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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 08:46

Francafrique_Photos_de_Lutte_contre_le_neocolonialisme_et_.jpgC’est en 1973 que la douce France a inventé la tenue d’un petit banquet annuel et itinérant où sont invités les chefs d’Etats et autres roitelets nègres d’Afrique qui viennent y ripailler et perpétuer leur allégeance à l’ex grand colon : Le sommet France Afrique.

Cette folklorique réunion de famille réunissant autour d’une même table anciens colonisés et ancien colon s’est élargie au fil du temps, au point d’accueillir aujourd’hui d’autres convives, même ceux d’expression Anglaise ou lusophone : Sur les 53 pays d’Afrique, 51 y participent dont 38 dirigeants africains.

Mais, question : En cette année 2010 où près d’une vingtaine d’Etats Africains « arrosent » le cinquantenaire de leurs indépendances respectives, à quoi sert encore ce forum qui n’a jamais résolu un seul vrai problème en Afrique ?

 

 

Les 31 Mai et 1er Juin se tient à Nice en France, le 25e Sommet Afrique–France. Une grande réunion internationale qui se tient en fait à un moment – celui de la célébration du cinquantenaire des Indépendances – où les opinions françaises et africaines se demandent si les relations entre l’Hexagone et ses succursales sub-tropicales pourront enfin –un jour- amorcer ce virage souhaité des relations transparentes décliné lors de la campagne électorale de la présidentielle française de 2007 sous le terme de "rupture" par l’actuel président du pays de "la liberté, de l’égalité et de la fraternité", Nicolas Paul  Sarkozy.

 

Un questionnement sur fond d’énorme appréhension, tant il semble évident que la rhétorique sarkozienne sur la rupture d’avec les méthodes rétrogrades de ses prédécesseurs a plus que du mal à s’écarter des sentiers de la théorie et des  incantations enflammées pour emprunter ceux - plus sinueux mais salutaires – de la pratique.

 

En fait, s’il est vrai, aujourd’hui plus qu’hier, et surtout dans un contexte de mondialisation irréversible, qu’aucun pays ne saurait prétendre être capable de vivre en autarcie, notamment en ce qui  concerne l'Afrique et la France qui partageront toujours en commun un pan de leur histoire, l’idéal serait que la France et ses anciens comptoirs coloniaux du Sud – à l’exemple   des autres anciennes puissances coloniales (Grande Bretagne, Portugal, Espagne…) - ne continuent plus de faire abstraction de la notion d’indépendance revendiquée depuis au moins cinquante ans par les Africains.

 

Certes, les sommets France-Afrique - ou Afrique France –plus connus sous la dénomination péjorative de "Françafrique" – avaient été présentés depuis la première édition en novembre 1973 comme un « forum de partage des idées, de recherche des solutions communes au partenariat entre entités indépendantes, ou à des problèmes auxquelles ils peuvent être confrontés dans leur existence ». Il eut donc été plus souhaitable que ces sommets fussent  le lieu par excellence où la France et ses partenaires - ou amis - Africains revisitent de façon continuelle, rationnelle et productive un meilleur développement de leurs relations (diplomatiques, politiques, commerciales et autres).  C’est justement à cause de la perversion des objectifs -  qui apparaissaient pourtant honorables au départ  - que les adversaires les plus remontés de la "Françafrique" souhaitent sa suppression pure et simple -

Que non, hélas ! Les sommets France-Afrique sont demeurés ce qu’ils ont toujours été : à savoir le lieu où s’exprime et se jauge la relation permanemment équivoque entre la France et ses féaux, c’est à dire une occasion régulière et constante d’évaluation du degré des aptitudes des départements d’Outre-mer que sont les pays africains, à implémenter la politique de contribution à la grandeur de la France  définie par la "métropole" hexagonale.

Une preuve palpable : Initialement prévue pour se tenir Au Caire en Egypte, il a suffi que Hosni Moubarak manifestât la volonté d’inviter Omar el Béchir à ce 25è sommet, Nicolas Sarkozy apposa un irréductible niet qu’il matérialisa par la déportation du lieu du « banquet » à Nice, sur ses propres terres. Histoire de bien affirmer qu’il ne reçoit que ses amis à sa table.

Pour tout dire même pour ce 25ème sommet, ce forum n’est rien d’autre - et une fois de plus – qu’une forme édulcorée de colonisation française du Continent Africain … 50 ans après les indépendances.

Encore qu’aucune des deux entités en présence ne semble encore être résolue à la rupture. Mieux, en cette année 2010 où les uns et les autres se penchent sur le bilan d’un demi-siècle de relations franco-africaines, on se rend aisément compte que nonobstant les promesses de rupture de Sarkozy, la Françafrique continue de perpétrer toutes sortes de dégâts et de crimes en Afrique,  contre tout bon sens.

