Mercredi 3 septembre 2008
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Plusieurs dizaines de chefs de tribus africaines ont fait de
Kadhafi le « roi des rois d’Afrique ». Les plumes d’oiseaux et autres attributs traditionnels ont-ils remplacé le
fauteuil de président des Etats-Unis d’Afrique ?
Des bords du
Nil en passant par la Vallée du Rift, les autorités traditionnelles africaines ont hissé une couronne peu ordinaire sur la tête du « guide libyen ». Coup médiatique, folie de
grandeur, divinisation, Kadhafi s’endort dans la vassalisation des sultanats, royaumes et chefferies Traditionnels. Fou de Syrte ou symbole du panafricanisme ? Et si Hissein
Habré avait raison. Qu’est ce qui fait courir le « guide » depuis près de 40 ans ?
Au bout
de l’euphorie de la décennie 60, un jeune et fougueux soldat prend le pouvoir par les bruits des armes. Un coup d’Etat de plus en Afrique. De Tripoli, Kadhafi se fige dans la posture d’un
« combattant » contre l’Occident. Le « guide » est sur tous les fronts diplomatiques, militaires et terroristes contre les occidentaux. Banni sur la scène internationale,
fustigé par ses pairs dans le monde arabo-musulman et en Afrique, le « bouillant » colonel demeure une icône. Il est salué par la jeunesse du contient pour ses positions
panafricanistes.
De Yaoundé à
Syrte, en passant par Addis-Abeba, le discours de Kadhafi au fil des décennies ne s’est pas dilué dans les visions afro-pessimistes. Des tribunes de l’Organisation de l’Unité Africaine à l’Union
Africaine, il n’a jamais cessé de lorgner la présidence des Etats-Unis d’Afrique. Le sacré mystico-traditionnel du désormais « Rois des rois d’Afrique » trahit le subconscient
politique de ce « panafricain ».
L’activisme
panafricain, l’idéologie islamique, les alliances obscures avec les groupuscules terroristes, la charité orientée ; en près de 40 ans Kadhafi a brillé sur la scène moyenne – orientale,
Africaine et internationale. Au bout de cette présence diplomatico-médiatique se dessinait en traits discontinus des velléités de pouvoir.
Kadhafi a
donc finalement atteint ses visées : Des centaines de sultans, chefs de tribus africaines ont élevé « (le) frère leader comme le "roi des rois, des sultans, des princes, des
cheikhs et des maires d'Afrique" et sa désignation à partir de cette date "roi des rois d'Afrique".
Le communiqué
final des chefs de tribus réunis à Benghazi laisse transparaître les motivations cachées dernière les lauriers traditionnels dressés sur la tête du « frère leader » : Faire un
lobbying local auprès des chefs d’Etat africain pour la création des Etats-Unis d’Afrique. Il a appelé les chefs de tribus à « faire la pression sur les gouvernements de leurs
pays en vue de l'unification de l'Afrique et la création des Etats-Unis d'Afrique". Plus pragmatique, il a promis de joindre les espèces sonnantes aux plaidoyers en faveur de l’unité politique du
pouvoir. Kadhafi a déclaré qu'il mettrait des moyens à disposition de tous ceux qui œuvrent pour cette cause.
L’effet
pétrodollar est encore en marche. Ennemi juré d’hier, le courant diplomatique passe entre Bush et Kadhafi. Il s’est refait une virginité diplomatique après les attentats terroristes contre des
ressortissants américains. Il ne serait exagéré de conclure l’hypothèse d’un marchandage entre les chefferies traditionnelles et Tripoli.
Entre l’ode
de Calixte Beyala et les pamphlets de Hissein Habré ; le débat sur la personnalité de Kadhafi se cristallise. La romancière camerounaise loue « un homme hautement respecté dans son pays
et en Afrique. Ce respect n’est pas lié, comme aiment à le clamer les langues chagrines, aux pétrodollars, dont, dit-on, la Libye regorge, mais à ses actions. Il a été de tous les combats de
libération des peuples opprimés ». A l’inverse, Hissein Habré grande victime de l’expansionnisme libyen dénonçait le « Fou de Syrte ».
Loin de
trancher ce débat passionné, force est de reconnaître le caractère trempé de Kadhafi. Panafricain ? Certes. Modeste ? Pas vraiment. Kadhafi en est un des symboles forts. Il ne brille aussi pas ses « caprices de roi ».
Par
A.K de N’djamena-matin