Dimanche 27 juillet 2008
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L’ancien chef de l’Etat tchadien est en « guest star »
sur les affiches
de la justice internationale. Hissène
Habré succède ainsi à Robert Mugabe, Omar Bongo, Sassou Nguesso, Dos Santos, Compaoré et El Béchir sur les planches ostentatoires de la Cour Pénale Internationale. Cet autre épisode dans le
feuilleton de la justice internationale relance avec intérêt la thèse de la manipulation et de l’instrumentalisation de la Cour Pénale Internationale. Décryptage d’une justice à deux
vitesses.
Fond de commerce. L’agitation de l’effigie de l’ancien président Habré se faite depuis le Sénégal. Le
ministre sénégalais de la justice s’en est d’ailleurs orgueillit. Madické Niang a déclaré que son
pays est « prêt » pour le procès de Hissène Habré poursuivi pour crimes contre l’humanité et en exil au pays de la Teranga. Un amendement
constitutionnel adopté expressément par le Congrès Sénégal tout récemment « confirme la compétence de la justice sénégalaise pour juger des crimes contre l’humanité
perpétrés par le passé (et) lève tout obstacle au jugement de Hissène Habré ». Cet empressement constitutionnel trahit les positions
mercantilistes des autorités de Dakar sur le dossier de l’ancien dirigeant du Tchad. La cape de justicier cache des désirs plus obscurs que la noble cause que tend à exhiber le ministre Madické
Niang. La tête de Hissène Habré est utilisée comme un timbre, une effigie que l’on place sur les enveloppes d’appel à donateurs occidentaux. « Nous sommes prêts à recevoir (leurs)
contributions pour démarrer immédiatement la phase préparatoire. » Le ministre de la Justice précise qu’une enveloppe plancher» de 18 milliards de
FCFA a été jugée nécessaire pour ce jugement. Le Sénégal du vénérable (et désormais véreux) maître Wade entend se faire un crédit diplomatique et financier sur l’affaire Hissène
Habré.
Odeur de pétrole. La justice internationale est un vaste marché des affaires. Au gré des intérêts des
puissances capitalistes et néocoloniales, la Cour Pénale Internationale et son bouillant procureur Luis Moreno Ocampo se muent en nébuleuse
juridico-mafieuse. La CPI apprécierait avec joie que le Sénégal manifeste son zèle pour le mandat d’arrêt émis contre El Béchir. Le Soudan, la présence de réserves d'or, de fer, d'argent et de
pétrole non répertoriées dans le Darfour ; toutes ses richesses potentielles sont plus attractives qu’un Hissène Habré pendu court. En réalité la plainte des victimes d’origine tchadienne
déposée en Belgique est un pain sec, un menu fretin que la Cour Pénale Internationale met dans la bouche de Reed Brody et affidés de Human Right Watch. Les illuminés des droits de l’Homme se
réjouiront des royalties générés par l’affaire Habré. A Washington et Paris, on vise plus loin et gros : Les gisements de pétrole du Darfour. Les occidentaux avec en tête les Etats-Unis sont
en agitation permanente depuis 2005. La télévision arabe
Al-Jazeera annonçait le 19 avril 2005 : « Le ministre de l'Energie et des Mines, Awad Ahmed Al-Jazz, a dit que le nouveau champ de pétrole
découvert au Darfour devrait produire 500000 barils par jour de pétrole. »
Deby alors ? Le gouvernement des États-Unis, depuis
trois ans n'a de cesse d'inviter le reste du monde, via les Nations unies, à dépêcher une force militaire au Darfour. Pourquoi cet intérêt des
Américains pour ce coin perdu de la planète ? L’or noir.
La convoitise de yankees est à présent portée par la Cour Pénale Internationale. Politisée, manipulée et instrumentalisée. La CPI est à la solde des puissances capitalistes et des princes de la terre.
Un mécanisme enclenché pour sanctionner des faibles et régler des comptes à des protégés qui affichent des tendances à l’émancipation. Les foudres punitives de Luis Moreno Ocampo s’abattent
exclusivement sur Khartoum. La Cour Pénale Internationale a laissé sous le boisseau Idriss Deby, principal instigateur des crimes au Soudan. Base
stratégique et mamelle nourricière des mouvements armés du Darfour, N’djamena soutient et finance les chefs rebelles soudanais. Deby est coupable d’un génocide « politique » au Darfour.
Le dictateur tchadien a instrumentalisé un conflit inter-soudanais en une guerre civile meurtrière pour asseoir un régime impopulaire. Par effet de
logique judiciaire, Deby doit aussi faire l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI. La démarche tatillonne de la Cour Pénale Internationale traduit une politisation. C’est fort à propos que l’Union
Africaine a dénoncé une « justice à deux vitesses », prompt à châtier exclusivement les africains.
Une nouvelle idéologie est véhiculée derrière les mandats
d’arrêts et autres artifices de la justice internationale : L’Afrique est l’unique continent de la planète qui s’est qui s’est transformé en théâtre de violation des droits de l’Homme. Guantánamo, Abou Graib, les jacqueries d’Irak et d’Afghanistan ; Georges Bush peut dormir sur ses deux oreilles. Les chevaliers de la justice internationale ont l’épée pointée vers les lointaines contrées africaines si riches
en matières premières et leurs chefs d’Etat aux mains maculés.
Par
A.K de N’djamena-matin