Ce qui donne d’ailleurs plus que du sens aux affirmations de Jean Peyrelavade auteur du livre  « Nicolas Sarkozy ou l'art de la fausse rupture... », écrit en 2008, et dans lequel on peut lire : «  Les Français croyaient avoir élu un réformateur ? Ils ont choisi un agitateur d'idées qui cache sous un vocabulaire de rupture et une multi activité vibrionnant la continuité immobile de la démagogie et du laxisme chiraquiens ».

En effet, et en parfaite contradiction des discours de campagne qui faisaient accroire le contraire, Nicolas Sarkozy s’est  – dès son élection -  empressé de revivifier la cellule africaine de l'Elysée à la tête de laquelle il a placé Bruno Joubert, cinquante-six ans, diplômé de l'IEP de Paris, ancien élève de l'ENA. Ce "monsieur Afrique" de l’Elysée a, non seulement  été directeur Afrique au Quai d’Orsay sous de Villepin, mais est également un ancien de la DGSE. Une manière claire, nette, et précise de se renier par rapport à cette rupture que l’on pensait qu’il portait en bandoulière, en choisissant la continuité qui s’est copieusement matérialisée par son soutien à des dictateurs et aux entreprises qui pillent l’Afrique à l’instar de Total (pétrole) ou AREVA (richesses minières achetées à des prix 3 à 5 fois inférieurs aux prix officiels).

Pas étonnant que des organisations en Afrique et en France - comme l’Association Survie - qui se battent pour que ces relations depuis toujours décriées prennent un tour plus agréable, continuent de penser que ce rendez-vous diplomatique a permis au fil des ans à la France de consolider ses liens avec ses anciennes colonies africaines, puis avec d’autres pays extérieurs à son "pré carré".  Alors que la nature de ces relations marquées par le sceau du néo-colonialisme, de la prédation économique (notamment des ressources naturelles stratégiques), du mépris de la démocratie et des droits humains par le soutien sans faille à des dictatures parfois criminelles et corrompues suscite de nombreuses controverses.

Selon l’Association «  Survie » qui a mobilisé du beau - et même du grand - monde contre le Sommet de Nice qui constitue, à son avis, un des temps forts de  la légitimation d’une relation trop particulière, les Sommets France-Afrique offrent  aux Chefs d’État contestés du continent l’occasion de renforcer leur légitimité à l’égard de la communauté internationale, et permettent en échange à la France de s’assurer de la bienveillance de ceux-ci au nom de ses seuls intérêts, en accordant sa bénédiction aux pratiques souvent douteuses de son Armée ou de ses entreprises sur le continent noir.

Evidemment, il ne faudrait pas croire que la France serait seule responsable de l’exploitation perpétuelle de ses anciennes (?) colonies. En fait, c’est sous la complicité active de bon nombres des élites africaines que la grande mafia françafricaine s’offre  du bon temps en Afrique, et certainement mieux qu’au « temps béni des colonies ».

 

 Mais, il y en a d’autres qui gardent de temps en temps quelques distances avec cette Françafrique là : On a bien vu récemment la Côte d’Ivoire refuser de passer à la caisse de  la bamboula hypocrite que la France a donnée à ses 14 ex-colonies (Togo, Burkina Faso, Madagascar, Congo Brazzaville, Bénin, Cameroun, Niger, Côte d’Ivoire, Tchad, République centrafricaine, Gabon, Sénégal, Mali et Mauritanie), sous le prétexte de célébrer les cinquante ans de leurs accessions à la souveraineté internationale, poussant Jacques Toubon, Secrétaire Général du Cinquantenaire des Indépendances Africaines à concéder, la mort dans l’âme, le fait que la Côte d’Ivoire veuille célébrer son cinquantenaire dans son coin, et avec ses moyens, dans le cadre de sa politique nationale de refondation.

 

Sinon, comment comprendre que l’Afrique ait nécessairement besoin de la France pour réfléchir, discuter, ou rechercher des solutions sur les thèmes qui ont été adoptés pour le sommet de Nice (Place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale, Renforcement de la paix et de la sécurité, climat et le développement, renforcement des dispositifs juridiques en Afrique pour le développement  les affaires…).

 

Mais pour faire bien – et peut-être pour couper l’herbe aux pieds des éternels coupeurs de cheveux en quatre – Nicolas Sarkozy a trouvé génial d’organiser dans le cadre de ce 25è sommet, et pour la première fois, un forum économique dans une chambre du « Sommet » auquel participent pas moins de 250 entreprises, dont 150 venus d’Afrique. Ça fait chic et certainement « bling bling », mais personne en Afrique n’est dupe : Ces hommes d’affaires alignés dans la suite du chef de l’Etat Français ne sont venus faire aucun cadeau aux pays Africains, ils sont venus tenter de grignoter ce qu’ils peuvent encore empêcher la Chine et les nouveaux partenaires de l’Afrique de prendre.

 

Par A.K | Ndjamena-matin

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Dessein: Lutte contre le néocolonialisme et pour la création d’une monnaie africaine – Facebook

Par Ndouné - Publié dans : Françafrique
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