueilli plusieurs centaines de témoignages de femmes qui ont eu un déni et qui maintenant élèvent leur enfant et l'aiment » :

« De toute évidence, le déni touche des femmes de tous âges, parmi celles qui sont en âge de procréer, de tout milieu social et de tout milieu culturel : coiffeuse, infirmière, juriste… »

 

Il insiste sur le fait que les dénis partiels concernent « une grossesse sur cinq cents, c'est-à-dire que la future mère ne va découvrir son état qu'entre le cinquième et neuvième mois » :

« Cela représente quelque 1600 cas par an. Nous estimons aussi que dans 300 à 350 cas pas an, la mère ne découvre qu'elle est enceinte qu'au moment de l'accouchement. »

 

Des cas plus ou moins graves

Pour le professeur Israël Nisand, gynécologue-obstétricien au CHU de Strasbourg qui interviendra comme expert au procès Courjault, « seuls les dénis les plus prolongés et les plus graves, qui couvrent aussi l'accouchement, débouchent sur la mort de l'enfant » :

« Le pire des cas est celui où la femme accouche seule et sans l'impression qu'elle est en train d'accoucher. Là, dans un cas sur quatre, l'enfant va mourir. Souvent ça se passe aux toilettes et elle ne ressent rien de plus que les douleurs d'une gastro. Les épaules de l'enfant s'engagent mal, il reste bloqué et il meurt étouffé. Nous appelons cela une mort per-partum. »

 

Une grossesse physique mais pas psychique

Ce qui trouble le plus dans le déni de grossesse, c'est l'impossibilité de généraliser les cas. Ainsi, il est faux de dire que toutes les femmes qui font un déni ne veulent pas être enceintes. Le professeur Israël Nisand précise :

« Tout le corps est gouverné par le psychisme. Une grossesse normale est un événement psychique et physique à la fois, lors d'un déni il n'y a pas d'événement psychique. C'est le contraire d'une grossesse nerveuse où des femmes sont enceintes dans leur tête mais pas dans leur corps. Un déni fonctionne comme une anésthésie : on est aveugle sur une partie de son corps. »

 

Ce que la tête veut le corps le peut

 

Il faut l'avoir vu de ses yeux pour le croire, nous assurent des médecins. Il est possible de perdre du poids au cours d'une grossesse et, comme le fait remarquer le Pr Nisand, « même des femmes qui ne sont pas en déni perdent parfois du poids ».

Pour loger le bébé, le corps se modifie imperceptiblement : « Elles musclent leur paroi abdominale, l'utérus se développe vers le haut et on ne voit pas le fœtus », explique le gynécologue.

Certaines femmes ont des règles normales, soit logiquement parce qu'elles continuent à prendre la pilule, soit parce que leur corps est capable de produire des règles qui n'en sont pas.

 

Un symptôme dont il reste à déterminer les causes


Puisqu'il y a de multiples raisons à ces dénis, ne pourrait-on pas avoir de grandes tendances explicatives ?
Les spécialistes interrogés s'y refusent. Certes, il y a le cas évident de la jeune fille violée qui refusera de porter l'enfant issu de ce crime. Mais au-delà de ce cas facile à comprendre, on ne peut faire de généralités. « C'est comme si on faisait des généralités sur la fièvre », compare Israël Nisand.
Ce qui est sûr, c'est que :

« Tous les dénis viennent d'une souffrance psychique extrême. Ce sont des femmes en grande difficulté dans la sphère de la reproduction et de la sexualité, le déni leur sert à se protéger. Pour une raison ou une autre, l'événement qui se passe en elle ne peut exister. Ce ne sont pas des perverses qui font des enfants pour les tuer. Et elles peuvent se soigner par psychothérapies, sans assurance que ça marche. »

 

Photo : la figurine d'un fœtus élaborée par les évêques brésiliens pour une campgane anti-avortement (Bruno Domingos/Reuters).


Par Sophie Verney-Caillat
Source: Rue89
Par Ndouné - Publié dans : Santé
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