Jeudi 4 septembre 2008
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16:02
Le communiqué final des observateurs internationaux n’apporte aucune précision sur la mort d’Ibni Saleh.
Félicitations béates, paternalisme. La France purifie les crimes politiques de Deby.
Et si la
communauté internationale venait de sanctifier une dictature ensanglantée ? Le communiqué conjoint des observateurs internationaux siégeant au sein de la «
commission d’enquête » sur les événements de février 2008 au Tchad est un tissu des déclarations, de contre-vérités.
« L’Organisation internationale de la Francophonie (O.I.F) et l’Union européenne (dans sa formation représentée localement : Allemagne, France, Commission européenne), Observateurs au
sein de cette entité, se félicitent de l’aboutissement des travaux de la Commission d’enquête, dont ils avaient suggéré la création aux plus hautes autorités tchadiennes ».
C’est en substance la satisfaction exprimée chaleureuse aux autorités tchadiennes. Un bouclier offert à Deby pour essuyer la pluie de critiques qui s’abat sur N’djamena après la publication du
rapport sur la « mort » de l’opposant Ibni Saleh.
L’estocade
contre les conclusions de la commission d’enquête a été portée par Saleh Kebzabo, député et président de l'Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR) : « La
Commission n'a pas mené les investigations nécessaires pour une conclusion sérieuse. On ne sait pas ce qu'est devenu Ibni Oumar Saleh, son lieu de
détention... »
Déclaration
pour déclaration, les « observateurs » s’enferment dans une naïve complicité. L’absoute des occidentaux trahit l’embarras des observateurs face au sort du martyr Ibni
Saleh.
« Des
faits ont été établis et des responsabilités définies. ».
Soit ; mais de quelle responsabilité parle le communiqué des observateurs internationaux ? Plus loin, ils rapportent qu’il n’y a pas de
preuves, mais un « faisceau de présomptions graves ». C'est en ces termes que le rapport de la commission d'enquête met en cause les
autorités tchadiennes dans la disparition des opposants en février dernier et notamment d'Ibni Oumar Mahamat Saleh.
Entre les lignes de ce communiqué final, il en découle implicitement des zones d’ombres sur certaines affaires, en particulier le cas emblématique de l’opposant Ibni Saleh. Les observateurs
évoquent avec pudeur la mort de ce martyr assassiné par l’escadron de la mort sur instructions fermes de Deby. Les thuriféraires du régime nazi de N’djamena parlent encore
de « disparition ». Pudeur diplomatique.
Les chancelleries occidentales au Tchad opèrent une fuite en avant. Des cercles diplomatiques, au landerneau politique tchadien, les « présomptions graves » sont des
certitudes.
Les détails sur la mort d’Ibni Saleh ont été révélés par un tchadien témoin de la macabre scène. Le blog N’djamena-matin
rapporte une révélation édifiante d’un tchadien publiée le Vendredi 18 juillet 2008
: « Déby Itno donna personnellement l’ordre aux éléments de la Garde Présidentielle pour arrêter Lol Mahamat Choua, Ibni Oumar Mahamat Saleh, Saleh Kebzabo, Yorongar Ngarlejy et
Salibou Garba ». Puis loin, on apprend avec des précisions digne de foi « Le décès d’Ibni Oumar a été constaté par le médecin français Daniel GOUTTE qui a établi un
rapport au Chef de l’opération Épervier, avec copie à l’ambassadeur de France à N’Djaména qui a immédiatement informé Paris (le Quai d’Orsay et l’Élysée) ».
Les protecteurs de Deby sous les directives du Quai d’Orsay n’ont pas cru bon de se pencher sur ces faits nouveaux qui apportent une lumière au tragique et ignoble assassinat d’Ibni Mahamat
Saleh.
Au gouvernement, le ministre de la communication joue au dilatoire : « Le
rapport ne donne
pas trop d’informations concernant l’identité des militaires qui ont arrêté l’opposant Ibni Oumar Saleh, tout en reconnaissant qu’il y a pu avoir des excès de la part de l’armée gouvernementale
et une rupture de la chaîne de commandement lors des attaques rebelles »
De
N’djamena à Bruxelles, en passant par les réseaux diplomatico- maffieux de l’Hexagone, l’omerta des observateurs internationaux vise à purifier les mains maculées de sang de Deby.
« On peut légitimement craindre que le pouvoir ait trouvé, à travers cette commission, le moyen d'endormir la famille d'Ibni, ses amis politiques, M.
Sarkozy, l'Union européenne, l'Union africaine, l'OIF (Organisation internationale de la Francophonie), bref toute la communauté internationale. Pour mieux rouler tout le monde dans la
farine ». Les craintes de l’opposition se confirment.
Cet autre épisode paternaliste de la France envers Deby laisse défiler en filigrane l’attitude protectrice de Paris : Le despote peut s’endormir sous les grandes ailes de
l’Elysée.
Dans le champ des non-dits diplomatiques de la France-Afrique, Paris réassure, à travers ces observateurs internationaux (grassement entretenus par la France), ses bonnes vieilles
ficelles à la sanglante dictature qui s’est engluée au cœur du Tchad.
Sarkozy, donneur de leçons de droits de l’Homme à la Chine, moraliste contre les Farcs, encense les dérives de Deby. Les amitiés politiciennes ! Sanctification.
Peut-on gouverner innocemment avec des mains « propres » ?
Deby doit répondre de ses odieux actes. Et, Paris alors?
Par
A.K de N’djamena-matin