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Jeudi 27 novembre 2008 4 27 /11 /Nov /2008 01:28

 
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Une fois au pouvoir, l'outil symbole d'efficacité peut se muer en source de fragilité. Barack Obama devra renoncer à son téléphone pour raison de sécurité.
Une fois au pouvoir, l'outil symbole d'efficacité peut se muer en source de fragilité. Barack Obama devra renoncer à son téléphone pour raison de sécurité. Crédits photo : AP

À son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama devra abandonner son BlackBerry, tout comme Nicolas Sarkozy lorsqu'il est entré à l'Élysée.

Le monde sait déjà qu'un drame se prépare puisque la presse a partout relayé la nouvelle : Barack Obama va perdre son cordon ombilical avec la planète, en se séparant de son BlackBerry. Ce téléphone savant, qui comme un micro-ordinateur permet de recevoir en direct ses mails, de téléphoner, de naviguer sur Internet, de gérer son agenda, mais aussi d'avoir accès à tous les services internes de son entreprise, est devenu en quelques années aussi utile qu'une main. Grâce à lui, Barack Obama a plongé dans les blogs, palpé l'opinion au plus près, suivi les informations en continu.

Les yeux fixés sur l'écran, le candidat a relu des briefings, peaufiné ses discours au cœur de la nuit et, phénomène totalement inédit à l'échelle d'une élection présidentielle, il a félicité par SMS tous les soutiens de sa campagne, dans une pluie de millions de messages qui a marqué la puissance de son réseau, via le Net. Mais voilà, une fois au pouvoir, l'outil magique, le symbole de l'efficacité… se mue en source de fragilité. Barack Obama devra y renoncer pour raison de sécurité. Car tous les courriers rédigés par le président des États-Unis doivent être un jour rendus publics.

Avant lui, Nicolas Sarkozy avait dû se défaire de son BlackBerry. Une note du Secrétariat général de la défense nationale (SGDN), en juin 2007, était venue calmer l'ardeur technologique des membres du nouveau gouvernement. Le président doit traditionnellement se protéger d'éventuels espions. Comme ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy est en permanence suivi par son «transmetteur». Sorte d'ombre technologique, l'homme est capable de lui passer des communications en plein désert, dans un tunnel, au sommet d'une montagne ou lors d'une réunion diplomatique. Avec sa mallette, il permet au président de communiquer en toute sécurité, sur des lignes réservées où la conversation est cryptée. À chaque instant, le week-end, comme la nuit.

 

Soupçons d'ingérence

 

La présence de ce téléphone sécurisé n'empêche pas Nicolas Sarkozy, d'envoyer de son portable de nombreux messages et SMS qu'il juge privés. En revanche, de sa boîte mail, devenue simple boîte aux lettres, il n'a plus le droit d'expédier aucun message. Depuis qu'il a franchi les portes de l'Élysée, le monde digital est redevenu papier. Les messages, les discours, les dossiers, et même l'actualité sont livrés imprimés. «Le président n'aurait de toute façon pas le temps de tout consulter sur le Net. Nous faisons une sélection», explique, son conseiller en communication Franck Louvrier… Depuis son BlackBerry ! Car le fameux téléphone savant est devenu indispensable à la plupart des collaborateurs du président. Eux l'utilisent, mais sans le synchroniser avec les ordinateurs de l'Élysée, dont les canaux sont cryptés.

Si, à l'Élysée, le BlackBerry est donc banni du sommet et toléré pour la vie publique pour les conseillers, son statut reste encore plus flou pour les ministres. Car l'intervention du SGDN en juin 2007 a semé la confusion. Ce qui n'était qu'une «banale recommandation de prudence, que nous faisons à tous les nouveaux gouvernements», selon le SGDN, a pris l'allure d'une «consigne, d'une obligation», après qu'un quotidien l'a ainsi désignée. Depuis, la confusion persiste. Comme si l'ultra-modernité cherchait ses marques sous les ors de la République.

Certains parlent d'interdiction totale pour les ministres, d'autres la limitent à l'Élysée et Matignon ou encore aux documents officiels. En réalité, «Nous n'avons jamais interdit le BlackBerry», résume-t-on aujourd'hui au SGDN. «Nous avons recommandé de transmettre de façon sécurisée toutes les informations classées secret défense ou stratégiques», explique encore la direction de la sécurité des systèmes d'informations.

Car la société canadienne qui fabrique le BlackBerry est sans cesse soupçonnée d'ingérence. On annonce que les messages transitent par un serveur qui ne serait point imprenable dans un monde où sévissent autant d'espions à la solde des États, que de hackers aux motivations variées. Des critiques qui s'échouent, semble-t-il, sur les normes mises en place par BlackBerry et validées par au moins deux organismes internationaux de certification. L'Otan, le FBI ou encore les forces de sécurité hollandaises sont clientes, font valoir les responsables de BlackBerry. «Les données ne peuvent être lues par personne d'autre que le propriétaire du BlackBerry. Nos serveurs ne peuvent décrypter ces données», explique Daniel Jouan, un des responsables grands comptes. Le risque reste le vol du BlackBerry. Mais là encore, les documents peuvent arriver cryptés et l'entreprise peut aussi les effacer depuis la plate-forme. Un seul secret demeure : où se trouve le routeur, le serveur qui gère toutes ces données cryptées ? Pour le reste, BlackBerry aligne les références : 1 million de clients du secteur public dans le monde, police, services de santé, ministères comme celui des finances en France, près de 90 % des entreprises du CAC 40.

 

Affaire de génération

 

«Nous ne critiquons pas leur système», confirme d'ailleurs le SGPN. «Mais BlackBerry reste une entreprise privée. Nous préférons toujours fournir des systèmes sur mesure que nous proposons aux ministres.» Un de ces «smart phones» (téléphones intelligents) complexes, «qui “boguent” tout le temps», affirme à voix basse un conseiller. Après quelques Conseils des ministres où chacun exposait, en signe de conciliation, son smart phone «officiel» sur la table… les BlackBerry sont revenus dans les poches, puis dans les mains. Les ministres communiquent ouvertement depuis leurs écrans magiques et l'on voit certains s'esclaffer dans l'Hémicycle. Tous plébiscitent cet outil qui accélère la vie politique.

Le plus fanatique reste Xavier Bertrand, le ministre du Travail. «Il a vraiment deux cerveaux, un absorbé dans son BlackBerry et l'autre dans les affaires courantes», rapporte son entourage. «Il peut envoyer des mails et des SMS tout en traitant des dossiers.» Notes techniques, urgences, dépêches, agenda : tout transite sur son supertéléphone. «Il a aussi un iPhone, c'est un fou de technologie», raconte encore un proche. «C'est l'instrument idéal de l'hyperactif», dit encore un conseiller. «Pendant la crise, tous les ministres avaient le nez sur le BlackBerry avec les cours de la Bourse», raconte-t-on encore aux ministères des Finances. La plupart des ministres suivent l'actualité en continu, pour n'être jamais déphasés, et notamment la garde des Sceaux, qui surveille les faits divers. Toujours en déplacement, elle profite de son BlackBerry pour s'informer, comme s'il s'agissait d'une télévision. Autrement, c'est avant tout des flopées de SMS pimentés de points d'exclamation : «Vite !», «C'était bien !» ou encore «Urgent !», qu'envoie Rachida Dati à toute heure à ses collaborateurs. Valérie Pécresse s'en sert comme d'une boîte à idées. Lorsqu'un concept germe, elle l'envoie à toute son équipe, comme un post-it, pour lancer une réflexion. «Cela permet de travailler en réseau, c'est d'une efficacité inégalée», dit un de ses conseillers. «On n'envoie pas de notes confidentielles, se défend soudain un proche, juste des dépêches, des propositions. Cela rend plus réactif.» En vacances, la plupart des ministres maintiennent ce bureau virtuel. La tranquillité, parfois propice au recul, a disparu depuis l'avènement du téléphone portable. Le BlackBerry a multiplié les activités que l'on peut lancer et diriger seul, à volonté.

Populaire parmi les ministres français, le BlackBerry reste affaire de génération et de goût pour le high-tech. Jose-Luis Zapatero ne l'utilise pas. Pas plus que Vladimir Poutine, «par habitude plus que pour des questions de sécurité», fait valoir son porte-parole. Le premier ministre russe, âgé de 56 ans, n'est ni un féru du téléphone portable, ni de l'ordinateur ou d'Internet.

En revanche, le président Dmitri Medvedev est, à 43 ans, un véritable amateur de nouvelles technologies. Une petite controverse agite des sites spécialisés russes : des internautes assurent l'avoir vu à la télévision faire l'un des gestes de glissement de doigts caractéristiques de l'iPhone, lors de sa conférence de presse du 12 août avec Nicolas Sarkozy. Problème, en août, l'iPhone n'était pas encore autorisé en Russie, faute d'accord entre Apple et les opérateurs. Seuls des modèles achetés aux États-Unis avec des logiciels piratés circulaient alors…

Par Cécilia Gabizon 
Source: Le Figaro
Par Ndouné - Publié dans : International
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